La Chambre des conseillers bloquée malgré elle
La démission des ministres et l’attente de la nomination du nouveau gouvernement condamnent la Chambre des conseillers à vivre une situation de blocage, rendant impossible sa mission de contrôle.

à la Chambre des conseillers, l’on estime que l’action vis-à-vis du gouvernement est dénuée de son sens tant que ce dernier peine à se constituer.
Du courrier s’empile sous les portes des bureaux fermés, des salles de réunions désertes et des couloirs silencieux. Les conseillers donnent l’impression d’avoir abandonné leur fonction à la deuxième Chambre. Depuis quelques jours, l’ambiance est si calme qu’elle en devient dérangeante pour le personnel qui semble vouloir pourtant gérer l’ingérable.
« Nous sommes entrés dans une phase de paralysie graduelle qui arrive à son sommet avec la démission des ministres et l’attente de la nomination des nouveaux. L’impact de la transition est ressenti très directement au sein des groupes et les commissions qui sont, aujourd’hui, en stand-by », indique ce chef de service du groupe istiqlalien. Assis dans son bureau, ce dernier reconnaît n’avoir plus grand-chose à y faire, pour le moment. « Nous disposons d’un temps mort interminable. Pour la majeure partie, nous essayons de le combler en répondant aux correspondances que reçoivent les conseillers !», s’exclame-t-il. Des tâches purement administratives meublent les longues heures des fonctionnaires à travers les groupes et les commissions. Et pour cause, leur mission censée être le contrôle de l’activité gouvernementale ne peut avoir lieu.
A qui poser les questions orales?
«Chaque vendredi, nous avons l’habitude de préparer la séance hebdomadaire des questions orales qui se déroule tous les mardis. La séance précédente, on nous a signifié que seul le ministre de la Culture était disponible. A présent que presque tous les ministres ont démissionné, c’est encore au même ministre que la séance devra s’adresser. Et à la veille, il n’y a toujours pas de questions », révèle ce conseiller administratif du groupe Usfpeiste. Les conseillers se sentent avoir les mains liées face à un gouvernement déserté par les ministres des secteurs qu’ils qualifient de vitaux. « Le problème, c’est qu’il n’est pas possible non plus d’annuler cette session des questions orales. Elle nous est imposée par la Constitution et nous ne devons en aucun cas commettre une violation dans ce cas précis », tient à souligner ce chef de service. « Mais si la composition du gouvernement est connue d’ici là, la session des questions orales n’aura lieu qu’après l’approbation par le Parlement de son programme », précise cet autre cadre administratif.
« La composition suscite un grand débat, mais la transition n’a pas que de mauvais côtés ».
Un cadre, délégué syndical du personnel.
A la Chambre des conseillers, l’on estime que l’action vis-à-vis du gouvernement est dénuée de son sens tant que ce dernier peine à se constituer. « Les conseillers ne sont plus actifs. Ils ne savent plus à quoi s’attendre, s’ils vont rester ou non… Du coup, ils n’accordent plus d’intérêt à la préparation de la séance des questions orales et encore moins les propositions de lois. L’enthousiasme a laissé place à une crise », révèle le conseiller administratif du groupe Usfpeiste.
Quel avenir ?
Il n’y a pas que la séance des questions orales qui est compromise. Ce qui met le personnel de la Chambre des conseillers sous des charbons ardents, c’est également son statut. « Nous travaillons encore avec l’ancienne Constitution. Nous ne savons pas ce qui adviendra de la Chambre des conseillers dès que le gouvernement sera prêt à prendre les commandes. La loi organisant les régions figure sur la liste des priorités et c’est sur cette base que les élections locales devront se tenir. Mais quand ? Personne ne le sait ! », s’interroge ce chef de service. La Chambre des conseillers attend énormément de ces élections locales car c’est à ce niveau-là qu’elle pourra redorer son blason mis à mal par des accusations dont les conseillers ont fait l’objet.
«Les élections législatives se sont bien déroulées, elles ont été transparentes et c’est dans la même ambiance que devront se dérouler les élections communales. Si les conseillers doivent être réduits, il est nécessaire qu’ils soient doublement compétents », estime-t-il. Le personnel appréhende l’éventuelle réorganisation de la Chambre des conseillers en trainant de grosses questions. « Un énorme travail a été réalisé tout au long de plus d’une décennie. Au lieu de prévoir la réorganisation, il serait meilleur d’optimiser plutôt le rendement », indique cet autre cadre, délégué syndical du personnel. A ses yeux, l’idée de réduire les conseillers et de joindre les groupes n’est pas forcément intéressante. « La composition suscite un grand débat, mais la transition n’a pas que de mauvais côtés », affirme-t-il, soulignant que le temps est venu pour que la Chambre des conseillers puisse connaitre une situation plus claire, plus précise. « Avec la régionalisation, cette Chambre affinera ses orientations en direction du développement social et économique. Elle devra ainsi jouer un rôle plus efficace en centrant ses orientations sur le quotidien des Marocains », ajoute ce militant syndical. En attendant, la transition se fait dans le marasme et le personnel n’a d’autre alternative que le wait and see.◆

