Temps fort de la dernière semaine de la critique à Cannes, présenté en compétition officielle au 1er Festival International du film de Marrakech, Les Crimes de Snowtown est sorti en France le 28 décembre dernier. Dissection
d’un opus sanglant.
Ci-dessous : Jamie (Lucas Pittaway, ici à gauche) sous la coupe du serial killer John (Daniel Henshall).
Attention. Âmes sensibles s’abstenir. Les Crimes de Snowtown est un film qui fait atrocement mal, au point de vous faire sortir plus de trois fois durant sa projection… Torture, déficience mentale, absence profonde de perspectives, définissent les personnages de cet ouvrage remarquable. Et en cela, Justin Kurzel, l’auteur a réussi son pari. Totalement tourné vers une véracité exacerbée, ce qui révèle aux séquences une force inouïe, Les Crimes de Snowtown sont une plongée abrupte dans un air vicié, ambiant et diffus du côté de la misère humaine d’un quartier laissé à l’abandon et à l’ennui des déshérités d’Australie. Un de ces endroits, où personne n’aimerait voir le jour, tant les mauvais génies, les esprits en mal de vie et les pires horreurs se sont nichés chez bon nombre d’habitants.
Au nom du crime
Mais le pire n’est pas la peinture sociale d’une fratrie qui va peu à peu s’émailler pour sombrer dans la pire déviance, au nom de la loi d’un homme, John, (Daniel Henshall) – prix d’interprétation masculine au 11e FIFM – charismatique, père modèle et de substitution pour Jamie, jeune perdu, sensible, (Lucas Pittaway), tiraillé entre une mère instable, psychologiquement fragile et un frère aîné bâti comme un joueur de rugby, abusant de lui.
Ce qui est le plus à craindre, c’est le propos de ce film, directement inspiré d’une histoire vraie. Celle dont l’onde de choc a secoué l’Australie des années 90, par la découverte et l’arrestation du plus important serial killer du pays : John Bunting. L’homme qui fait de prime abord, bonne impression, aux yeux de cette famille monoparentale, désarticulée, et aux yeux du spectateur va se révéler ignoble, manipulateur, convaincue qu’il doit débarrasser Snowtown des drogués, des laissés pour compte, des pédophiles.
Soif de cruauté
Étranglée par l’univers et les discours populistes, le défilé du musée des horreurs ne s’arrête pas là avec la caméra de Justin Kurzel, toujours en alerte, qui tenaille le spectateur pour l’amener finalement au pire. Voisins édentés, alcooliques, désœuvrés, l’escalade de la communauté est prévisible, et va adhérer aux crimes de John Bunting pendant plusieurs années. Comme si la dispartion des victimes ne lui suffisait pas, Bunting, s’applique à enregistrer leurs voix, qu’ils transmet ultérieurement à leurs familles, à travers des messages dans lesquels, elles disent les détester… Les charniers humains n’assouvissent pas sa soif de cruauté et de goût du mal.
La prestation des comédiens, non professionnels pourtant, est à couper le souffle et le réalisateur est parvenu à nous faire pénétrer dans l’innommable d’un monde malade, repoussant, pétri de souffrance.Si dans la vraie vie, John Bunting fut arrêté et emprisonné à perpétuité, la mère de Jamie, fut quant à elle arrêté pour complicité d’homicide et Jamie, lui-même sera dans vingt ans car il a témoigné à tort contre le tortionnaire de Snowtown.Avec Animal Kingdom, Lou et Les Crimes de Snowtown, le cinéma australien détonne et produit de pures pépites filmiques. ◆
La prestation des comédiens, non professionnels pourtant, est à couperle souffle et le réalisateur est parvenu
à nous faire pénétrer dans l’innommable d’un monde malade, repoussant,pétri de souffrance.




