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Les droits de l’enfant sont encore bafoués

Le 20 nombre marque le jour de l’adoption par les Nations unies de la Convention internationale des droits de l’enfant. Najia Adib, présidente de l’association «Touche pas à mes enfants», dresse un tableau noir de la situation au Maroc.

Najia Adib présidente de l’association «Touche pas à mes enfants», milite contre l’impunité des auteurs d’abus sexuels sur enfants.

Najia Adib présidente de l’association «Touche pas à mes enfants», milite contre l’impunité des auteurs d’abus sexuels sur enfants.

Le monde célèbre le 20 novembre prochain la Journée mondiale des droits de l’enfant. Quelle évaluation faites-vous de la situation des droits des enfants au Maroc ?
Le tableau est noir. Tous les droits des enfants sont bafoués, à commencer par le droit à la vie, à la santé ,à l’éducation… Les enfants marocains meurent encore aux urgences, faute de moyens financiers et de soins adéquats.
L’enfant marocain parcourt des centaines de kilomètres pour arriver à l’école. La majorité finit par abandonner. L’enfant marocain vend des sachets  en plastique noirs dans les marchés et des cigarettes au détail au lieu d’aller à l’école.

Le phénomène des enfants de la rue prend de l’ampleur. L’enfant marocain s’adonne à la drogue. L’enfant marocain dort dans les rues. De quels droits me parlez-vous ?
L’enfant marocain travaille au lieu d’aller à l’école et de vivre son enfance comme n’importe quel enfant dans le monde. De nombreux enfants sont privés de soins et d’éducation, car il n’y a pas d’hôpitaux et pas d’écoles dans la région où ils habitent. Ils sont également privés d’eau potable.
Certes, l’État marocain a ratifié la Convention internationale des droits de l’enfant et s’est engagé à lui assurer la protection et les soins nécessaires pour son bien-être mais rien de concret. Les droits des enfants ne sont pas respectés. Le respect des droits de l’enfant doit être une réalité au quotidien. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas au Maroc.

Cela signifie-t-il pour vous que le plan d’action national pour l’enfance « Maroc digne de ses enfants », mis en application en 2006 et se poursuivant jusqu’au 2015, est un échec ?
C’est un échec total. Ce ne sont que des paroles dans l’air et de longs discours sans effet sur le terrain. Allez voir les enfants d’Angfou. Ils n’ont même pas de quoi se réchauffer. Ils meurent à cause du froid. Ce sont uniquement les enfants de l’élite qui bénéficient de tous les droits et ensuite prennent la relève.

Le phénomène des abus sexuels sur les enfants prend de l’ampleur, encouragé par l’impunité des auteurs. Les lois en vigueur ne protègent-elles pas suffisamment les enfants ? Ou cela est-il dû à la corruption qui gangrène la justice ?
Il n’est pas un jour qui passe, ou presque, sans qu’un enfant ne subisse une agression sexuelle. Les pédophiles sont partout : à l’école, dans les rues, chez le voisin, à la maison… Le danger guette l’enfant partout. Il est protégé quand il est dans le ventre de sa mère. Mais, une fois sorti, il n’est plus à l’abri.

La loi existe mais elle n’est pas appliquée. Certes, elle est désuète. Il faut l’améliorer pour protéger davantage les enfants. Mais, d’abord, il faut appliquer celle qui existe. Quand un juge condamne un pédophile à un an de prison ferme, alors que la loi prévoit 20 ou 30 ans de prison ou à une peine de prison avec sursis, que faut-il en conclure ?
On pense d’abord à la corruption, mais il existe d’autres facteurs. En somme, la loi actuelle protège plutôt le pédophile que la victime.◆

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