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Culture

10 janvier 2012

L’Iran aux portes d’Hollywood

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Une séparation d’Ashgar Farhadi (ci-dessous), savamment servi par des personnages forts, oscille entre opacité criminelle et réalités socio-politiques.

Une séparation d’Ashgar Farhadi (ci-dessous), savamment servi par des personnages forts, oscille entre opacité criminelle et réalités socio-politiques.

Une séparation d’Ashgar Farhadi (ci-dessous), savamment servi par des personnages forts, oscille entre opacité criminelle et réalités socio-politiques.

Le film d’Asghar Farhadi nourrit actuellement les espoirs d’une éventuelle consécration aux Oscars, concourrant pour trois catégories : meilleur film étranger, meilleure réalisation et meilleur scénario. Sorti récemment aux Etats-Unis après une moisson de prix remportés dans plusieurs festivals, il est le premier film iranien à être nominé aux Oscars dans la catégorie « film étrangers » depuis Les enfants du ciel en 1998. L’opus avait remporté un triomphe historique au dernier festival de Berlin, récompensé par le prestigieux Ours d’Or, prix attribué pour la première fois à un film iranien. Dans une interview avec Reuters, le réalisateur iranien a déclaré : « Si des réalisateurs de mon pays peuvent accéder aux Oscars, ceci devrait être un message positif pour les autres metteurs en scène dans d’autres parties du monde ».

Un tour de force

Leila HatamiLe film est un tour de force cinématographique. Réussissant à contourner les autorités de censure iraniennes, il s’est érigé en un drame sociétal à grand public, contrairement aux œuvres moins accessibles de réalisateurs iraniens tels que Abbas Kiarostami, Mohsen Makhmalbaf et Jafar Panahi – qui est emprisonné, et interdit de filmer en Iran pendant deux décennies. Cependant, le film n’en est pas moins le théâtre de clins d’oeil politico-religieux, et le terreau tacite de préjugés sociaux puisés de la société iranienne, et déroulés par un Farhadi foncièrement intuitif. Une séparation s’avère une métaphore indéniable. Alors que les deux principales protagonistes, Simine et Hodjat, débattent violemment avec le juge, le message est clair : elles ne luttent pas pour sauver leurs relations conjuguales respectives, mais bien contre un pays qui les a abandonnées et les a asphyxiées. Simine ne veut pas rester avec son mari, mais ne veut surtout pas s’éterniser dans un pays où elle est constamment prise au piège Mais ni le film ni son réalisateur le disent explicitement. La subtilité du film nous guide, à travers un humanisme exacerbé, vers un constat d’injustice à la fois palpable et sous-jacent. Une séparation déroule la déroutante histoire d’un couple en instance de divorce — Simine Et Nader — dans un Iran moderne. Elle, veut quitter l’Iran et lui, veut y rester pour prendre soin de son père atteint d’Alzheimer. Quand elle le quitte, il engage Hodjat, femme enceinte de classe sociale inférieure, pour prendre soin de son père. Le désastre devient inéluctable lorsque la personnalité complexe et contradictoire de Hodjat, et ses multiples questionnements par rapport à sa tâche se définisent. Dans une des scènes du film, Hodjat a recours à une ligne religieuse pour demander si nettoyer « les souillures » d’un homme constitue un péché. Les péripéties s’enchaînent, et lorsque Nader provoque la mort de l’enfant de Hodjat, le film se mue en un polar, tout en restant traversé par une lame de fond : celle des tensions sociales.

Réussissant à contourner les autorités de censure iraniennes, il s’est érigé en un drame sociétal à grand public, reflétant un Iran contradictoire.

Un Iran contradictoire

Bien que les chefs d’inculpation, l’ambiance de criminalité et les menaces d’emprisonnement pèsent sur la trame, Une séparation reste un portrait mordant de personnages tourmentés, en proie aux conflits émotionnels. Une ambiance de claustrophie tacitement concoctée par le cinéaste, qui a su dessiner des caractères enfermés dans leurs propres secrets, leurs barricades sociales, et leurs préjugés asphyxiants, reflétant un Iran contradictoire. L’apparence occidentale de Simin et sa détermination contrastent dramatiquement avec le chador noir de Hodjat, sa pauvreté, et son mari au chômage qui pense qu’il est inapproprié pour une femme de travailler à sa place.
Aux yeux de Hodjat, Nader et Simine font partie d’une élite corrompue et arrogante, et agnostique. Lutte des classes ? Poids de la religion ? Société patriarcale ? Tout y passe. Le film reflète un portrait démocratique d’une société non égalitaire, qui culmine en une confrontation du couple dans un tribunal où le spectateur assiste à un ballet psychologique d’un hyperréalisme mordant.Une rare brillance cinématographique où l’intrigue oscille entre opacité criminelle et réalités socio-politiques, savamment servie par des caractères marquants. Au gré des tensions, le film allie subtilement humanisme narratif et théâtralité dramatique, dûs sans doute au palmarès de Farhadi, qui a toujours su jongler avec la dramaturgie et le théâtre. Signalons que le brio de Farhadi ne date pas d’hier : les cinéphiles connaissent déjà La fête du feu et À propos d’Elly, deux réussites majeures. Une séparation, troisième percée iranienne, serait-elle la plus concluante ? Réponse bientôt sur le tapis rouge.◆




 
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