Le nouvel exécutif a laissé tomber en fin de compte la promesse de créer un département dédié au monde rural. S’agit-il d’un problème de contraintes financières ou plutôt de priorités de calendrier électoral ?
La promesse de créer un département dédié au monde rural n’est d’ores et déjà pas tenue. Benkirane, le nouveau chef du gouvernement, manque encore un rendez-vous. S’agit-il là de contraintes purement budgétaires ou bien tout simplement de se désengager de ce lourd dossier ou plutôt de cette « chasse gardée » au profit d’autres cercles politiques ? Effectivement plusieurs régions désenclavées du royaume n’ont vu la visite d’aucun ministre jusqu’alors sauf celles effectuées par le souverain. Le programme de l’INDH en dit long d’ailleurs sur cette question.« Nous regrettons énormément le fait de n’avoir pas mis en place un département dédié au monde rural. Certes, le plan Maroc vert s’est fixé d’ambitieux objectifs en matière de développement agricole. Mais comment peut-on concevoir un développement agricole sans développement rural ? », se demande Ahmed Ouayach, président de la Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural (Comader). Ajoutant que le développement d’un pays, c’est comme un puzzle et s’il manque une seule pièce, c’est toute l’image qui est biaisée. Le professionnel pense en fait aux « disparités spatiales et sociales » qui ne cessent de se creuser davantage entre les milieux urbain et rural. Paradoxalement les problèmes des villes proviennent essentiellement des campagnes.
« Comment peut-on concevoir un développement agricole sans développement rural ? » Ahmed Ouayach, président de la Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural (Comader).
Une montagne de problèmes
Dans de telles conditions, c’est la justice sociale qui semble être menacée, prévient Ouayach. Il taxe du doigt la politique d’aménagement du territoire dans sa globalité. Parler du monde rural au Maroc, c’est, comme disent les historiens, distinguer entre « le Maroc utile » et « le Maroc non utile ». Ce dernier, pour reprendre les termes de Ouayach, pâtit de toute une montagne de problèmes et ce ne sont pas les chiffres qui manquent pour illustrer une telle situation(voir encadré). À commencer par le désenclavement et ses manifestations à travers le manque criarde d’infrastructures de base(routes, accès à l’eau, hôpitaux, écoles…). Sans soulever les questions liées à l’habitat insalubre, l’absence de couvertures médicales, les taux alarmants de mortalité infantile, de déperdition scolaire….Sur ce chapitre se pose alors une question de taille : la politique de ciblage conçue en matière de réforme de la fameuse Caisse de compensation pourrait-elle atteindre ses objectifs en l’absence d’infrastructures de base ? La réponse est négative comme nous l’avait affirmé dans une de nos éditions précédentes Lahcen Daoudi, alors membre de la commission parlementaire des finances et du développement économique.
Croissance en repli
Ce délaissement du monde rural semble coïncider avec un scénario prévisible de croissance en 2012 en repli. « Le secteur agricole qui constitue l’un des piliers de la croissance devrait enregistrer des performances assez modestes en raison du déficit pluviométrique cumulé depuis le début de la campagne. La valeur ajoutée agricole devait progresser dans les hypothèses les plus favorables d’à peine 2,5 % par rapport à l’exercice précédent », prévoit le CMC. Toutefois, il semble que le programme quinquennal de Benkirane n’a pas omis en totalité cette question du monde rural. Contacté par le Soir échos, Abdesslam Seddiki, membre du comité central du PPS(parti au gouvernement) nous a confié que le budget du Fonds de développement rural sera presque doublé au titre de la loi de Finances 2012, soit plus de 1 milliard de dirhams.Assurant par la même occasion que le dossier de l’économie rurale serait adossé au département de l’agriculture. L’économiste Driss Khrouz partage la même ligne de conduite que celle choisie par le PJD. Il pense en fait que le rural est un sujet transversal, c’est-à-dire un secteur qui touche à tout (ministères de Santé, Éducation, Intérieur, Transport…). Bien que Khrouz affiche la conviction que tout dépend des moyens.◆
Chiffres clés
Population rurale : 13,4 millions
Taux de pauvreté : 14,4% contre 4,8% en milieu urbain
Taux de vulnérabilité : 23,6% contre 14,4%(urbain)
Taux d’occupation des logements : 18,1% contre 83%
Taux d’analphabétisation : 60,5% contre 29,4%
Dépenses totales des ménages par an : 67.012 DHS contre 186.174 DHS
Taux d’accroissement de la population : 2010-2020 : 0,0% contre 1,8% 2020-2030 : -0,1% contre 0,8%
Espérance de vie : 71,7% contre 77,3%
Mortalité infantile : 35,3 pour mille contre 25,3 pour mille(Source HCP).





