L’abolition, une condition à l’intégration
Pour le chef de la délégation de l’Union européenne au Maroc, Eneko Landaburu, la nouvelle Constitution est un encouragement dans la voie de l’abolition. Reste à en concrétiser le principe.
D’après vous, quels sont les freins à l’abolition de la peine de mort dans les pays comme les USA, la Chine qui la pratiquent régulièrement ou des pays comme le Maroc où il existe un moratoire sur la question ?
L’abolition de la peine de mort est un choix humaniste et de lutte contre un traitement que l’Union européenne considère comme cruel. Les freins à sa mise en place sont divers et dépendent largement de facteurs culturels, historiques, religieux et sociétaux. Chaque Etat est souverain et libre de ses choix. Pour l’Union européenne, l’élimination de la peine de mort est fondamentale pour rehausser la dignité humaine et pour le développement progressif des droits humains.
Je note en effet que depuis 1993, aucune exécution n’a eu lieu au Maroc. D’autre part, la nouvelle Constitution est un encouragement dans cette voie puisque son article 20 stipule « Le droit à la vie est le droit premier de tout être humain. La loi protège ce droit ». Enfin, je voudrais rappeler qu’une des recommandations de l’Instance Equité et Réconciliation, soutenue, également par la société civile marocaine, concerne l’abolition de la peine capitale.
« L’abolition de la peine de mort est une des conditions requises pour qu’un pays puisse devenir membre de l’Union européenne »
Quels sont les efforts entrepris par l’Union européenne pour promouvoir l’abolition de la peine de mort auprès des pays qui l’exercent encore ?
D’abord, je tiens à souligner que l’abolition de la peine de mort est une des conditions requises pour qu’un pays puisse devenir membre de l’Union européenne. L’Union européenne milite pour l’abolition de la peine de mort au niveau international : au sein des enceintes multilatérales telles que l’Organisation des Nations Unies et également avec le Conseil de l’Europe. A travers le monde, l’Union européenne utilise tous les outils diplomatiques mis à sa disposition ainsi que ceux de la coopération en vue de l’abolition de la peine de mort. L’Union européenne est le premier acteur institutionnel et un des principaux donateurs pour les efforts déployés par les organisations de la société civile à travers le monde dans l’abolition de la peine de mort qui reste une de ses priorités de politique extérieure.
Existe-il un programme spécifique pour le Maghreb et le Maroc ?
L’Instrument européen pour la démocratie et les droits de l’Homme (IEDDH) est un des instruments utilisés au Maroc (et plus largement au niveau international) pour notamment, renforcer les capacités de plaidoyer de la société civile dans ce domaine.
Comment l’UE pourrait-elle rendre le message de la Coalition nationale pour l’abolition de la peine de mort au Maroc (CNAPM) plus audible ?
A travers le programme de l’IEDDH, la Coalition marocaine contre la peine de mort a été sélectionnée pour recevoir une subvention de l’Union européenne, afin de renforcer ses capacités de plaidoyer. C’est à elle seule de déterminer la voix qu’elle souhaite pour mieux se faire entendre, et c’est elle qui détermine ses propres messages. L’Union européenne en adoptant une position abolitionniste sur la scène internationale ne peut qu’aider à amplifier et rendre plus audibles les messages des organisations de la société civile qui œuvrent dans ce sens.◆



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