Le ministère de l’Agriculture vient de déposer une demande d’emprunt de près de 40 millions d’euros pour financer une autre phase du Programme national d’économie d’eau d’Irrigation (PNEEI). Une occasion de rappeler les points les plus importants de ce programme et son état d’avancement.
En plus de la modernisation des systèmes d’irrigation, le projet apportera l’assistance technique aux agriculteurs pour améliorer la productivité et la valorisation de l’eau.
En dépit de la proximité du royaume de l’Europe caractérisée par une abondance des pluies, le Maroc, lui, ne profite pas d’un climat aussi favorable à l’agriculture. Pis encore, plusieurs années de sécheresse se sont succédé, impactant ses réserves en eau. Or l’année en cours risque de connaître le même sort. Conscient des enjeux que représente cette ressource, aujourd’hui rare au point d’être surnommée l’or bleu, le royaume s’est engagé depuis la dernière décennie dans un processus et un programme de rationalisation de l’utilisation de l’eau, notamment dans le domaine agricole. A juste titre, le Programme national d’économie d’eau d’Irrigation (PNEEI), dont la finalité consiste à protéger les ressources en eau contre les impacts des changements climatiques et d’améliorer les conditions de vie des populations rurales à travers une gestion durable de ces ressources, a été mis en place. Une stratégie nationale de l’eau a été élaborée en 2009 par le Secrétariat d’État chargé de l’Eau et de l’environnement. Le coût global du PNEEI est estimé à 37 milliards de DH sur 15 ans, dont 30 milliards de DH pour les investissements physiques (60% pour l’Etat et 40% seront pris en charge par les agriculteurs) et 7 milliards de DH pour les composantes liées à la vulgarisation, aux mesures d’accompagnement et aux imprévus financiers et physiques.
Un chantier budgétivore
Pour son financement, « le Maroc a emprunté à ce jour plus de 100 millions d’euros, soit 1,1 milliard de DH, qui s’ajoutent au budget général de l’Etat » , souligne M´hamed Belghiti, Ingénieur en chef à la direction de l’irrigation et de l’aménagement de l’espace agricole, au ministère de l’Agriculture et de la pêche maritime. Avant de préciser que même si le chantier est budgétivore, les retombées justifient les moyens. Le programme devrait permettre à terme une économie de près de 1,4 milliard de mètres cubes d’eau. Auquel cas s’ajouterait le doublement de la valorisation du mètre cube d’eau, en plus des impacts positifs sur l’environnement et sur la compétitivité de l’agriculture. Le projet, qui concerne toutes les régions du royaume, « y est déployé dans sa composante projet de reconversion individuelle, à travers notamment le projet d’économie d’eau à l’initiative des agriculteurs, moyennant les incitations financières de l’Etat. Pour sa composante reconversion collective, qui passe par la modernisation des réseaux collectifs d’irrigation, à l’initiative de l’Etat, les projets sont déployés dans les périmètres irrigués de la Moulouya, du Loukkos, du Gharb, des Doukkala, du Tadla, du Haouz et du Souss Massa… Tous des périmètre de grande hydraulique», explique Belghiti.
Un projet sur 5 ans
La levée de fonds instruite auprès de la Banque européenne d’investissement (BEI), d’un montant de 40 millions d’euros, soit 445,6 millions de DH, concerne trois régions : le Gharb, le Souss Massa et le Haouz. Ce projet concerne une superficie totale de 18.000 ha dans les bassins du Souss, Oum Rbia et Sebou. Mais elle est toutefois sujette à des modifications lors de l’évaluation du projet, précise Belghiti. La durée du projet s’étalera sur 5 années à partir de 2012 ou 2013 selon la date de la signature de l’accord. Quant à ses objectifs, ce sont, tout d’abord, l’amélioration de la productivité et la valorisation de l’eau. En plus de la modernisation des systèmes d’irrigation, le projet apportera l’assistance technique aux agriculteurs pour améliorer la productivité et la valorisation de l’eau et aux agences d’exécution pour le renforcement de leur capacités.◆
Un programme ambitieux et volontariste
Le nouveau programme de développement de l’irrigation localisée se veut ambitieux, volontariste et holistique. Il place l’agriculteur et l’amélioration de son revenu agricole au centre des préoccupations. Il se base non seulement sur la reconversion des techniques d’irrigation peu efficientes, mais aussi sur la revue et l’amélioration de tout le processus de mise en valeur agricole et de valorisation de la production, c’est-à-dire de l’amont (choix des cultures, amélioration des techniques culturales, …) à l’aval agricole (organisation, partenariat, commercialisation, agro-industrie…).




