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Maroc

3 février 2012

L’avenir incertain de nos bi-nationaux

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Impossible de les dénombrer, les Marocains détenteurs d’une seconde nationalité font pourtant la fierté des Marocains. Bon nombre d’entre eux s’illustrent sous d’autres cieux. Que fait l’Etat pour les convaincre à plus s’investir dans leur pays d’origine, par ces temps de populisme en Europe ?

3 millions et demi de Marocains vivent à l’étranger et arrivent en tête des naturalisés dans les pays européens.

3 millions et demi de Marocains vivent à l’étranger et arrivent en tête des naturalisés dans les pays européens.

En mai dernier, le député français Claude Goasguen souhaitait limiter les droits politiques aux binationaux, créant une vive polémique en France. « Il est tout de même gênant qu’une personne puisse voter en France et dans un autre État », avait-il déclaré. En Allemagne, en Belgique et aux Pays-Bas, l’acquisition d’une nationalité étrangère s’accompagne de la perte de la nationalité d’origine. Malgré ces restrictions apparentes, les Marocains arrivent en tête des naturalisés dans les pays européens. En France, ils devancent même l’Algérie, où ils sont quelque 7000 à se voir octroyer la nationalité française, contre quelque 5500 pour les Algériens. Les raisons de ces naturalisations sont évidemment multiples : regroupement familial, naissance des enfants dans les pays d’immigration, facilitation des démarches administratives. Mais sur les quelque 3 millions et demi de Marocains vivant à l’étranger, impossible d’en dénombrer le nombre de naturalisés. En effet, certains pays comme la France interdisent les recensements ethniques, rendant techniquement impossible le recensement des Marocains ayant obtenu la nationalité française. Par contre, sur les quelque 45 000 français vivant au Maroc, on sait que 50% d’entre eux sont aussi marocains.

Des binationaux attachés à leur marocanité

Il serait inapproprié d’accuser les Marocains binationaux de manquement à leur patriotisme, comme on l’entend très souvent par ces jours de défaites footballistiques, que certains attribuent trop vite aux joueurs issus de l’immigration. Mustapha Belbah, sociologue marocain et spécialiste des sujets liés à l’immigration, avait écrit dans son livre « la double nationalité en question » (Karthala), que c’est à cause de « la généralisation des politiques de visas et le durcissement des lois sur l’entrée et le séjour de la part des pays d’accueil » que les Marocains ont cherché à obtenir le fameux « passeport rouge », « le passeport rouge m’ouvre les portes de tous les pays » avait déclaré un témoin dans son livre. Ce besoin de mobilité concerne surtout les premières générations. Plus surprenants sont les jeunes de la troisième génération, qui étant nés de nationalités européennes, demandent de plus en plus l’obtention d’un passeport marocain. Cet inversement de tendance serait dû à un besoin d’affirmation de soi. Le sociologue avait écrit que « les jeunes Français issus de l’immigration chercheraient à leur tour, à travers la possession d’un passeport marocain, à se différencier de leurs égaux, qui eux ne l’ont pas. ». Pas matière à s’inquiéter donc, l’attachement des binationaux à leur marocanité ne semble pas être en danger.

Crise de confiance

Qu’en est-il de l’implication de ces binationaux dans la vie politique, sociale et économique de leur pays d’origine? Dans les faits, les binationaux marocains participent beaucoup plus à la vie politique de leurs pays d’accueil qu’à celle de leur pays d’origine. Le président du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME), Driss El Yazami, révèle qu’en Belgique « il y a un belgo-marocain au Parlement européen, 6 au Sénat, 3 à la Chambre (parlement fédéral), 2 au Parlement flamand, et 14 au Parlement de Bruxelles-Capitale, sans parler des dizaines d’élus locaux ». La nouvelle constitution, votée le 1er juillet dernier, consacre pourtant pas moins de trois articles au droits des binationaux (16, 17, 18). L’article 18 stipule par exemple que « Les pouvoirs publics œuvrent à assurer une participation aussi étendue que possible des Marocains résidant à l’étranger, aux institutions consultatives et de bonne gouvernance créées par la Constitution ou par la loi ». Pourtant, les dernières législatives ont été un échec. Le vote par procuration n’ayant pas convaincu les marocains de l’étranger de participer en masse à ce scrutin décisif. Or, leur participation à la vie marocaine peut être un vecteur au développement du royaume, comme ce fut le cas pour les fameux 3I (Irlande, Italie, Israël). Ces trois pays se sont développés grâce à un important apport de leur diaspora, y compris politiquement, par des actions de lobbyisme notamment. Un travail de longue haleine attend le nouveau ministre chargé des MRE. Mustapha Maazouz aura la lourde de tâche de rétablir la confiance entre les binationaux et leur patrie d’origine. Un exemple simple de la méfiance qu’entretiennent les binationaux vis-à-vis de l’Etat marocain, un récent sondage publié par le CCME fait ressortir que 50% des Marocains d’ailleurs ne font pas confiance à la justice marocaine, contre 43% seulement.◆




 
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