Imprimer

Emploi

9 janvier 2012

La gestion des conflits au travail

Ecrit par

La plupart des patrons ont tendance à voir dans les conflits au travail uniquement une source de désordre qu’il faut dissoudre au plus vite. Cependant, l’expérience démontre que lorsque les tensions sont bien gérées, elles contribuent de manière positive à la régulation sociale.

Le code du travail incite les partenaires sociaux à établir une relation de travail basée sur la coopération, la négociation et le respect mutuel.

Le code du travail incite les partenaires sociaux à établir une relation de travail basée sur la coopération, la négociation et le respect mutuel.

 

La majorité des patrons et des décideurs considèrent les conflits au travail uniquement comme source de désordre. Ils le vivent comme une maladie qui vient perturber l’équilibre naturel de l’entreprise et qu’il faut donc éliminer. Pourtant, il peut jouer un rôle très important dans la régulation sociale en l’absence de coopération, ce que démontre l’histoire de plusieurs grandes entreprises marocaines.

 

 

Les mécanismes de la gestion des conflits en interne

Le code du travail incite les partenaires sociaux à établir une relation de travail basée sur la coopération, la négociation et le respect mutuel. Il exige la reconnaissance et le renforcement de la  liberté syndicale au sein de l’entreprise  (voir article 9). Certaines spécialistes — notamment les professeurs Gérard Donnadieu et Jean Dubois —  exigent même d’aller plus loin que la reconnaissance formelle et de la doubler d’une affirmation explicite qui constitue un engagement personnel de la part du chef d’entreprise. En vue d’anticiper et de réguler les conflits du travail à l’intérieur de l’entreprise, le code du travail prévoit certains mécanismes, à savoir l’élection des délégués des salariés, la désignation du représentant syndical au sein des entreprises qui emploient 100 salariés et plus, la constitution d’un comité d’entreprise et d’un comité d’hygiène et de sécurité pour les entreprises qui emploient 50 salariés et plus, la décentralisation de la négociation collective au niveau de l’entreprise ainsi que l’extension de son champ à des thèmes novateurs comme la flexibilité organisationnelle et le partage du travail.Le bon fonctionnement des institutions représentatives mentionnées plus haut permet à l’entreprise de gérer les relations conflictuelles en interne, sans aucune intervention externe. Il permet aussi au salarié d’avoir un espace de dialogue et de concertation au sein de l’entreprise et, enfin, il évite le recours à des stratégies de confrontation violentes et coûteuses. C’est dans cette perspective de gain mutuel que les entreprises doivent s’efforcer de reconnaître et de renforcer le partenariat, faciliter la communication des représentants avec les salariés, développer la négociation et faire évoluer les instances de représentation.Il y a lieu de signaler enfin que certains chefs d’entreprise traditionnels, attachés à leur autonomie de décision, voient dans l’adoption et le fonctionnement de ses institutions une menace pour le maintien de leur pouvoir traditionnel ; ce qui est indéniable dans la mesure où la mise en œuvre de ces institutions ne peut être envisagée sans une transformation du mode de management et des rapports de pouvoir au sein de l’entreprise.

Les mécanismes de la gestion des conflits en externe

En cas d’échec de la négociation ou à défaut de l’existence de mécanismes internes pour le règlement des conflits, les partenaires sociaux peuvent choisir l’une des méthodes suivantes : la conciliation, l’arbitrage ou la médiation. Le code du travail a ainsi créé deux modes de règlement des conflits collectifs. Il stipule dans son article 549 que « les conflits collectifs au travail sont réglés conformément à la procédure de conciliation et d’arbitrage ».
La conciliation est un mode alternatif de résolution des conflits, mis en œuvre lorsqu’une négociation directe a échoué ou n’apparaît pas possible. Elle suppose l’intervention d’un tiers (dit facilitateur) pour permettre de réussir là où la négociation directe a échoué (cf guide pratique de la conciliation élaboré par le ministère de l’Emploi et de la formation professionnelle 2008).

