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La place Tahrir à nouveau occupée

Depuis la révolution égyptienne, la place Tahrir est devenue le symbole des revendications populaires. Le rassemblement du week-end dernier, où les manifestants ont demandé la chute de responsables policiers accusés d’avoir tué des contestataires pendant la révolution, a l’air d’avoir été entendu.

Plusieurs centaines d’Egyptiens ont envahi vendredi la place Tahrir.

Le Premier ministre égyptien de transition, Essam Charaf, sous la pression de la place Tahrir à nouveau occupée par les manifestants, a annoncé samedi soir le limogeage des policiers accusés d’avoir tué des civils pendant le soulèvement contre le régime du président Hosni Moubarak. Après deux semaines de tensions marquées par des affrontements entre la police et les manifestants, le Premier ministre s’est finalement engagé à satisfaire certaines revendications lors d’un discours télévisé. Il a ainsi promis un procès plus rapide pour les responsables de ces violences. Ces décisions font partie d’une série de mesures destinées à répondre à des Egyptiens qui dénoncent le manque de sanctions et la lenteur de la justice envers les auteurs de la répression de la révolte qui a renversé Hosni Moubarak.

Au sujet des réformes sociales, Essam Charaf s’est cependant contenté d’annoncer avoir demandé au ministre de la Solidarité sociale de prendre en charge les problèmes de sécurité sociale, de l’éducation, des salaires et des retraites. Il a ainsi annoncé qu’il n’y aurait pas de vacances judiciaires pour ces procès. Le Premier ministre a en outre demandé au parquet de faire appel de tous les acquittements qui pourraient être prononcés. Essam Charaf s’est aussi engagé à « être loyal à la révolution et à la nation ».
Plusieurs anciens ministres sont actuellement emprisonnés, tandis que le procès de Hosni Moubarak doit s’ouvrir le 3 août prochain, en plein ramadan. Mais à ce jour, un seul policier a été condamné – par contumace – et plusieurs reports de verdicts ou de libérations sous caution ont provoqué l’indignation d’une partie de la population. Les manifestants, qui ont passé plusieurs nuits dans un village de tentes au milieu du vaste carrefour fermé à la circulation, se sont déclarés déterminés à ne pas quitter les lieux avant d’avoir obtenu satisfaction. Plusieurs mouvements de jeunes pro-démocratie, très actifs sur Internet, ont également appelé à la poursuite de l’occupation entamée vendredi.

Un discours peu convaincant

Le discours du Premier ministre égyptien de transition n’a été que trop moyennement accueilli par les manifestants qui accusent Essam Charaf d’être pour sa part trop faible face au Conseil militaire qui dirige le pays. Pour Magdy Mossaad, venu manifester place Tahrir, « le Premier ministre est face à une fuite d’eau, et au lieu de fermer le robinet, il essaye de ramasser l’eau à la main », rapporte l’agence AP. Riham Abdel-Salam, une manifestante de 23 ans dont les propos sont rapportés par l’AFP, déplorait que M. Charaf « n’ait répondu qu’à une partie de nos revendications », ignorant les appels à ne plus avoir recours aux tribunaux militaires pour juger des civils, ou à limoger les proches de Moubarak qui figurent encore dans les allées du pouvoir. Les manifestants, toujours en siège place Tahrir, continuent d’exiger le renvoi et la mise en examen de tous les policiers impliqués dans des affaires de meurtres ou de torture, pendant les événements de janvier-février mais aussi avant et après cette période. La fin des procès militaires pour les civils et l’éviction de l’ensemble des membres de l’ancien régime encore présents dans la sphère du pouvoir figurent également parmi les revendications principales, et ce, même si plusieurs anciens ministres ont déjà été condamnés. Une récente multiplication de relaxes, de libérations sous caution ou de renvois de procès, concernant des politiques, des hommes d’affaires ou des policiers, ont relancé les accusations sur le manque de détermination du nouveau pouvoir à tourner la page des années Moubarak.

Mais l’épilogue de cette révolution égyptienne, même si elle permet de croire en un renouvellement du pouvoir, tarde à montrer le bout de son nez. Seulement l’espoir est toujours de mise, comme en témoigne Alaa el-Aswany, l’auteur de « l’Immeuble Yacoubian » et cofondateur du mouvement démocratique Kifaya, qui accordait un entretien exclusif dans la dernière édition du Nouvel observateur : « Le peuple exerce et maintient une pression constante sur les militaires pour obtenir satisfaction à ses demandes. Je reste raisonnablement optimiste car l’armée n’a pas l’intention de garder le pouvoir. Reste un problème de traduction politique : on doit traduire le langage de la révolution dans celui, très différent, de l’armée ».

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