L’Europe va faciliter la mobilité
Stefano Manservisi, directeur général des affaires intérieures à la Commission européenne, était en visite au Maroc le 13 octobre. Il a annoncé de nouveaux accords sur la migration, la mobilité et la sécurité entre le Maroc et l’UE.

Eneko Landaburu, chef de la délégation de l’UE au Maroc et Stefano Manservisi, directeur des affaires intérieures à la Commission européenne. Photo Selma T. BENNANI
L’Union européenne ne veut plus être cataloguée comme un continent fermé à la Rive Sud de la Méditerranée. La visite de Stefano Manservisi au Maroc le 13 octobre apparaît – à première vue – comme un pion avancé dans l’échiquier du changement de vision et d’attitude. Le Directeur général des affaires intérieures à la Commission européenne a eu l’occasion de rencontrer plusieurs responsables du ministère de l’Intérieur, des Affaires étrangères, ainsi que Jamal Rhmani, ministre de l’Emploi et de la formation professionnelle, et Mohammed Ameur, ministre délégué chargé de la Communauté marocaine à l’étranger.
Trois piliers
Objectif : entamer un dialogue approprié au contexte post-printemps arabe.
A l’occasion d’une rencontre avec la presse, Stefano Manservisi a intégré cette visite au Maroc dans un processus plus global. « L’Union européenne souhaite engager, avec certains pays d’Afrique du Nord, à savoir l’Égypte, la Tunisie et le Maroc, un dialogue global sur la mobilité, la sécurité et la migration ». Eneko Landaburu, chef de la délégation de l’Union européenne, a ajouté dans ce sens que « cette initiative assez récente s’inscrit parfaitement dans la modification de notre politique de voisinage, pour tenir compte des évènements qui ont eu lieu dans les pays de la Rive Sud de la Méditerranée ».
Concrètement, que promet un dialogue basé sur ces trois piliers ? L’ancien bras droit de Romano Prodi annonce des mesures qui devraient satisfaire plus d’un ! « Il s’agit de mettre sur table un accord de facilitation de visas. Faire en sorte que les citoyens marocains puissent entrer dans l’Union européenne pour des séjours de courte durée avec beaucoup moins de formalités ».
Une facilitation donc, mais pas pour tout le monde, et uniquement pour les séjours courts. « La liste des documents à fournir lors de la demande de visa sera moins volumineuse, et les frais de visas seront réduits, voire nuls dans certains cas », informe Stefano Manservisi, sans donner une date précise du lancement de ces nouvelles mesures. La régulation des longs séjours varie quant à elle d’un pays à l’autre de l’Union.
Ce n’est pas un cadeau !
D’autres mesures faciliteront la mobilité de certains groupes de personnes, particulièrement les étudiants qui ont une bourse d’études, ainsi que les médecins qui veulent aller se perfectionner dans des hôpitaux européens. « Ce n’est pas un cadeau fait au Maroc ! », insiste le représentant de la Commission européenne. Chacune des parties devrait, selon lui, gagner au change. D’une part, des étudiants et travailleurs de la rive Sud qui veulent parfaire leur formation, et de l’autre une Europe vieillissante qui souhaite attirer des compétences. « L’Europe reste un continent de destination privilégié par les Marocains. Au total, 20 millions de migrants réguliers vivent dans le vieux continent, et ils sont destinés à devenir 50 à 60 millions du fait de la chute démographique », expose Stefano Manservisi.
Ce dialogue entamé avec trois pays de la rive sud vise ainsi à faire de l’Europe un continent ouvert, comme dans le passé. « L’Europe s’est construite sur la reconnaissance des diversités. Nous sommes le plus grand groupe économique au monde parce que nous avons su reconnaître l’Autre ». Une Europe qui souhaite en quelque sorte se refaire une réputation, ternie au fil des ans.
En effet, le phénomène de la migration a été qualifié de dangereux, en particulier par des partis politiques de droite. Les deux représentants de l’Union européenne ne l’ont pas nié lors de la rencontre. « En Europe, des forces politiques se sont créées sur des messages négatifs de racisme et de xénophobie, et les migrants ont souvent été pointés comme source de problèmes », regrette Stefano Manservisi.
L’Europe a donc décidé de changer d’attitude, et de mettre au centre des préoccupations la mobilité des personnes, avec à la clé l’idée d’établir un partenariat pour la mobilité. « C’est apporter au Statut avancé un domaine fondamental qui n’est pas seulement économique mais qui a trait aux relations humaines », a conclu Eneko Landaburu.
En espérant que la volonté européenne soit associée à un effort de la part de chaque pays membre de l’Union, certaines lois nationales, plus drastiques, et concernant plutôt les longs séjours et l’immigration professionnelle, doivent être revues.◆