Le code du travail précise dans l’article 551 que « tout différend de travail susceptible d’entraîner un conflit collectif fait l’objet d’une tentative de conciliation devant le délégué chargé du travail auprès de la préfecture ou de la province, de l’agent chargé de l’inspection du travail, de la commission provinciale d’enquête et de conciliation ou devant la commission nationale d’enquête et de conciliation ».En vertu de l’article 568 du code du travail, l’arbitrage est confié à un arbitre choisi en commun accord par les parties du conflit parmi celles figurant sur une liste établie par arrêté du ministre chargé du Travail sur proposition des organisations professionnelles des employeurs et des travailleurs les plus représentatives. Les décisions de l’arbitre doivent être motivées et notifiées par lettre recommandée aux parties ; elles sont susceptibles de recours pour excès de pouvoir ou pour violation de la loi devant la cour suprême.Le code du travail n’a pas établi la médiation en tant que mode alternatif de règlement des conflits collectifs au travail. Pourtant, les parties en conflit peuvent choisir ce mode de règlement des conflits et ce conformément au code de la procédure civile.Dans ce cadre, l’article 327-55 stipule qu’« afin de prévenir ou de régler un différend, les parties peuvent convenir de la désignation d’un médiateur chargé de faciliter la conclusion d’une transaction mettant fin au différend ». En conclusion, le conflit, comme le signale le sociologue Allemand G. Simmel, demeure latent dans la paix et la paix est latente dans le conflit.◆




 
Articles en relation
 

 
securite-et-accident-de-travail

L’accident de trajet,accident du travail?

Tout accident qui survient au salarié lors de son travail ou sur le trajet de son lieu de travail n’est pas forcément un accident du travail. Le législateur exige certaines conditions.
 
 
Interdiction de licenciement, repos pour allaitement, aménagement d’une chambre d’allaitement et garderie pour enfants sont les avantages prévus par le code du travail.

Le congé et l’indemnité journalière de maternité

Les questions liées à la maternité sont traitées à la fois par le code du travail, le Dahir portant loi no 17-02 relatif au régime de sécurité sociale et la loi 65-00 portant Code de la couverture médicale (AMO) .
 
 
Les ressources du fonds sont constituées des dotations du budget général et d’un pourcentage des amendes perçues à la suite des contentieux.

Vers un fonds dédié aux consommateurs

C’est quasi officiel : le gouvernement s’apprête à créer un fonds dédié à la protection des consommateurs. Une mesure des plus attendues par les associations opérant dans ce secteur.
 

 
Ahmed Assid, philosophe et membre de l’Observatoire amazigh des droits et des libertés

« La laïcité est le seul système où les religions peuvent cohabiter »

La nouvelle donne du paysage politique marocain réveille l’éternelle question : la laïcité peut-elle être marocaine ? Ahmed Assid, philosophe et membre de l’Observatoire amazigh des droits et des libertés, répond...
 
 
La signature du contrat de mariage se fait souvent le jour de la fête, ce qui se prête difficilement à la négociation des conditions de chacun.

Contrat de mariage, un droit oublié

Une enquête menée par Global Rights révèle que sur les 75 173 contrats de mariage examinés, seuls 822 comportaient des clauses additionnelles, avec seulement 36 présentant un accord annexe sur les relations financières.
 
 
Badr-Belhachemi---DR

Droits d’auteurs : les artistes mobilisés

Une mobilisation des artistes autour de la question des droits d’auteur aura lieu le 16 décembre à 18 h à la fabrique culturelle des anciens Abattoirs de Casablanca. Le musicien Badr Belhachmi a devancé cet événement ...
 

 
«D’importantes disparités persistent principalement entre le milieu rural où vivent 43 % de la population et le milieu urbain, entre les filles et les garçons, entre les riches et les pauvres », soulignent les experts de l’UNICEF.

Droits des enfants : encore des disparités

Beaucoup de chemin reste à faire pour aboutir à un « Maroc digne de ses enfants ». Le constat est établi par l’UNICEF qui pointe du doigt les disparités entre pauvres et riches et entre milieux rural et urbain.
 
 
Le repreneur est tenu de respecter les obligations du précédent employeur vis-à-vis des salariés

Que faire si l’entreprise change d’employeur ?

En cas de changement de statuts juridiques (décès, vente, fusion), le nouvel employeur se doit de respecter les clauses des contrats de travail fixées entre l’ancien employeur et les salariés de l’entreprise. Dans le ca...
 
