« La liberté : ne pas faire qu’en parler »
La liberté est le thème des rencontres organisées une fois par mois par l’association Bayt Al Hikma. La plus récente s’est tenue le lundi 25 juin, et a évoqué la liberté de la presse. Entretien avec Abdelfettah Bennani, secrétaire général de l’Association de défense des libertés individuelles.
Bayt Al Hikma organise chaque mois, et depuis le début de cette année, des rencontres sur le thème de la liberté. En quoi estil important d’ouvrir ce débat ?
L’année dernière, nous avons organisé, sur quatre jours, une université sur « l’école et les valeurs». Nous voulions réitérer l’expérience au mois de janvier 2012, mais nous n’avons pas pu faute de moyens. Nous nous sommes donc tournés vers une université permanente, histoire de réserver une réunion une fois par mois sur un thème précis. Nous avons opté pour la liberté, et nous tentons à chaque rencontre de traiter de l’une de ses facettes. Ces rencontres se poursuivront régulièrement jusqu’en décembre, avant que nous changions de thème en 2013.
Pourquoi paraît-il essentiel d’en parler maintenant ? La liberté est-elle en danger ?
L’actualité nous le rappelle avec force. Avec le gouvernement islamiste aujourd’hui au pouvoir, il existe bel et bien un risque de réduction de cette liberté. Il suffit de voir les actions menées depuis le début par ce gouvernement, ainsi que les déclarations de ses représentants pour s’inquiéter. Si nous ne sommes pas vigilants, nous risquons de perdre plusieurs de nos libertés. Par le biais de ces rencontres sur les libertés, nous leur rappelons que nous ne lâcherons rien.
La dernière rencontre en date a été celle du 25 juin sur « les médias et la liberté de la presse ». Les médias sont-ils un bon thermomètre pour mesurer le degré de liberté dans une société ?
Bien entendu, la liberté de la presse est un thermomètre très important. C’est la presse qui fait l’opinion, et quand il y a des tours de vis, on commence par la presse. Au fil des ans au Maroc, on a assisté à une évolution de ce côté-là. Au début, il n’existait que deux groupes de presse : la presse partisane et la presse officielle. Et rien d’autre à côté. Puis il y a eu l’arrivée d’une presse dite indépendante, ainsi que des médias sur internet. Même si la presse indépendante ne l’est pas toujours. On se demande si c’est la finance qui dirige certains journaux. Une pression financière qui réduit de ce fait la liberté de cette presse. De même, certains titres prennentclairement fait et cause pour certains partis…
Organiser des débats sur la liberté, c’est bien. Mais sur quoi aboutissent-ils par la suite ?
D’abord, on fera un rapport de l’ensemble des rencontres organisées sur le sujet, et des DVD seront distribués. Mais la défense des libertés ne dépend pas uniquement de nous, nous ne sommes qu’une petite association. Il faut par la suite que les gens s’approprient ce débat. Nous ne sommes que des facilitateurs qui accueillent une fois par mois une centaine de personnes. C’est aux gens épris de liberté de la défendre ! On remarque que plusieurs personnes ne soutiennent pas ouvertement notre initiative. Ils nous « disent » que c’est bien, mais ne viennent jamais nous soutenir concrètement. Et cela ne suffit pas ! Par ailleurs, nous impliquons fortement les jeunes dans ces débats sur les libertés. L’essence même de la première université sur l’école et es valeurs était d’ailleurs d’attirer les jeunes, et à chaque conférence nous essayons d’en lancer un ou deux, de leur donner la parole pour qu’ils s’approprient ce débat qui les concerne.


