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La déception des syndicalistes

Une autre réunion entre les centrales syndicales et le ministère de la Fonction publique et de la modernisation a eu lieu jeudi après-midi à Rabat. Peu optimistes, les syndicalistes se disent déçus.

Le gouvernement accélère les négociations avec les syndicats afin de trouver un accord avant le 1er mai, fête des travailleurs.

«Nous ne voulons pas d’un dialogue de parade ». Le secrétaire général de l’Union marocaine du travail (UMT), Miloudi Moukharik, ne mâche pas ses mots. Pour lui, le nouveau gouvernement n’a toujours pas donné de signes fort de son engagement dans le dialogue social. « Les réunions qui se tiennent entre syndicats et gouvernement ne s’inscrivent pas dans le cadre du dialogue social national. Il ne s’agit, en fait, que d’une commission sectorielle de la Fonction publique », tient-il à préciser par volonté de mettre un terme à ce qu’il qualifie de « confusion que crée le gouvernement ».

Dialogue et priorités

Réunis de nouveau avec le ministre de la Fonction publique et de la modernisation de l’administration, Abdelâdim El Guerrouj, jeudi 19 avril, les syndicalistes déclarent chercher encore une voie pour établir la méthodologie de travail bilatéral. « On nous attire toujours vers des textes à caractère général plutôt que de fixer un ordre du jour. Nous sommes convaincus à l’UMT qu’il est temps de passer au concret », estime Miloudi Moukharik. Et « ce concret » dont il est question à l’UMT concerne, en premier lieu, la réforme du statut général de la Fonction publique. « Notre délégation a mis l’accent sur ce volet lors de notre dernière réunion. Depuis février 1958, il n’y a jamais eu d’amélioration. Rendez-vous compte qu’un fonctionnaire exemplaire a le droit, chaque trois ans, à une augmentation de 60 dirhams. Il est honteux d’appeler cela augmentation », s’indigne le secrétaire général de l’UMT convaincu désormais que « le stade des méthodologies », encore en cours, doit être dépassé au plus vite. « Nous voulons convaincre le gouvernement que le prioritaire, pour nous, c’est d’améliorer les conditions de vie des fonctionnaires », martèle-t-il.  Aussi prioritaire que la refonte du statut de la Fonction publique, l’UMT revendique avec autant d’acharnement une autre réforme, celle du Régime collectif d’allocation de retraite (RCAR). « Ce sont des pensions de misère que touchent les retraités qui, tout au long de leur travail, ont cotisé énormément. À leur retraite, il arrive à plusieurs de ne toucher qu’un tiers de leur salaire. La RCAR est avare, mais pas déficitaire. Alors il faudra en revoir la base de calcul », estime Miloudi Moukharik.

Liberté avant la grève

Le mécontentement semble unanime. En tout cas, à la Fédération démocratique du travail (FDT), c’est aussi la déception qui règne. « La nouvelle réunion a eu pour but de continuer l’examen de la méthodologie à suivre pour le dialogue social », indique Larbi Habchi, membre du bureau central de la FDT et du groupe fédéral à la Chambre des conseillers. « Nous devions parvenir à préciser les points de l’ordre du jour. Mais d’ores et déjà il existe une grande divergence entre la FDT et le gouvernement sur ce processus. À notre sens, la loi organique sur la grève ne mérite pas d’être en tête de liste. Ce qui l’est plutôt, c’est le texte régissant les élections professionnelles dans le secteur public. Aucune date n’a été fixée à celles-ci mais devraient avoir lieu cette année. Alors que la discussion du texte, elle, est annoncée pour 2013 », souligne Larbi Habchi. La hiérarchisation des priorités n’est pas du goût des syndicalistes. La FDT estime encore, dans ce cadre, que le gouvernement doit d’abord approuver et respecter les libertés syndicales avant de s’avancer sur d’autres chantiers dont celui de la grève. « Les syndicats doivent disposer de leur légitimité d’exercer leur liberté et il est essentiel, dans ce but, d’abolir l’article 288 du code pénal », soutient ce membre du bureau central de la FDT.  Cet article qui fâche les syndicats stipule qu’il est puni de l’emprisonnement d’un mois à deux ans et d’une amende de 200 à 5.000 dirhams ou de l’une de ces deux peines seulement, quiconque, à l’aide de violences, voies de fait, menaces ou manœuvres frauduleuses, a amené ou maintenu, tenté d’amener ou de maintenir, une cessation concertée du travail, dans le but de forcer la hausse ou la baisse des salaires ou de porter atteinte au libre exercice de l’industrie ou du travail. Lorsque les violences, voies de fait, menaces ou manœuvres ont été commises par suite d’un plan concerté, les coupables peuvent être frappés de l’interdiction de séjour pour une durée de deux à cinq ans.  Les syndicats revendiquent donc une révision générale des priorités du gouvernement afin de l’amener à institutionnaliser ce que la FDT appelle « un dialogue objectif ». « C’est la condition sine qua non pour aboutir à des résultats positifs », soutient Larbi Habchi.◆

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