La route vers Kaboul ou vers le cinéma pour tous
Le film Road to Kaboul de Brahim Chkiri vient d’enregistrer un nombre record d’entrées au box office marocain : 150 000 billets vendus en quatre semaines d’exploitation. Un phénomène qui augure peut-être de l’émergence d’une véritable industrie culturelle marocaine.
Constatant le succès du film, la société de distribution Canal4, représentée par la réalisatrice Imane Misbah et la société de production Image Factory, représentée par Mohamed Rezqui, soutenues par les acteurs et les artistes qui ont collaboré au film (Rabii Kati, Aziz Dadas, Rafik Boubker …), ont annoncé ce mercredi 20 juin, qu’ils avaient l’intention d’organiser une tournée cinématographique dans tout le pays. Il s’agit de faire des projections du film dans les villes et les villages les plus reculés. Projections dans des salles ou des complexes culturels quand il y en a, projections en plein air sinon. Opération inédite au Maroc qui débutera le 20 août 2012.
Comment expliquer ce succès ?
Bien sûr qu’on peut attribuer cet engouement au scénario du film, excellent et non élitiste, avec une thématique parlant au grand nombre, parfois absurde, souvent tragique mais hilarante de drôlerie. Une comédie marocaine en totale rupture avec ce que l’on a l’habitude de voir. On peut l’attribuer à la construction dramaturgique simple et efficace, au casting, qui a réuni une belle brochette d’acteurs de talent et un jeu d’acteurs juste et des plus réussis. Mais ce film est un phénomène inédit par d’autres aspects : D’abord le tour de table pour son financement, qui a permis d’aller chercher des fonds au-delà des frontières nationales, sans recours à l’avance sur recettes du CCM. Un pari de la production qui n’a pas lésiné sur les moyens, pour tourner les nombreux effets spéciaux du film. Certains disent que «Road to Kaboul» marque le début du Hollywood marocain. Ensuite la distribution ambitieuse du film, qui cherche à le promouvoir à l’international, hormis le « marché américain qui reste relativement fermé » affirme Imane Misbah.
Le cinéma pour tous
Cette opération baptisée «Cinéma pour tous», rappelle curieusement le fameux «La culture pour tous» d’André Malraux, alors secrétaire d’État français chargé des Affaires culturelles. Slogan basé sur le principe de la démocratisation de l’accès à la culture, qui a déclenché l’aventure des maisons de la culture en France dont la première a vu le jour au Havre en 1961. ◆


