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Culture

30 décembre 2011

L’Ange bleu de Josef von Sternberg

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« Je suis de la tête aux pieds, faite pour l’amour », chante Marlène Dietrich en tenue légère et porte-jarretelles dans le film qui en fit une icône de cinéma, probablement l’une des plus célébrées de son époque. Dietrich, dont Cocteau disait que « son nom commence par une caresse et se termine par un coup de cravache » [...]

L’Ange bleu de Josef von Sternberg « Je suis de la tête aux pieds, faite pour l’amour », chante Marlène Dietrich en tenue légère et porte-jarretelles dans le film qui en fit une icône de cinéma, probablement l’une des plus célébrées de son époque. Dietrich, dont Cocteau disait que « son nom commence par une caresse et se termine par un coup de cravache » était alors une inconnue et c’est Josef von Sternberg, le réalisateur du film, qui eut le flair et le cran de l’imposer dans le rôle principal, face à des noms plus connus du grand public. Emil Jannings, la vedette masculine du film, était par contre déjà célèbre puisqu’il venait de remporter le premier Oscar du meilleur acteur en 1929.

L’Ange bleu, parmi d’autres particularités, était le premier film parlant du cinéma allemand et créa un énorme scandale au moment de sa sortie.

Dans les années 30, on était en effet peu coutumiers du fait de voir dévoilées certaines parties du corps féminin et d’écouter des dialogues aussi explicitement sexuels. L’Ange bleu se déroule dans l’Allemagne des années 1920. Le professeur Emmanuel Rath (Emil Jannings) exerce un pouvoir tyrannique sur ses élèves. Son existence de célibataire endurci coule comme un long fleuve tranquille, si ce n’est peut-être le surnom qu’on lui attribue :
« Unrat », déchet en allemand. Un jour Rath apprend que ses élèves ont l’habitude de se retrouver dans un cabaret mal famé appelé l’Ange bleu. Il s’y rend alors dans l’intention de les prendre sur le fait. Il tombe immédiatement sous le charme de la chanteuse vedette, Lola Lola (Marlène Dietrich), qui va bientôt entraîner son existence routinière dans une spirale passionnelle et dAngereuse. « Dietrich ne détruit pas l’homme, dans L’Ange bleu, il se détruit lui-même. La faute est sienne, c’est lui qui n’aurait pas dû se lancer dans cette aventure. C’est cela le sujet », disait Sternberg à propos du film. L’Ange bleu est en effet un conte cruel qui raconte la déchéance d’un petit professeur moqué par ses élèves et devenu un clown triste.

Victime de son désir, envoûté, ensorcelé, humilié, le professeur court à sa perte avec un masochisme tenace. Ravages de la passion destructrice qu’incarne Emile Jannings, pathétique limace amoureux d’une étoile, avec une intensité peu commune. Tenue légère et chapeau claque, femme fatale aux jambes gainées de soie noire, Marlène Dietrich irradie dans le film. Chaque réplique semble mûrement réfléchie et guidée par le seul souci d’efficacité de la mise en scène. On sent chez Von Sternberg que la percussion des images est le maître-mot. Plus de 80 ans après sa sortie, L’Ange bleu est un film qui demeure profondément anticonformiste.

Drôle, mais aussi cruel et brutal, c’est un film qui se sert des atours du film muet sans pour autant délaisser les charmes incontestables de la bande-son. L’intelligence du propos et le savoir- faire de son auteur en font un film qui a traversé les époques.

Le rôle de Lola Lola catapultera Marlène Dietrich au firmament. Elle partira pour Hollywood faire la carrière que l’on sait et deviendra l’une des plus grandes stars du siècle dernier. Tandis qu’Emil Jannings se liera avec les officiels du 3e reich dont il deviendra l’un des artistes symboles. Marlène et Von Sternberg tourneront encore six films ensemble.  ◆




 
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