Les enfants méritent des villes plus saines
L’UNICEF, le ministère de l’Habitat, et celui du Développement social, ont conjointement présenté, hier, le nouveau rapport sur la situation des enfants dans le monde. Cette année, ce sont les enfants du monde urbain qui ont été placés au cœur des préoccupations.
Le nouveau rapport de l’UNICEF sur la situation des enfants dans le monde a été présenté hier à Rabat. Cette année, la publication s’est concentrée sur une population spécifique d’enfants, à savoir ceux vivant en milieu urbain. A l’heure actuelle, les enfants représentent plus de la moitié des êtres humains vivant sur la planète. Parmi eux, plus d’un milliard vivent dans les villes. Un milieu urbain dangereux pour cette population fragile et plus exposée à l’hostilité. « La ville est un danger pour les enfants, puisqu’elle les expose aux accidents de la route, à la délinquance, ou encore à la pollution », lance Mohamed Ait Azizi, directeur chargé de la famille, de l’enfance, et des personnes âgées au ministère du développement social. Au Maroc, 65 % de la population vit en milieu urbain, selon les statistiques du ministère de l’Habitat. Ce qui interpelle en particulier, c’est de savoir que « plus de 12 % des territoires urbains au Maroc sont constitués de bidonvilles, d’habitat insalubre et de bâtiments qui menacent de s’effondrer », comme l’a déclaré la représentante du ministère de l’Habitat, de l’urbanisme, et de la politique de la ville. Certaines villes, avec à leur tête Casablanca, remportent la palme des lieux potentiellement dangereux pour les enfants. En particulier pour ceux qui vivent dans la rue.
Inégalités au sein des enfants des villes
Le rapport met en valeur une exception marocaine, qui devrait encourager les actions en faveur des enfants du milieu urbain. En effet, il apparaît que le pays s’est urbanisé plus rapidement que le niveau global d’urbanisation dans le monde. Conséquence de cette explosion de la croissance urbaine, « les infrastructures ainsi que les services de la ville ne suivent pas », en déduit Aloys Kamuragiye, représentant de l’UNICEF au Maroc. Une inégalité d’accès qui touche en premier lieu les populations urbaines les plus pauvres, dont plusieurs enfants. L’UNICEF relève ainsi de fortes disparités entre les enfants issus des familles les plus pauvres du milieu urbain, et l’ensemble des enfants des villes. A ce titre, si seuls 2 % d’enfants âgés de moins de cinq ans souffrent de malnutrition sévère en milieu urbain, cette part atteint 5 % en milieu urbain pauvre (et 7 % dans le rural). Sur la bonne voie pour les OMD Comment diminuer ce fossé, et mettre les enfants des villes sur le même pied d’égalité ? Le rapport soulève « l’urgence de collecter des données désagrégées permettant d’identifier ces disparités ». En somme, il s’agit de connaître le mal avant de chercher les moyens de le combattre. Pour Aloys Kamuragiye, le Maroc est malgré tout sur la bonne voie pour atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) à l’horizon 2015. « Toutefois, le pays doit encore œuvrer pour que l’enfant jouisse de l’ensemble de ses droits. En développant des villes dignes des enfants, les États créent un meilleur cadre de vie non seulement pour les enfants, mais pour tous ». ◆
Des villes sûres et amies de tous
Une nouvelle initiative vient d’être lancée le 2 mars courant à Marrakech, par l’UNICEF, ONU Femmes et ONU Habitat. Il s’agit des « villes sûres et amies de tous ». Derrière cette appellation originale se cache une initiative visant à limiter les effets négatifs de l’urbanisation et de la violence à l’égard des enfants et des femmes. Comment ? En améliorant la qualité de vie de ces populations fragilisées en milieu urbain. « Un appui sera donné dans ce sens aux collectivité locales, autorités territoriales et associations concernées, pour développer des programmes et mobiliser des budgets visant à diminuer la vulnérabilité de ces populations face à la violence », explique Aloys Kamuragiye, représentant de l’UNICEF au Maroc.Il s’agira également de sensibiliser la population pour limiter la violence publique et le harcèlement qui vise femmes et enfants. L’initiative s’étendra sur cinq années, de 2012 à 2017.


