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Portraits

28 mai 2010

La grâce mêlée au talent

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  Sidi Larbi Cherkaoui danse pour la première fois dans son pays d’origine pour le Festival Mawazine. Un moment de grâce où universalité rime avec créativité.      C’est avec une standing ovation que s’achève le spectacle du chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui et de la diva du flamenco, Maria Pagés. Le public rbati est émerveillé. Plus [...]

  Sidi Larbi Cherkaoui danse pour la première fois dans son pays d’origine pour le Festival Mawazine. Un moment de grâce où universalité rime avec créativité.     

C’est avec une standing ovation que s’achève le spectacle du chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui et de la diva du flamenco, Maria Pagés. Le public rbati est émerveillé. Plus d’une heure d’enchantement et de créativité où le langage des mains et du corps fusionne avec le chant, le dessin, les jeux d’ombre et la musique. Une dimension universelle qui n’a pas manqué d’arracher des larmes à certaines âmes  sensibles. Parmi les spectateurs les commentaires fusent et les questions aussi : «Mais d’où sort ce petit génie ? J’ai rarement vu un spectacle aussi beau .Comment fait-il pour allier chant, danse et dessin en même temps ?». La surprise est d’autant plus au rendez-vous que le présentateur vedette de la rue Brihi avait plutôt mis l’accent sur les talents de Maria Pagès en évoquant à peine Sidi Larbi Cherkaoui. Au cours d’un entretien à quelques heures de la représentation, le chorégraphe nous apprend que c’est  avec beaucoup  d’émotion qu’il s’apprêtait à se produire pour la première fois dans son pays d’origine après plus de douze ans de scène. Né en 1976, d’un père marocain et d’une mère flamande ce talent de la nouvelle scène artistique belge est connu internationalement. Secret de son succès : une ouverture vers l’autre et l’utilisation de différents canaux d’expression. Sidi Larbi ne manque pas de revendiquer ce côté universel qui transcende les codes et les frontières : «Ce spectacle parle du rapport avec les origines car les hommes ont tendance à garder pour eux leur culture alors qu’elle est destinée à être partagée. Cela devrait être d’autant plus vrai entre  l’Espagne et le Maroc qui ont longtemps eu une histoire commune. C’est ce volet de notre patrimoine qui nous a motivés Maria et moi à travailler ensemble ». Un besoin viscéral de retour aux sources que Sidi Larbi  explique par son passé de fils d’immigré. Il se souvient avec précision de ses longs voyages en voiture où la famille Cherkaoui traversait l’Espagne avant d’arriver à Tanger, la ville de son père. C’est à cette époque que le jeune Sidi Larbi a commencé sa longue quête existentielle et sa réflexion sur les différentes mœurs et coutumes des sociétés. Enfant, il aimait déjà la danse mais l’éducation paternelle  refusait de faire cas d’une telle passion jugée trop féminine et peu sérieuse. Pour lutter contre ces  préjugés l’artiste se réfugia dans le dessin. Il passait ses journées à reproduire les toiles des maîtres flamands et à griffonner des formes et des mouvements avant de céder à ce qu’il nomme : «l’envie de dessiner avec le corps». Pour Sidi Larbi Cherkaoui pas de concessions qui tiennent : «J’ai préféré me battre pour l’art plutôt que de devenir carriériste ou affairiste. Quand on est passionné on ne peut que défendre sa vision du monde». Et c’est ce qu’il fit à l’âge de seize ans en participant à des concours d’imitation d’artistes, de chant et de danse dans des émissions télévisées belges. Un premier pas vers le succès qui conforta le jeune homme dans sa décision de devenir danseur. Malgré son âge tardif pour entreprendre une carrière de danseur professionnel il réussit à entrer dans la prestigieuse école des Performing Arts and Training. Sa tête d’ange, sa grâce et sa douceur naturelle  attirent très vite la sympathie de ses professeurs.

