cette année je n’ai pas eu d’efforts à faire, pas besoin de me creuser les méninges pour trouver les résolutions que je mettrai un an à ne pas réaliser. J’ai décidé de devenir gaucher. Pas dans tous les domaines. De toutes les manières, je tape avec deux doigts sur mon clavier, donc exit l’écriture. En [...]
cette année je n’ai pas eu d’efforts à faire, pas besoin de me creuser les méninges pour trouver les résolutions que je mettrai un an à ne pas réaliser. J’ai décidé de devenir gaucher. Pas dans tous les domaines. De toutes les manières, je tape avec deux doigts sur mon clavier, donc exit l’écriture.
En fait j’ai décidé de devenir gaucher dans certaines situations.
Avant de prendre cette décision radicale, j’ai mesuré l’intérêt de solutions alternatives, comme le port de moufles (pas esthétiques ni pratiques, surtout en été), la camisole de force (plutôt voyante), la réclusion (improductive) et le changement de main s’est imposé logiquement.
D’après mes saines lectures, la transmission de bactéries est favorisée par le contact entre les mains, en particulier lorsque celles-ci sont humides ou mal séchées d’après le docteur Snelling de l’université de Bradford.
L’autre jour, je marchais en réfléchissant à ce problème qui ne me quittait plus lorsque je croisais une connaissance. Nous marchions sur le même trottoir, l’un vers l’autre (rien à voir avec les scènes au ralenti que l’on voit dans les films). Je l’aperçus, puis je le vis tousser. Bien éduqué, il avait mis sa main devant sa bouche… avant de me la tendre pour me saluer. J’ai frisé la syncope. Cet électrochoc a mis en branle toute une série de scènes qui ont défilé sous mes yeux comme le film de ma vie. Le jour où untel a éternué avant de me tendre la main, ou pire, le jour où mon boss, sortant des toilettes me tendit cette main que je ne pouvais refuser. En une fraction de seconde, je me suis dit, «Soit tu lui dis bonjour, soit tu dis au revoir à ta prime», j’ai passé les dix minutes suivantes à me récurer les mains. Une autre fois, c’était le chauffeur de taxi qui se curait consciencieusement les dents avec les doigts en les plongeant bien profond dans sa cavité buccale. En dix minutes de trajet, sa main avait fait cent fois l’aller-retour entre son volant poisseux et sa bouche. Inutile de dire que je n’ai pas demandé la monnaie.
Alors, comme cette année, je n’ai pas encore pris mes vacances, j’ai décidé que je ferais de mon mieux pour ne pas les occuper à me soigner d’une maladie que j’aurais pu éviter en ne serrant pas la main à quelqu’un. Et tant-pis pour la politesse.




