Imprimer

Monde

10 octobre 2011

L’Algérie face au printemps arabe

L’examen du projet de loi qui portera la représentativité des femmes à 33 % dans les assemblées élues suscite des réactions mitigées au sein de la société algérienne. Depuis le début des révoltes dans le monde arabe, l’État multiplie les réformes pour apaiser la colère de la population.

Bouteflika a décidé en avril d’étendre le quota de représentativité des femmes à 33 % dans les assemblées élues. Mal lui a pris.

Les autorités algériennes sont à l’épreuve du « printemps arabe ». La déferlante révolution qui a rasé le régime tunisien et égyptien n’est pas sans susciter l’inquiétude d’Alger. L’État a, dès lors, engagé d’importantes réformes politiques pour contenir la colère du peuple. C’est ainsi que le président Abdelaziz Bouteflika a décidé en avril d’étendre le quota de représentativité des femmes à 33% dans les assemblées élues. Mais l’examen de ce projet de loi, qui a débuté le 6 octobre, donne déjà lieu à des réactions mitigées au sein de la société. Même si les femmes sont généralement représentées dans la plupart des professions, ce n’est pas le cas en politique. Le Parlement en compte à peine 7% et rares sont celles qui héritent de portefeuille au sein du gouvernement. Autant dire que l’échiquier politique demeure toujours l’arène de la gent masculine.

Réactions mitigées

Cependant, si ce projet est perçu par certains comme une évolution majeure, d’autres pensent que c’est juste une mesure prise par le gouvernement pour calmer les esprits. Car toutes les Algériennes ont vu le rôle important joué par la femme dans les révolutions en Tunisie et en Égypte notamment.
« Comment peut-on être encore mineure dans le code de la famille et être élue ? », s’est indignée Fatma Oussedik, sociologue à l’université d’Alger II et militante féministe.  « Pour nous, l’indicateur principal reste le retrait de ce code», a-t-elle ajouté.

Changer de mentalité

Le code de famille en question restreint le droit des femmes et impose à ces dernières « un tuteur matrimonial » lors des mariages. Les associations de défense des droits de la femme en Algérie réclament avant tout, des avancées au niveau des droits féminins. Toutefois, elles savent que c’est un chemin épineux et plein d’embuches qu’elles vont devoir emprunter pour y arriver.

Croiser les doigts et attendre que cela vienne des autorités n’est pas une option. « Les femmes font partie des catégories qui se mobilisent le plus pour le changement. Mais, en Algérie, nous sommes conscientes que la démocratie ne s’octroie pas et que ce n’est pas non plus l’OTAN qui le fera », a développé Fatma Oussedik. La mentalité de la société constitue l’autre obstacle à l’ascension des femmes en politique. «  A chaque fois qu’on descend dans la taille des assemblées, on rencontre plus de difficultés, parce que les mentalités résistent. Les députés vont faire tous les calculs pour revenir sur le quota de 33%.

On ne va pas arriver à plus de 20 %», a expliqué Dalila Bouakaz, députée du Front de libération nationale (FLN) de la Wilaya d’Alger. Mais, même si ce quota de représentation à 33 % des femmes passe sans amendement à l’Assemblée nationale, la sociologue Fatma Oussedik pense que cela ne changera rien au quotidien de la femme algérienne. « Aucune femme n’a été élue sur des revendications féministes. Elles transforment peut-être un peu l’image, mais elles sont trop peu pour changer quelque chose », a-t-elle déclaré.

L’épée de Damoclès

En parallèle, d’autres mesures ont été prises pour répondre, un temps soit peu, aux attentes des Algériens. Il s’agit notamment de l’ouverture de l’audiovisuel, de la dépénalisation du délit de presse et d’une nouvelle loi sur les partis politiques. Sur le plan social, le gouvernement a, récemment, décidé d’augmenter les salaires de plusieurs catégories professionnelles. Un relèvement du salaire minimum qui est de 1 500 dinars (150 euros) est également prévu. Pour la rentrée scolaire de cette année, le gouvernement a aussi fourni gratuitement du matériel scolaire en vue de venir en aide aux familles défavorisées. « L’effort engagé par l’État dans le domaine économique et social est une chance dont dispose encore l’Algérie dans un environnement économique international tendu et incertain», avait alors estimé le Premier ministre Ahmed Ouyahia. Il faut souligner que le pouvoir d’achat des Algériens s’amenuise de jour en jour alors que le pays figure parmi les plus grands producteurs et exportateurs de pétrole en Afrique. Cependant, en dépit de ces réformes sociales et politiques que tente mettre en place le pouvoir, le risque de l’éclatement reste toujours palpable.◆




 
Articles en relation
 

 
alegerie

Les jeunes Algériens fâchés avec la politique

Le jour des législatives à Alger, les électeurs n’étaient manifestement pas au rendez-vous, dans une capitale où la jeunesse semble souffrir de l’ennui.
 
