Les autorités israéliennes s’opposent à une enquête internationale sur les morts de la «Flottille de la liberté». Moshe Yaalon a coupé court à toute équivoque en affirmant qu’Israël «n’est pas une république bananière» et que «personne ne nous imposera ce que nous avons à faire». Des discussions seraient en cours avec Washington pour la création [...]
- Les autorités israéliennes s’opposent à une enquête internationale sur les morts de la «Flottille de la liberté».
- Moshe Yaalon a coupé court à toute équivoque en affirmant qu’Israël «n’est pas une république bananière» et que «personne ne nous imposera ce que nous avons à faire».
- Des discussions seraient en cours avec Washington pour la création d’une commission israélienne avec des observateurs américains.
Pendant trois jours, les dirigeants de l’Etat hébreu ont présenté un front uni face aux critiques de l’attaque de la «Flottille de la liberté» émanant de la communauté internationale. Mais cette unité n’était qu’une façade. Elle s’est craquelée mercredi dernier après que le Comité des droits de l’Homme des Nations unies siégeant à Genève a décidé de lancer une enquête sur les circonstances de l’abordage du navire turc Marmara par les commandos israéliens de la «Shayetet 13».
En 2009, une décision semblable prise par le même comité après la fin de l’opération «Plomb durci» – l’invasion de la bande de Gaza – avait débouché sur la publication du fameux rapport Goldstone. Ce dernier accuse Israël et le Hamas – mais surtout Israël – d’avoir perpétré des crimes de guerre. A l’époque, lePremier ministre Ehoud Olmert avait interdit à tout fonctionnaire israélien d’entrer en contact avec Richard Goldstone et son équipe. Les ONG qui avaient malgré tout aidé à récolter des informations avaient été vilipendées et elles le sont encore actuellement.
Qu’en sera-t-il de la nouvelle enquête sur l’abordage de la «Flottille de la liberté»? Contrairement à son habitude, Benyamin Netanyahou n’a pas beaucoup hésité pour faire connaître son opinion. «Il n’existe aucun cas dans le monde où l’armée d’un pays démocratique impliquée dans la mort de plusieurs personnes à l’étranger a fait l’objet d’une enquête des Nations unies. Nous ne comprenons pas pourquoi nous devrions être l’exception», ont déclaré les proches du Premier ministre s’exprimant dans les médias israéliens sous le couvert de l’anonymat.
Quant au numéro deux du gouvernement, Moshe Yaalon, il a coupé court à toute équivoque en affirmant que son pays «n’est pas une république bananière» et que «personne ne nous imposera ce que nous avons à faire». Cet avis est partagé par le ministre de la Défense Ehoud Barak et par la majorité de ses collègues du gouvernement. Mais il y a une note divergente, celle du ministre des Infrastructures nationales Benyamin ben Eliezer, qui passe pour être l’un des piliers du Parti travailliste et de la vie politique israélienne. «Je n’ai pas de problème avec la création d’une commission d’enquête internationale, mais dans ce cas, il faut qu’elle mène également des investigations sur les organisateurs de la «Flottille de la liberté» et sur leurs relations avec l’islamisme radical».
La création d’une commission d’enquête israélo-israélienne est la solution encouragée par Barack Obama.
Pour l’heure, Benyamin ben Eliezer est minoritaire, mais les élus de la majorité comprennent que leur pays ne pourra pas rester les bras croisés. Si, à l’instar de l’ex-ministre de la Défense Shaoul Mofaz, certains plaident «en faveur d’une enquête interne de l’armée parce que seule Tsahal sait ce qu’elle a fait», d’autres proposent la création rapide d’une véritable commission d’enquête gouvernementale. Dotée des pouvoirs d’un juge d’instruction. «Cela fera taire les Nations unies et enterrera le nouveau rapport Goldstone qu’elles nous préparent», lâchent-ils. Parmi les tenants de cette solution figure le ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman. «Nous ne manquons pas de juristes expérimentés», affirme-t-il en citant le nom de l’ex-président de la Cour suprême Meir Shamgar. Figure unanimement respectée en Israël, ce magistrat à la retraite avait, en 1996, présidé la commission d’enquête sur l’assassinat de Yitzhak Rabin puis une autre sur l’empoisonnement de nageurs de combat qui s’entraînaient dans une rivière polluée.
L’hypothèse de la création d’une commission d’enquête israélo-israélienne semble d’autant plus probable que cette solution est également encouragée par Barack Obama. Selon la presse israélienne, des négociations entre l’entourage de Benyamin Netanyahou et celui de Barack Obama seraient déjà en cours en vue de la participation d’observateurs américains aux travaux des enquêteurs .





