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Huit et demi de Federico Fellini

Epuisé par l’aventure de  « La dolce vita » et de la chaîne de réactions violentes suscitées par le film, malgré son réel succès international (Palme d’or à Cannes…etc), Federico Fellini aborde la quarantaine avec une certaine amertume et un grand désarroi, préludes à un état de dépression nerveuse qui marquera cette période de la [...]

La cinémathèque idéale de Ali Hajji

Epuisé par l’aventure de  « La dolce vita » et de la chaîne de réactions violentes suscitées par le film, malgré son réel succès international (Palme d’or à Cannes…etc), Federico Fellini aborde la quarantaine avec une certaine amertume et un grand désarroi, préludes à un état de dépression nerveuse qui marquera cette période de la vie du cinéaste. Il se tourne alors vers la psychanalyse, après une première tentative freudienne et infructueuse dans les années 50. Cette fois-ci, il se rend chez Ernst Bernhardt, psychanalyste d’origine allemande officiant à Rome et jouissant d’un certain prestige. Bernhardt a en effet été le disciple de Carl Gustav Jung. Le courant passe entre les deux hommes. Fellini le consultera pendant plus de quatre ans, jusqu’au décès brutal du vieux professeur. Lors d’une séance, Bernhardt conseillera à Fellini l’idée géniale de consigner ses rêves sur papier. Chose que le maestro fera pendant des années durant sur de grands registres comptables. Ce livre de ses rêves existe aujourd’hui et même s’il est rare, les aficionados peuvent le consulter et approcher au plus près le génie créatif de celui qui fut l’un des plus grands inventeurs d’images du XXe siècle et certainement le plus grand des cinéastes oniriques. L’influence de Bernhardt de la psychanalyse marqua une étape majeure et le premier film qui en découla fut « Huit et demi », réalisé en 1963. Un titre qui fait la somme de tous ses films et dans lequel Fellini livre une réflexion jusqu’alors inédite sur le cinéma, la condition de cinéaste, son entourage, ses tourments et ses sources d’inspiration. Marcello Mastroianni y interprète Guido, un réalisateur célèbre obligé de se réfugier dans une station thermale suite à une lourde fatigue intellectuelle et physique. Sa femme, sa maîtresse, son scénariste, ses assistants et acteurs ainsi que toute une faune de gens du cinéma se succèdent autour de lui alors qu’il prépare son prochain long métrage, un film dont il n’a encore aucune idée et que son producteur et ses Huit et demicollaborateurs le pressent de concrétiser. Mais Guido est en panne d’inspiration. Il est au bord du vide et il s’échappe constamment dans des rêveries lui rappelant tour à tour ses parents décédés, sa scolarité dans une institution religieuse rigide, la plantureuse Saraghina, objet de ses fantasmes sexuels adolescents et ses divagations de harem. « Huit et demi » constitua l’un des tournants les plus importants de la carrière de Fellini et son premier film véritablement onirique. Ecrit à la première personne, « Huit et demi » est un exercice d’auto-analyse de son existence et de son psychisme à travers le cinéma. Et le résultat est brillant. Filmé dans un noir et blanc somptueux, alternant séquences de réalisme et d’onirisme, Fellini y explose tous les archétypes et réalise une œuvre introspective d’une incroyable complexité et d’une intelligence aiguë. Une œuvre fondatrice et sans doute sa plus personnelle. Aujourd’hui, « Huit et demi » n’a rien perdu de sa fascination et demeure ce monument filmique virtuose et monstrueux. Une heure de vérité que Fellini qualifiait de « confession sincère, extrêmement sincère ». Des années plus tard, Woody Allen tentera dans l’ombre de Fellini mais sans la même ampleur de faire son propre « Huit et demi » qu’il intitulera
« Stardust memories ». ◆

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