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Maroc

16 février 2012

Le casse-tête salafiste embarrasse Benkirane

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Sur les quelques 2 500 salafistes arrêtés au lendemain des attentats du 16 mai 2003, un millier est toujours en prison. Leur libération demeure un casse-tête pour les autorités. Pour mettre encore plus la pression sur le gouvernement, une manifestation de leurs familles et proches est prévue aujourd’hui devant le siège du PJD. Et ce n’est qu’un début.

Sur les 2 500 salafistes arrêtés, puis emprisonnés depuis les attentats du 16 mai, quelque 1 000 sont toujours en prison.

Sur les 2 500 salafistes arrêtés, puis emprisonnés depuis les attentats du 16 mai, quelque 1 000 sont toujours en prison.

Une manifestation est prévue aujourd’hui devant le siège du PJD. Organisée par les familles et proches des détenus de la « Salafiya Jihadiya », l’initiative se veut un moyen de mettre la pression sur le gouvernement à majorité Pjdiste, mais surtout sur le nouveau ministre de la justice et des libertés, Mustapha Ramid. Objectif, obtenir la libération des salafistes encore en prison. Cette manifestation intervient dix jours après la libération de trois des plus grands chioukhs de la Salafiya jihadia, mais aussi deux jours après la publication d’une lettre adressée par les détenus salafistes de la prison de Tanger au locataire du département de la Justice. Lundi, 14 détenus islamistes appartenant à ce qu’on appelle communément « la Salafiya Jihadia » ont en effet directement interpellé Ramid. Cette missive, dont plusieurs organes de presse ont reçu une copie, démontre le désarroi, mais aussi l’espoir en un nouveau ministre qui, hier encore, les défendait. Que se soit devant les tribunaux ou à travers le Forum Al Karama qu’il présidait et qui avait pour mission de dénoncer aussi bien les circonstances dans lesquels ces détenus avaient été arrêtés que les conditions de leur incarcération. « Nous (détenus salafistes), [...] vous adressons cette présente lettre pour nous rendre justice et travailler à nous rendre notre liberté ainsi que notre dignité, puisque ceci entre dans vos  prérogatives », plaident-ils auprès du ministre PJD. Les salafistes auteurs de la lettre se plaignent d’ « injustice », et se disent « déçus » vu qu’ils croyaient qu’ils allaient bénéficier de la grâce lors de la dernière fête d’Al Mawlid. Les prisonniers, « après avoir bénéficié d’un bon traitement », disent-ils, leurs conditions se seraient ensuite dégradées. Ils se plaignent de la « limitation des visites familiales ». « Nous vous demandons à donner la priorité à notre dossier, répondre à nos demandes dès que possible, et travailler pour notre libération. Veuillez lever cette injustice et arrêter la logique de la punition collective », réclament-ils peu avant de conclure leur lettre commune.

Désordre revendicatif

Bien qu’elle ait été relayé par un bon nombre de médias, cette lettre est loin d’être la seule. Des dizaines de lettres sont envoyés toutes les semaines par les salafistes, répartis dans une vingtaine de prisons marocaines. « L’affaire des détenus salafistes n’a jamais été aussi attisée qu’aujourd’hui », déclare Abderrahim Mouhtad, président de l’association de défense des détenus salafistes Annassir. Aujourd’hui plus que jamais, l’affaire des salafistes bénéficie d’une large couverture médiatique plus importante que les années précédentes, Et ce depuis la date fatidique du 20 février 2011. Pour Mouhtad, ce regain d’intérêt à cette problématique intervient après « un long silence des organisations des droits de l’Homme et autres acteurs de la société civile », qui avaient en quelque sorte « fermé les yeux ». Un certain espoir est donc né auprès des centaines de détenus islamistes, surtout depuis la grâce royale du 14 avril 2011, lors de laquelle une centaine de salafistes a été libéré, dont le tonitruant Mohammed Fizazi.

