Le Conseil économique et social (CES) vient de présenter son rapport sur l’emploi des jeunes. Parmi ses dix recommandations figure la nécessité de créer un observatoire national de l’emploi et d’amorcer une refonte de l’ANAPEC.
Vendredi dernier à Rabat, le CES a présenté son rapport sur l’emploi après dix mois de travail. Photo S.T.B.
L’emploi des jeunes, sujet crucial au Maroc, a été le dernier cheval de bataille du Conseil économique et social (CES). Au bout de dix mois de travail, la commission chargée d’étudier le sujet sous toutes ses coutures est ressortie avec un rapport, présenté vendredi dernier à Rabat. Pour rappel, celui-ci avait été précédé par un rapport préliminaire en juillet dernier.
La situation de l’emploi chez nos jeunes n’est pas des plus enviables. Le taux d’activité chez les 15-24 ans est seulement de 36,2% selon les chiffres de 2010 dévoilés par le Haut commissariat au plan (HCP). Et ceux qui étudient ne sont pas pour autant épargnés par le chômage. Ainsi, en 2010 toujours, 18,1 % des chômeurs ont un niveau d’études supérieur. Autre réalité peu reluisante, celle de la durée de l’inactivité. Ainsi, 65,8% des jeunes sont sans emploi depuis plus d’une année. Et ceux qui y échappent ne travaillent pas dans des conditions idéales. « Même lorsqu’ils parviennent à décrocher un emploi, nos jeunes sont souvent moins bien rémunérés, rarement contractualisés et très peu couverts par un régime de protection sociale », souligne Moncef Kettani.
Que propose le CES ? C’est à Mohamed Titna Alaoui, directeur de la commission chargée de mettre en œuvre le rapport, qu’a incombé la tâche d’énumérer les mesures proposées. Dix au total. Equivalence des diplômes, limite d’âge dans la formation professionnelle, font partie des portes qui grincent. Les huiler s’impose !
Boîte à idées
« L’âge plafonné à 25 ou 26 ans imposé aux candidats à la formation professionnelle est à abolir. Il faut que ça se termine ! » lance avec virulence Mohamed Titna Alaoui, qui a également pesté contre les dates de péremption des diplômes, menant de nombreux postulants vers la case départ. Le président de la commission s’est également attardé sur une pratique devenue courante, et qui vient mettre des bâtons dans les roues des jeunes à la recherche d’un emploi. Le double emploi ! « Il est indispensable d’y mettre fin. Il suffit pour cela de respecter la loi ! Il est inconcevable que des fonctionnaires du public cumulent deux emplois en travaillant également dans le privé ». Par là, il évoque notamment le cas de certains professeurs de l’enseignement supérieur, qui, sans scrupules, désertent les amphis des universités publiques pour remplir une classe (et leurs poches) dans un établissement privé.
Face à ces imperfections, les jeunes diplômés se retrouvent souvent aux vestiaires, n’ayant pas les crampons adéquats pour entrer sur le terrain du monde du travail. Pour y remédier, le rapport préconise également le « renforcement des formations à finalité professionnelle de courte durée et le développement des modules de formation linguistique, comportementale et entrepreneuriale ».
Un observatoire de l’emploi
Ajouté à toutes ces mesures, le CES préconise la création d’un observatoire de l’emploi et un conseil national de l’emploi soutenu par des conseils régionaux. « L’observatoire serait une institution qui connaîtra avec précision la réalité des chômeurs, et pourra éventuellement disposer d’informations et de statistiques adéquates pouvant orienter le conseil national de l’emploi », précise Mohamed Tatni Alaoui.
A la question de savoir si cet observatoire fera de l’ombre au Haut commissariat de plan (HCP), le CES est clair. « Absolument pas. Mais si nous arrivons à avoir d’autres institutions, les statistiques pourront être plus filtrées ». Le président Chakib Benmoussa rectifie : « Si vous regardez le taux d’activité des jeunes, il est plus faible que tout ce qui observé à l’échelle de la région. Ce qui veut dire qu’une partie des jeunes n’est probablement pas sur le marché du travail, parce qu’elle est découragée à rechercher de l’emploi. Or les statistiques du HCP, qui respectent les normes internationales, ne reflètent que ceux qui sont à la recherche d’un emploi ». L’observatoire permettrait donc d’analyser, d’une manière plus fine, les problématiques de l’emploi, dans leurs relations avec la formation.
Enfin, le rapport sur l’emploi des jeunes soutient la nécessité d’une réforme de l’Agence nationale de promotion de l’emploi et des compétences (ANAPEC). « Qu’elle ne soit pas uniquement une agence qui se charge de l’intégration, mais qu’elle ait son mot à dire dans le domaine de l’emploi », conseille Mohamed Tatni Alaoui. Pour 2012, le CES annonce qu’il se penchera notamment sur les sujets de la retraite et la fiscalité.◆




