Larache sous haute tension
Depuis jeudi et jusqu’à dimanche soir, Larache s’embrase de plus en plus. Et pour cause, des agriculteurs en rogne contre une entreprise espagnole de riz exploitant des terres domaniales au douar Chelihate. Des centaines de blessés, des interventions musclées et des arrestations.

La section locale de l’AMDH dénonce des exactions dont auraient été victimes les habitants du douar Chelihate.
Les agriculteurs de Larache cultivent le riz dans la région. Par contre ce qu’ils ignorent c’est que certaines de ces terres qu’ils exploitent ne leur appartiennent point. « Historiquement, c’est l’entreprise d’agriculture industrielle Loukos qui avait le contrôle de ces terres et qui y faisait travailler les agriculteurs de la région. Récemment une entreprise espagnole, Revera, a remplacé Loukos et les problèmes ont commencé… », nous révèle Abdelkhaleq El Hadouchi, membre de l’AMDH-Larache.
Guéguerre entre les agriculteurs et Revera
Une fois installée à Larache, l’entreprise espagnole Revera tente de faire la loi. « L’entreprise a refusé de recruter certains agriculteurs de douar Chelihate. Ces derniers se sont sur le champ révoltés contre elle, en l’empêchant de produire du riz sur les terres avoisinantes. Motif des agriculteurs : les terres de Chelihate sont infectées et infestées par les moustiques et il est dangereux de produire du riz dans ces conditions-là. », nous apprend El Hadouchi. Depuis jeudi et jusqu’à dimanche, les affrontements entre les forces de l’ordre et les agriculteurs du douar n’ont pas connu de pause. « Une manifestation a été programmée dimanche pour marcher vers Larache, mais la police leur a, encore une fois, barré la route. Ils comptaient même tenir un sit-in devant Revera car ils estiment qu’ils ont besoin plus que quiconque de ces terres… », nous explique Fathia El Yacoubi, présidente de la section de l’AMDH-Larache. La police, d’après une autre source, encercle depuis samedi le douar Chelihaet et empêche les agriculteurs d’en sortir.
Affrontements entre les agriculteurs et la police
Dimanche, l’affrontement avait atteint son paroxysme. « Le douar de Chelihate qui comptait couper la route reliant Ksar El Kébir et Larache, a été assiégé par près de 4 000 policiers, gendarmes et militaires. D’un côté nous avons les agriculteurs qui veulent travailler à tout prix et empêcher Revera de cultiver le riz dans les terres intraitables. De l’autre, nous avons les forces de l’ordre qui étaient jeudi défenseurs devant l’entreprise Revera et aujourd’hui sont passés à l’acte. », témoigne Mohamed Hajjouji, membre de la section de l’AMDH-Larache. D’après des témoins oculaires, la police n’a ménagé aucun effort pour calmer les agriculteurs. Gros tuyaux à eau, bombes lacrymogènes, balles en caoutchouc… « Le secrétaire local du PADS et le président de l’association des fidèles des droits de l’Homme, Elayachi Elriyahi, s’est joint aux affrontements pour soutenir les agriculteurs et a été lui aussi arrêté. La situation est devenue insupportable. En moins d’une semaine, les affrontements avec les forces de l’ordre ont fait 123 blessés dans les deux rangs. Il faut faire quelque chose d’urgence », conclut Hajjouji. ◆
La police se déchaîne
Si jeudi les affrontements ont fait de graves blessés, des actes de pyromanie ont été enregistrés vendredi et une dizaine de douars ont rejoint les habitants de Chelihate. Les habitants ont dénoncé la violation de leur maison par les forces de l’ordre et la destruction de certaines boutiques commerciales. Enfin: « La police aurait frappé violemment un octogénaire, et a abîmé grièvement l’œil d’un enfant. Les enfants n’ont pas pu regagner l’école ce lundi-là. » conclut le communiqué. Le Soir échos a contacté les services de la police de Larache qui sont restés injoignables. Notons par ailleurs que le ministère de l’Intérieur a condamné avec vigueur les actes de violence auxquels se sont livrés certains manifestants à l’encontre des forces de l’ordre qui assuraient le déroulement normal de l’opération de labour pour la plantation de riz dans la province de Larache, affirmant qu’aucune entrave à la liberté de travail et de circulation ne sera tolérée et que les autorités publiques veilleront à la stricte application de la loi et sanctionneront toute violation.