  • «J’ai préféré me battre pour l’art plutôt que de devenir carriériste ou affairiste. Quand on est passionné, on ne peut que défendre sa vision, du monde».

Sidi Larbi Cherkaoui peut enfin s’exprimer et s’épanouir en tant qu’artiste créateur autonome.  Il est également conforté dans l’idée  que la danse n’est pas une discipline artistique isolée  et qu’il peut  y mêler d’autres arts de la scène pour mieux dialoguer avec son public. L’esprit curieux qu’il est, le pousse alors à travailler parallèlement avec des troupes de hip hop et de moden jazz avant de s’envoler vers New York pour parfaire sa formation au Broadway Dance Center. Sa carrière débute enfin. Sa façon originale de se mouvoir sur scène  et sa grande souplesse l’aident à remporter en 1995 le concours du meilleur solo de danse mené par Alain Platel, directeur artistique des Ballets contemporains de Belgique.  Commence alors le chemin du succès. En 1997 Alain Platel invite Sidi Larbi Cherkaoui à participer à la conception de son spectacle «Lets op Beach». Fort de cette expérience notre artiste crée en 2000 sa première chorégraphie, «Rien de rien» et remporte le premier prix du Festival de Belgrade en 2001. Ses talents d’interprète et sa forte personnalité sont confirmés. Les commandes de chorégraphie abondent et les tournées mondiales aussi. Sidi Larbi Cherkaoui peut enfin s’exprimer en concevant ses propres créations comme «Foi», «Mythe» et «Origine». A l’image de «Dune», son spectacle donné au théâtre Mohammed V de Rabat, le travail de Sidi Larbi Cherkaoui mêle toujours les genres et brasse les cultures. Avec  des extraits musicaux où se profilent des chants arabes, soufis, espagnols, gothiques et autres, il nous entraine dans un univers où l’émotion et la mémoire sont constamment sollicitées.  Aucun sens n’est épargné. Le spectateur médusé découvre alors un Sidi Larbi danseur, chanteur et dessinateur. Sur un écran vidéo ensablé l’artiste projette sur des voilages transparents des images de nature, et de signes enfouis dans une mémoire collective menacés par l’oubli. Les gracieuses chorégraphies de Maria Pagés participent à renforcer le côté irréel et harmonieux du spectacle. Entre les deux artistes la rencontre s’est imposée comme une évidence. La danseuse espagnole nous apprend : «J’ai toujours admiré la façon de danser de Larbi. Il a une façon si particulière de bouger son corps et surtout ses mains. Ses mouvements sont fluides et justes». Cette harmonie du geste,  Sidi Larbi la tient à une partie de son enfance passée dans les écoles coraniques. A cette époque il a découvert  la calligraphie arabe qui continue à l’influencer aujourd’hui : «Cet art  m’a très tôt fasciné par sa façon si fluide de lier les formes. Cela m’a donné envie de bouger d’une manière organique en passant d’un mouvement à l’autre sans marquer de rupture». Un pari relevé dans ce spectacle qui a déjà été donné en Espagne, Italie, Belgique et Singapour  en suscitant à chaque fois un grand engouement de la part du public. Le temps d’une représentation, les esprits peuvent enfin laisser de côté préjugés, appartenance religieuse et ethnique pour caresser l’universalité de cet art si cher à Sidi Larbi Cherkaoui.  Le petit garçon de jadis balancé entre deux cultures touche enfin son rêve du doigt : «La culture n’est pas statique mais dynamique. Pour la maintenir il faut la faire vivre car ce n’est pas la culture qui fait les gens mais les artistes qui la refaçonnent au gré des évolutions et des mentalités. Je me suis toujours battu pour créer un univers susceptible de parler au plus grand nombre».  Des propos d’actualité qui ne suscitent qu’une envie : revoir très vite Sidi Larbi Cherkaui   sur d’autres scènes marocaines.




 
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