La journaliste et écrivaine d’origine française retrace la vie des immigrés marocains dans La diaspora marocaine en Europe. Éclairage.
Dans le flot ininterrompu des œuvres littéraires à lire et à découvrir en cette fin de rentrée, des romans « primés » qui suscitent curiosité, intérêt ou encore méfiance, l’ouvrage La diaspora marocaine en Europe (éd. La Croisée des chemins, 2011), signé par Zakya Daoud, est en parfaite adéquation avec l’actualité à l’heure où la question identitaire liée aux populations maghrébines ne cesse de nourrir les colonnes de la presse du Vieux continent. Journaliste et écrivaine de renom, Zakya Daoud est notamment l’auteur d’ouvrages consacrés au Maghreb, à l’émigration et au féminisme.
Diaspora en mutation
Fruit d’un travail de quatre années alimenté à coups d’interviews et de deux sondages autour de la communauté marocaine en France, cet essai « tord le cou à de nombreux clichés, non fondés, au sujet de la diaspora et nous éclaire sur les besoins et les sentiments des Marocains émigrés », précise, au Soir échos, Abdelkader Retnani, éditeur de La Croisée des chemins.
Financée par le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCMÉ), cette étude s’appuie sur la vie de 3 400 000 immigrés marocains, éparpillés sur les cinq continents, surtout en Europe, avec une large prééminence pour la France où ils résident depuis un siècle. Si on considère les clandestins et les enfants de moins de seize ans, les immigrés marocains seraient plus nombreux en réalité, plus de cinq millions. Ce phénomène diasporique et migratoire s’est profondément modifié depuis vingt ans.
Jury de choix
Qui mieux qu’Azouz Begag, président du jury Grand Atlas, enfant d’immigrés algériens, gosse curieux, touchant, des bidonvilles de la région lyonnaise, du Gône du Chaâba, livre dont il est l’auteur, adapté au cinéma, adolescent dirigé vers une filière technique pour l’obtention d’un B.E.P. (diplôme « bac-3 »), devenu ministre délégué à la Promotion de l’égalité des chances de 2005 à 2007, pouvait remettre ce prix à Zakya Daoud ?
Azouz Begag était le président du jury de la la 18e édition de ce prix organisé et remis par l’ambassade de France à Rabat.
Begag a salué « la force de cet ouvrage qui témoigne de la force que peuvent incarner ces Marocains à la double nationalité. Véritable vivier électoral, à travers la donne des élections », soulignant « l’importance de la littérature et de l’éducation ».
Ce chercheur en économie et en sociologie, écrivain de surcroît, qui a vécu dans sa chair les préjugés de ses homologues, ministres des ministères amers, n’hésite pas s’indigner contre les « dérapages » du candidat de la rupture, en 2007, l’actuel président Nicolas Sarkozy, au sujet « des moutons égorgés dans les baignoires ». Si l’invective de plus du candidat de l’UMP, accusant les musulmans de France, est dans les faits, un pur anachronisme, calcul électoral destiné à draguer les votes du Front national : ces musulmans de France et de Navarre, achètent leur moutons auprès de boucheries halal, dignes du nom, Azouz Begag répond à cette attaque par la plume, signant Un mouton dans la baignoire.
Qui mieux que Begag, président du jury Grand Atlas, enfant d’immigrés algériens devenu ministre délégué à la Promotion de l’égalité des chances de 2005 à 2007, pouvait remettre ce prix à Zakya Daoud ?
Azouz Begag, qui est l’auteur d’une œuvre considérable pour la jeunesse, reste une star auprès des Français pour qui il inspire une rare et incroyable sympathie. Sa présence au Salon livres et musiques Les Afrique à Deauville, en 2008 frôle l’émeute des Deauvillais quand, en 2007, le candidat Nicolas Sarkozy est affublé de cornes et d’une queue de diable sur les affiches parisiennes de sa campagne électorale…
Autre jalon à noter, autour de Begag, les membres du jury du Prix Grand Atlas. Mohammed Sghir Janjar, directeur adjoint de la Fondation Roi-Abdul-Aziz pour les études islamiques et sciences humaines et également traducteur-lauréat du Prix Grand Atlas en 2009, Leïla Mimoun Abaakil, directrice de la librairie Page et Plume à Tanger, Marie Desmeures éditrice chez Actes Sud en France et responsable de la collection « Babel » représentant la chaîne du livre et l’Alliance franco-marocaine de cette 18e édition du Prix Grand Atlas.
Pour Abdelkader Retnani, ce prix, qui a récompensé La diaspora marocaine en Europe est une profonde joie car « le métier d’éditeur reste difficile. Cette récompense nous conforte et nous encourage à redoubler d’ardeur ».◆