Un salafiste sur 10 a du sang sur les mains

« L’un des problèmes de cette affaire est que tout le monde souhaite s’y impliquer, ce qui a créé un certain désordre », explique l’acteur associatif, lui-même ancien détenu islamiste lors des année 80. Selon lui, le désordre découle de la multitude des revendications. « les détenus salafistes ont été envoyé, par la délégation générale à l’administration pénitencière, dans une vingtaine de prisons. Résultat : chaque groupe de prisonnier croupissant dans la même prison émet ses propres revendications, ses propres lettres, ses propres doléances », rétorque-t-il. Interrogé sur le nombre de salafistes encore maintenus en prison, Mouhtad avance un chiffre vacillant « entre 900 et 1 000 » encore en prison, sur les quelque 2 500 détenus depuis les attentats du 16 mai. C’est dire tout le travail qui attend le ministère de la justice pour régler cette affaire, qui à bien des égards, n’est pas si simple que cela. À vrai dire, seul « une centaine de détenus, parmi le millier cité précédemment, aurait du sang sur les mains », nous informe Mouhtad. Cette centaine correspondrait à ceux qui ont participé aux divers attentats terroristes qui se sont déroulés tout au long de la décennie précédente. Néanmoins, une question s’impose : «Pourquoi ne pas libérer les 800 autres prisonniers, d’autant plus qu’ils sont présumés innocents ?»

Une affaire de « Garanties »

La réponse à cette question, simple de prime-abord, semble être des plus compliquées. Pour Abderrahmane Mouhtad, « C’est bien là (la libération des détenus présumés innocents) où réside le problème ». Avant de continuer, « dès qu’on leur demande la libération totale des détenus innocents, les autorités nous répondent que cela ne leur pose pas de problème ». Le problème, en fait, réside dans l’« après-libération ». « Que vont faire ces gens après leur libération? Qui va les encadrer, les récupérer? », se demande L’acteur associatif. « Le problème se pose actuellement avec la centaine de détenus libérés en Avril, on a du mal à les encadrer », se désole-t-il. Néanmoins, il semblerait que l’État ait fait un pari : celui de commencer à libérer les grands Chioukhs, tels que Fizazi et Abou Hafs, pour que ces derniers puissent encadrer les autres salafistes libérés, et si l’expérience fonctionne, d’autres libérations suivront. Ce que confirme Mouhtad. Selon lui, le problème réside dans les « garanties », et de rajouter « Si toutes les garanties sont réunies, l’État n’a plus aucune raison de laisser ses personnes en prison. Et vous pouvez être sûrs qu’ils seront tous libérés ». Pessimiste, Mouhtad déplore que les prisonniers salafistes resteront encore pour « un bon moment dans les prisons ». Une situation qui, pour l’État, avec son approche sécuritaire, demeure une garantie contre d’éventuels «débordements».◆

Approche sécuritaire

Tout a commencé au lendemain du 16 mai 2003. Lorsque pas moins de 2000 personnes ont été raflés par les forces de l’ordre. Innocents pour leur écrasante majorité, les détenus ont été victimes de procédés expéditifs, sans véritables preuves. À titre de comparaison, suite aux attentats terroristes de Madrid, qui se sont déroulés la même année et ayant fait quatre fois plus de victimes, seules huit personnes ont finalement été jugés coupables par la justice espagnole ! Tandis qu’au Maroc, pour arranger le tout, une loi anti-terroriste a été votée par le parlement, y compris le PJD, et qui laissait « carte blanche » à l’appareil sécuritaire, chapeauté en ce temps par le général Hamidou Laânigri. À l’époque, seules quelques rares personnes ont crié au scandale, dont l’actuel ministre de la justice Mustapha Ramid, mais aussi l’association Annassir, présidée par Abderrahmane Mouhtad. La majorité des marocains étant encore traumatisée par ces événements inédits. Cette indifférence n’a fait que renforcer l’impunité des sécuritaires, sous l’œil bien-veillant d’une bonne partie de l’élite marocaine, et ce jusqu’à la prise de conscience générale, survenue un certain 20 février 2011.




 
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