 
Amin Bouayach : «  L’observateur, dans le standard mondial, doit être neutre et donc ne peut s’exprimer sur rien. C’est un engagement à respecter ».

Observez et alertez l’OMDH !

L’OMDH a présenté, vendredi 11 novembre à Rabat, « marsad.ma » invitant les citoyens à contribuer à la transparence des élections.
 

 
abattoirs

Les droits d’auteurs aux Anciens abattoirs

Deux journées professionnelles sur les droits d’auteurs au Maroc auront lieu le 4 et 5 novembre à la Fabrique culturelle des Anciens abattoirs de Casablanca. Haqqi gheir bel fenn est l’intitulé de cet évènement organis...
 
 
Ben Barka a été enlevé par des policiers français le 29 octobre 1965, devant la brasserie Lipp à Paris.

Il était une fois Mehdi Ben Barka

Le Maroc commémore samedi le 46e anniversaire de la disparition de Mehdi Ben Barka. Les circonstances de la disparition de l’ancien leader tiers-mondiste restent toujours à élucider.
 
 
La promotion du dialogue social vise à surmonter les conflits et à améliorer la situation des salariés. Photo Yassine TOUMI

La nouvelle Constitution et les droits des salariés

Plusieurs points liés au droit du travail ont été consacrés par la réforme constitutionnelle de 2011. Les pouvoirs publics sont censés, notamment, œuvrer à l’encouragement de la conclusion de conventions collectives e...
 

 
Amina Bouayach monte au créneau, quatre mois après avoir participé à l’élaboration du texte de la nouvelle Constitution.

Le réveil de l’OMDH

L’Organisation marocaine des droits humains sort de son mutisme. Après avoir condamné l’éventuelle extradition d’un présumé trafiquant, voilà que l’OMDH s’attaque aux officiers de la DST.
 
 
Manifestation contre la cherté de la vie. Les coordinations de lutte contre la cherté refont surface.

L’AMDH réveille les coordinations

Les coordinations de lutte contre la cherté de la vie refont parler d’elle. L’AMDH veut redynamiser l’action de ces commissions qui sont depuis quelques années en hibernation.
 
 
« Au Maroc et même en Europe, la lutte contre le trafic de drogue est futile car il existe des moyens de détourner la vigilance des autorités ».

« La légalisation du cannabis est un Droit »

Pour le militant rifain des droits de l’Homme Chakib Khyari, un débat national sur la légalisation de la culture de cannabis est une urgence. Voilà pourquoi.
 

 
Le rapport soulève la question du quota et la qualifie d’« antidémocratique ».

Femmes : le verdict de la Banque mondiale

De bonnes appréciations, ou presque, pour le Maroc. C’est ce qui ressort de l’abrégé du long rapport sur Égalité des genres et développement 2012, publié par la Banque internationale pour la reconstruction et le dév...
 
 
 

CNDH

La nomination des nouveaux membres du Conseil National des Droits de l’Homme est en soi un événement important. Placée sous le signe de la pluralité, de la proximité avec des instances régionales aux prérogatives éten...
 
 
«L’avancée historique que les femmes saoudiennes viennent d’obtenir participe d’une autre tradition. Ce n’est plus l’Etat dictatorial qui accorde un droit, mais le monarque paternel».

Le féminisme du roi d’Arabie saoudite

Le roi Abdallah a accordé le droit de votes aux femmes. Après la Turquie (1934), la France (1944), la Suisse (1971), l’Arabie Saoudite clôt un siècle de lutte. Rien d’exceptionnel en somme, au regard de la longue histoi...
 

 
La violence à l’égard des femmes a un impact sur les ressources humaines et financières des entreprises, des hôpitaux ou des tribunaux.

Femmes : très chère violence

Les retombées financières de la violence contre les femmes sont importantes. Le dernier rapport de l’organisation non-gouvernementale, Global Rights, vient de le prouver par les chiffres.
 
 
Lors de la dernière campagne pour la nouvelle Constitution, les islamistes s’étaient mobilisés pour limiter la liberté de culte.

Le MUR s’attaque aux femmes

Après la bataille autour du projet de la Constitution où ils ont réussi à marquer des coups sur la liberté de culte, les islamistes du Mouvement unicité et réforme reviennent à la charge sur le registre des droits des f...
 



0 Comments


Be the first to comment!


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>