 
Asma-Chaabi

Les femmes leaders en conclave à Rabat

Le Forum international des femmes (IWF) se tiendra du 30 mai au 1er juin prochain à Rabat. Au total, 800 femmes qui se sont distinguées dans différents domaines dans le monde prendront part à cet événement. Le Printemps a...
 
 
Abdallah-Djaballah

Contestations après la victoire du FLN

Plusieurs partis politiques sont montés au créneau le week-end dernier pour dénoncer « de nombreux cas de fraudes » à l’issue des élections législatives du 10 mai, remportées par le parti au pouvoir, le FLN.
 

 
algerie

Le FLN persiste et signe

Les législatives algériennes ont rendu leur verdict. Sans surprise, le parti historique du Front de libération national (FNL) a remporté le scrutin, obtenant près de la moitié des sièges de la nouvelle assemblée.
 
 
vote

Législatives, un test pour Bouteflika

Les Algériens se sont rendus aux urnes hier, pour élire les 462 députés à l’Assemblée nationale algérienne. Le principal enjeu du scrutin était le taux de participation, que l’on annonçait faible.
 

 
Abdelaziz-Bouteflika

La crédibilité de Bouteflika en jeu

C’est le jour-J pour les 44 partis en lice aux élections législatives. Si les Algériens ne montrent pas d’enthousiasme vis-à-vis du scrutin, Abdelaziz Bouteflika les a encore une fois incités à voter en masse, dans u...
 
 
Mohcine-Belabbas

« La pire campagne que l’Algérie ait connue »

Le Soir échos a rencontré à Alger Mohcine Belabbas, nouveau président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD). Ce parti, qui avait à sa tête Saïd Sadi, l’homme qui avait tenté de mobiliser la rue alg...
 
 
Algerie

L’abstention, grande inconnue en Algérie

La campagne pour les législatives du 10 mai a pris fin, hier, faisant craindre une forte abstention. Les 44 partis politiques en lice n’ont pas réussi à redonner espoir aux électeurs.
 

 
Algérie Des jeunes menacent de boycotter les législatives

ALGERIE : Des jeunes menacent de boycotter les législatives

Quelque 200 jeunes, représentants d’un comité national des travailleurs en pré-emploi du secteur public, ont menacé dimanche, lors d’une manifestation à Alger, de boycotter les élections législatives du 10 mai, faute...
 
 
produits

Produits de beauté et révolutions

Les produits de beauté n’auront pas été épargnés par les révolutions arabes. Le Maroc et l’Algérie, où le secteur se porte bien, confirment leur exception.
 

 
algerie

Algérie : début de campagne pour les législatives

La campagne électorale pour les législatives anticipées du 10 mai a commencé. Au total, quarante-quatre partis politiques se sont engagés dans cette course électorale.
 
 
Ahmed-Ben-Bella

Ben Bella, l’homme du clan d’Oujda

Ahmed Ben Bella, premier président de l’Algérie indépendante, est décédé mercredi à Alger à l’âge de 96 ans. Figure emblématique de l’Algérie post-coloniale, Ben Bella était également un homme politique au pa...
 
 
Chafik-Rachadi

Loi de Finances : le RNI n’a pas voté

Au parlement, les Rnistes ont brillé, mercredi soir, en s’abstenant du vote du projet de loi de Finances. Le parti de l’opposition estime que ce dernier n’apporte aucune vision novatrice.
 

 
Abdelaziz-Belkhadem

Au FLN, Belkhadem lâché par les siens

Le parti au pouvoir en Algérie, le FLN, est au bord de la crise, à moins d’une semaine du début de la campagne électorale qui débute le 15 avril. De nombreuses voix s’élèvent au sein du parti pour réclamer le dépa...
 
 
Omar-Hilale

Le Maroc soutient l’adhésion de l’Algérie à l’OMC

Le Maroc officialise son soutien à l’Algérie dans son projet d’adhésion à l’Organisation mondiale du commerce. Un nouvel acte de bonne foi de Rabat pour normaliser ses relations avec Alger.
 

 
mirage

Le mirage de la croissance économique

Malgré les prouesses économiques du Nigeria, premier producteur de pétrole du continent, 60 % de sa population vit dans la pauvreté.
 
 
Maroc-Algérie

Maroc-Algérie : fin de la propagande ?

Le périple algérois du ministre de la communication et porte-parole du gouvernement serait une tentative parallèle pour redynamiser les relations maroco-algériennes. L’accord de coopération entre la MAP et l’APS sera-t...
 



One Comment


  1. [...] Examen, femmes, loi, peuple, population, Projet, reactions, réformes, représentativité Source: L’Algérie face au printemps arabe Articles similaires:L’Algérie face au printemps arabePresse : Alger réforme sans [...]



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>