Je charme donc je suis
Tous les observateurs de la vie politique nationale s’accordent sur ce point : Abdelilah Benkirane est un charmeur. Notre chef du gouvernement séduit les masses avec leurs élites prenant, au passage, dans ses filets l’ensemble de ses interlocuteurs internationaux. Usant de son humour populaire teinté de fausse naïveté, le leader de la majorité paraît humain [...]
Tous les observateurs de la vie politique nationale s’accordent sur ce point : Abdelilah Benkirane est un charmeur. Notre chef du gouvernement séduit les masses avec leurs élites prenant, au passage, dans ses filets l’ensemble de ses interlocuteurs internationaux. Usant de son humour populaire teinté de fausse naïveté, le leader de la majorité paraît humain et naturel. Là où ses prédécesseurs se sont rapidement crispés derrière le masque de la lourde charge gouvernementale, Benkirane affiche une bonhommie inébranlable quel que soit le rang de ses interlocuteurs à tel point que, selon le Canard Enchaîné, François Fillon, premier ministre français aurait dit de son homologue Marocain qu’ « il a appris à se rendre compte qu’il était premier ministre ». Si la signature humoristique de l’homme fait son petit effet dans les salons, l’action de son gouvernement, qui vient de fêter ses 100 premiers jours, laisse perplexe. L’équipe gouvernementale se confronte à la gestion de la chose publique dans un contexte extrêmement difficile et s’avère, jusqu’à présent, incapable de libérer les marges de manœuvres nécessaires pour créer une nouvelle dynamique de relance de la machine socio-économique du pays. La première loi de finances de l’équipe Benkirane est déjà caduque avant d’avoir été votée.
Ses prévisions de croissance ont été largement revues à la baisse par le gouverneur de la banque centrale ; prévisions largement admises par le grand argentier du Royaume même si son second semble encore se complaire dans le déni d’une réalité, aujourd’hui largement entamée. Au-delà de ses approximations budgétaires, la majorité gouvernementale apparaît fragile dans la quasi-totalité des débats de société qui se posent que se soit au niveau du traitement du chômage des jeunes, de l’avortement, du code pénal, de l’économie de rente, de la corruption, de la santé ou encore de la gouvernance et de l’autorité. Benkirane tente d’apaiser les tensions à coups de rencontres, de coordination curatives et de déclarations communes de bonnes intentions mais les fossés respectivement idéologiques avec le PPS et méthodologiques avec l’Istiqlal se creusent et on prête même au PJD l’intention de s’allier avec l’opposition pour constituer une nouvelle majorité. Le chef du gouvernement doit aussi gérer les dissensions internes au sein de son propre parti dont des membres éminents, aujourd’hui ministres, se distinguent par des sorties médiatiques tonitruantes, oubliant le devoir de réserve qui s’impose aux commis de l’état et obligeant le chef du gouvernement à procéder, régulièrement, à des recadrages officiels. L’autorité du chef du gouvernement ne semble se maintenir qu’à travers l’adhésion à son verbe fleuri et à son langage qui se veut celui de la vérité, de la transparence et de l’honnêteté, mais les actes qui doivent, logiquement, découler de ce chapelet de bonnes paroles sont encore bien timides. D’aucuns diront qu’il est trop tôt pour juger une équipe qui doit corriger des décennies de mauvaise gestion, quand d’autres y verront une démagogie populiste dont l’issue parait hasardeuse. La vérité est sans doute entre les deux jugements et le capital confiance du nouveau gouvernement auprès de l’opinion publique et sur la scène internationale est loin d’être entamé. Reste que le programme gouvernemental n’est qu’une longue litanie de propositions nécessitant des déclinaisons précises qui tardent à voir le jour. S’ajoute à cela l’agitation, parfois excessive des membres de l’exécutif vis-à-vis de l’actualité immédiate, qui laisse entrevoir un manque flagrant de focalisation sur les grands enjeux de moralisation et de réforme de l’état notamment dans les secteurs de la justice, de l’enseignement et de l’emploi. Abdelilah Benkirane séduit par le verbe et les Marocains continuent d’espérer qu’il fera démentir cette maxime prêtée à Charles Pasqua : « Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent ». ◆




« D’aucuns diront qu’il est trop tôt pour juger une équipe qui doit corriger des décennies de mauvaise gestion »
C’est vous qui leur imposez cette mission? Mauvaise gestion de la part de qui? du palais? des istiqlaliens? soyez plus précis svp