Les événements de Taza étaient, ce lundi, au centre de la séance plénière consacrée aux questions orales au Parlement. Mustapha Ramid dit regretter que la culture de la manifestation pacifique cède la place à la violence.
Il a été sans conteste, l’homme le plus attendu à la première séance plénière des questions orales, lundi 13 février. Le ministre de la Justice et des libertés, Mustapha Ramid, devait s’expliquer auprès des députés sur les événements tragiques, qui ont fait la triste célébrité de Taza, depuis plus d’un mois. Attendant de connaître les éventuels dérives qui auraient été commises par les forces publiques et si une enquête sera diligentée à cet effet, le premier message qu’à tenu à passer Mustapha Ramid a été on ne peut plus clair : tolérance zéro aux manifestations violentes.
Rien ne justifie la violence
Mustapha Ramid s’est dit être dans l’incompréhension, indigné par des attitudes dont il cherche toujours des réponses.
« Faire obstacle à la circulation, faire usage de violence sur les agents de la force publique, utiliser le crime abject et à grande échelle, détruire et incendier des biens publics », énumère le ministre de la Justice et des libertés, ne peuvent être les ingrédients d’une manifestation pacifique. « Nous utilisions une certaine flexibilité face aux manifestations pacifiques, nous fermions les yeux sur des formalités juridiques, et aucune poursuite n’a été enregistré, d’ailleurs à ce niveau. Ce qui importe le plus demeure la sécurité des citoyens, celle des forces publiques et des biens publics », déclare-t-il. Et de préciser que le parquet de Taza a poursuivi au total 25 personnes, dont 23 sont actuellement en détention. Ainsi, une personne a été inculpée d’enlèvement et de séquestration d’une fonctionnaire durant l’exercice de son travail, une femme agent de police stagiaire. Le verdict en appel à été de 5 mois de prison ferme et d’une amende de 500DH. Des peines de prison avec sursis entre 3 et 4mois ont été prononcées contre 5 personnes pour avoir humilié des fonctionnaires, un organisme, participé à des bagarres et jeté sur la voie publique des objets dans le but de porter atteinte à la sécurité des citoyens, de la circulation. Les délits de désobéissance civile et de nuire à des fonctionnaires durant l’exercice de leur travail, avec destruction de biens publics et vol, ont été retenus contre 4 personnes qui n’ont pas été encore jugées, selon le ministre de la Justice. « Un seul crime a été enregistré contre une seule personne ayant incendié un véhicule de la police au moyen de cocktails Molotov », souligne-t-il, ajoutant qu’une seule personne a été également poursuivie pour coups et blessures avec arme, mais qui n’aurait pas été encore jugée. Le verdict contre 13 autres, poursuivies pour outrage aux agents d’autorité et atteinte aux biens publics, a été prononcé, hier : 5 mois de prison avec sursis contre 7 et 10 mois ferme assortis d’amendes respectives de 3 000 et de 1 000 DH chacun. «
Des procès équitables ! »
« Je tiens à vous préciser que les arrestations n’ont été effectuées qu’après des investigations faites dans les règles, et suite à des preuves, notamment des témoignages et des vidéos », tient à mettre en exergue Mustapha Ramid, avant d’affirmer que toutes les garanties pour un procès équitable ont été respectées. « Nous veillons sur cela, parce que l’honneur de notre pays en dépend. Mais sera sanctionné toute personne dont la culpabilité sera confirmée », tranche-t-il. Pour le ministre, il n’y a pas d’autre choix. « A partir de l’échantillon Taza et sur la base des enquêtes que mène le parquet, il y a lieu de constater que la culture de la manifestation pacifique a cédé la place à la manifestation violente. Chaque personne qui a un problème n’a plus la patience de revendiquer des solutions par des moyens pacifiques, n’importe quelle catégorie refuse désormais de respecter les limites de la loi », regrette-t-il. Le ministre s’est dit être dans l’incompréhension, indigné par des attitudes auxquelles il cherche toujours des réponses. « Tout le monde veut utiliser la violence pour arriver à ses fins. Et lorsque le manifestant ne transfère pas sa violence sur les autres, il le fait contre lui-même en s’immolant par le feu ! Cette situation doit nous interpeller tous dans le gouvernement, sans aucune distinction entre majorité et opposition. Nous devons tous nous poser cette question : Que ce passe-t-il dans ce pays ? » interroge-t-il.
« Que se passe-t-il dans ce pays ? »
Alors que les parlementaires se posent encore la question, l’embrasement de Taza semble devenir une épidémie. A Beni Mellal et à Salé, les affrontements risquent de faire autant de dégâts qu’à Taza. Mustapha Ramid estime urgent d’unir toutes les parties concernées pour comprendre et agir. « Nous devons ouvrir un dialogue constructif sur cet état des lieux d’autant que notre pays est déterminé à réussir sa transition démocratique. Si l’Etat reste ainsi, il y aura des troubles dont personne ne veut et qui sera difficile à contenir », met-il en garde en prévention d’une catastrophe dont les prémices sont bien là.◆





