par brahim ouchelh (Chapitre 3) La convention g) Le sport, la plage Bekkari innova encore en nous demandant d’arriver bien plus tôt à l’école pour commencer la journée par des exercices physiques et pédagogiques sur les sables de la plage voisine. Je ne me souviens pas qu’il y ait eu beaucoup de retardataires à ces [...]
par brahim ouchelh
(Chapitre 3)
La convention
g) Le sport, la plage
Bekkari innova encore en nous demandant d’arriver bien plus tôt à l’école pour commencer la journée par des exercices physiques et pédagogiques sur les sables de la plage voisine. Je ne me souviens pas qu’il y ait eu beaucoup de retardataires à ces rendez-vous matinaux. Pour nous faciliter la tâche, nous étions dispensés de ramener nos cartables à la maison. Nous n’avions plus de devoirs à faire à domicile, sauf bien sûr ceux du cours d’arabe qui dépendaient de El fquih Moulay El Mekki Alaoui. Bekkari empiéta encore une fois sur ses prérogatives en se chargeant des cours de soutiens en langue arabe.
h) Une pédagogie avant-gardiste
Bekkari ne perdait cependant pas de vue le cœur de sa fonction, nous apprendre une langue, nous inculquer des connaissances, nous initier à des techniques de travail et à la maitrise du raisonnement. Tout cela, en enracinant en nous des valeurs primordiales. Nous avions notre enseignement dans toutes les matières du programme: calcul, dictée, rédaction et autres. Tout cela en doses plus qu’habituelles. Toutefois, les méthodes étaient inédites, à la fois ludiques et pragmatiques.
Ainsi, les exercices de calcul ou de dictée pouvaient être réalisés sous forme d’un jeu : «quitte ou double!».Un élève appelé au tableau pouvait doubler tant qu’il le désirait la récompense acquise par ses bonnes réponses. Je me souviens, comme si c’était hier, des 400 points que j’avais acquis en calcul, à ce jeu. Ce gain m’a permis d’acheter aux enchères un petit flacon «échantillon» de parfum qui fit la joie de ma mère.
Un autre jeu consistait à récompenser la réponse la plus insensée, la plus ingénieuse ou la plus extravagante. Ces joutes nous procuraient ravissement et allégresse. Nous donnions libre cours à notre imagination et à notre ingéniosité pour répondre à des questions telles que :
Pourquoi «Voir Naples et Mourir !» ?
Pourquoi l’eau de la mer est-elle salée ?
Pourquoi un pont enjambe le Bouregreg ?
Exemple de réponse : le pont est là pour permettre à M’Sieur Bekkari de venir chaque jour nous prodiguer son enseignement.
Cependant, Bekkari détestait une chose, les réponses stupides ou irréfléchies, les «âneries» comme il aimait à dire.
Un élève fut ridiculisé pour avoir rendu un exercice de calcul où il indiquait que le coût dépensé pour peindre une cabane de plage était 100 fois supérieur à la réalité. Il avait oublié de placer les virgules.
Tout en répétant que l’écriture était la science des ânes, Bekkari nous incitait à nous appliquer, mais sans s’acharner sur la magnificence des pleins et des déliés comme ses prédécesseurs.
i) Des valeurs et des règles d’éthique
La boule rouge derrière le portrait du père de la Nation n’avait pas comme seul objectif d’imposer l’autorité, elle faisait appel à notre sens du consensus et de l’éthique.
Il y avait un contrat à respecter, un engagement pris et il était nécessaire de s’y tenir. Il n’établissait pas une barrière inaccessible entre l’élève et le maître. Il suffisait pour cela de nous voir tous entourer Bekkari à la sortie de l’école, s’agglutinant sur sa vespa.
Bekkari nous enseignait bien d’autres vertus : la franchise, tout comme la responsabilité de nos actes. Le climat ludique et la joie de vivre qui régnaient dans la classe, incrustaient en nous le sens de la responsabilité. Nous étions fiers d’appartenir à cette «communauté» les élèves de Bekkari.
Cet homme qui dégageait une certaine force tranquille.
Il n’hésitait pas à nous défendre lorsque qu’il le jugeait utile, faisant face à la sévérité mal placée des autres instituteurs tels Cardona, le célèbre instituteur «catcheur» qui faisait par ailleurs honneur à la ville de Salé. Nageur contre catcheur, nous, nous avions fait notre choix.
par brahim ouchelh




