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Isabelle Autissier « La perte d’une culture est une perte pour nous tous »

Avec son deuxième roman, « L’amant de Patagonie », la navigatrice française Isabelle Autissier nous entraîne dans un voyage en Terre de feu nourri de ses expériences. Elle nous fait partager son amour viscéral pour cette enclave du bout du monde et sa connaissance des tribus indiennes qui la peuplaient encore à la fin du XIXème siècle et qui ont disparu depuis. De retour à La Rochelle, son port d’attache, après un nouveau voyage en Alaska, elle répond à nos questions.

Isabelle-AutissierComment passe-t-on de la navigation à l’écriture ?
Ce sont deux bonheurs qui se rencontrent. Pour moi celui de la mer, bien sûr, et celui de la lecture depuis que je suis petite. Les mots sont donc mon expression naturelle, plus que l’image, pour relater et faire partager ce que j’ai eu la chance de voir en mer et en voyage. Car partager ce que je vis me paraît faire intégralement partie de mes aventures.

Pourquoi l’intrigue de votre roman se situe-t-elle en Patagonie ?
Je navigue en Patagonie depuis 7 ans. Je suis très amoureuse de ces paysages et de cette nature. J’ai donc naturellement tendance à en parler. Car la nature est presque le personnage central de ce roman.

Emily, votre héroïne, fait un vrai travail d’ethnologue avec les Indiens de Patagonie. Et vous, comment avez-vous appris à les connaître ?
Il n’y a plus d’Indiens Yamanas ou Oans aujourd’hui. Il ne reste que des traces que l’on peut apprendre à lire, empilements de coquilles ou creux de huttes. J’ai donc dû me documenter dans les quelques études et témoignages d’ethnographes ou de voyageurs, car je voulais être le plus exact possible. On trouve des choses surtout en anglais et en espagnol. J’ai passé environ un an et demi à lire avant de commencer à écrire.

Quel est le message de ce livre ?
Bien sûr celui de l’acceptation des autres cultures et sa difficulté. Je n’ai pas voulu faire d’angélisme, il y a des « bons » et des « méchants » partout. Mais aussi la question des racines. De quel pays est-on, si ce n’est citoyen de la terre ? Comment construit-on volontairement sa vie en dehors des standards ? Mais aussi bien sûr la question de la nature, de sa surexploitation par l’homme «  moderne » et la perte des cultures qui en tenaient compte. La perte d’une culture est une perte pour nous tous.

La nature a une place centrale dans votre roman. Vous êtes présidente de WWF. Pour quoi militez-vous aujourd’hui ?
Je suis intimement persuadée que l’heure est grave. Les bouleversements que l’homme a induits sur la planète sont en train de nous rattraper et engendrent beaucoup de souffrances ; plus vite nous apprendrons à sortir du modèle qui épuise les ressources, produit de la pollution sans vraiment nous apporter le bonheur, moins nous souffrirons. Cela me semble être un combat primordial. Ce livre parle de cela en filigrane. Ce n’est pas un plaidoyer pour revenir au temps des cueilleurs chasseurs , mais pour comprendre que dévaster la nature c’est dévaster l’homme.

Vous êtes en train d’écrire un livre avec Erik Orsenna, de quoi parle-t-il ?
Je reviens de naviguer avec Erik dans le détroit de Bering et l’Alaska. Nous partageons cet intérêt pour ces lieux du monde géographiquement particuliers qui sont chargés d’histoires et d’enjeux pour l’avenir. Bering en est un, comme l’Antarctique où nous avons écrit notre premier livre ensemble.

Quels sont vos autres projets ?
Un autre voyage pour le livre avec Erik, cette fois-ci côté russe, au printemps.
Je viens de ramener mon bateau pour une révision complète à La Rochelle et j’y travaille pour le préparer à des navigations dans le Grand Nord dans les années prochaines.  ◆

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