Les Mille et Une Nuits de l’IMA
L’Institut du Monde Arabe qui fête son 25e anniversaire à la rentrée, explore la musique d’hier et d’aujourd’hui. Il célébrera pour événement fusions des genres et rencontres culturelles.
Arabesques ourlées de textes poétiques, chantés en arabe classique ou en dialecte marocain, tunisien, algérien et lyrisme vibrant seront à l’honneur des Musicales et des rendez-vous de la danse pour la nouvelle saison de l’Institut du Monde Arabe à Paris. C’est sous les couleurs du Maroc, que s’ouvriront les festivités de ce début de saison avec le récital et le concert de « L’Œil du cœur ». Pensée et axée autour de l’univers poétique de Abdellatif Laâbi, cette formation est nourrie de créations musicales signées par Driss El Maloumi, mâtiné de l’art lyrique de Naziha Meftah. « L’Œil du cœur », use ainsi harmonieusement, de la parole du poète, de la voix puissante de la cantatrice, des partitions hors-pair du compositeur : une alliance rare et un précieux alliage. Née sous l’impulsion complice des trois disciples es réunis, « L’Œil du cœur » est une création unique, indéniablement ancrée dans la culture marocaine vivante, et se faisant l’écho d’une densité universelle. Aux percussions, on retrouvera notamment, Saïd El Maloumi et Lahoucin Baquir.
La tradition arabe réinventée
Abdellatif Laâbi est né à Fès en 1942. Son combat pour la liberté ne s’est jamais démenti. Vivant en région parisienne depuis 1985, c’est aujourd’hui un poète mondialement reconnu. Naziha Meftah, née à Chefchaouen, vit à Paris. Très tôt, elle interprète les chants arabo-andalous, ceux du melhoun ainsi que les chansons d’Oum Kaltoum et de Fayrouz, avant de voler de ses propres ailes et d’enregistrer plusieurs albums, notamment en Égypte, en France et en Belgique. Enfin, Driss El Maloumi, né à Agadir en 1970, l’un des artistes de oud les plus talentueux du Maroc, est largement reconnu sur le plan international. Son œuvre de création, en dialogue constant avec la diversité musicale du monde, comporte plusieurs albums. « La saison 2012-2013 est riche en événements musicaux. Pour le premier trimestre (octobre-décembre), l’IMA fêtera son 25e anniversaire, qui est dédié à la créativité originale, aux fusions des genres et aux rencontres culturelles. Le dialogue des instruments et des mélodies du monde arabe avec ceux du jazz, du flamenco, du rock, de la pop et du rap incluent des airs celtiques, indiens, des improvisations rythmiques africaines, les croisements inventifs entre musiciens, du monde arabe (du Maghreb, du Moyen-Orient et du Golfe). Des échanges qui d’ailleurs, ont permis à nombre d’artistes de briser les cloisonnements et de dépasser les frontières des mélodies traditionnelles, pour créer des moments propices à la formation d’un langage musical nomade et universel », souligne Mohamed Métalsi, directeur des actions culturelles à l’Institut du Monde Arabe. Formations musicales au confluent du Maghreb et du Machrek, artistes et voix de renom, ambassadeurs de leur art au pays natal et hors de ses frontières, noms enchanteurs et évocateurs de places phares, berceau des musiques du monde, le parcours des Mille et Une Nuits est une programmation immense. De l’Inde à l’Europe, les Musicales feront des haltes, au cœur des caravansérails de villes emblématiques comme Jaipur, Ispahan, Bagdad, Alep, Istanbul, Tunis, Alger ou Tanger. A l’image des voix et de l’imaginaire féminin, les récits intarissables de Shéhérazade, jalonneront chaque étape de cet itinéraire, inspiré de l’esprit et de la créativité du personnage principal des célèbres contes. « En symbiose avec l’exposition qui sera consacrée aux Nuits, les Musicales vont se pencher sur ces légendes passionnantes avec musique et danse pour rendre compte de la richesse et de la complexité de ce monumental ouvrage », précise Mohamed Métalsi. Magie du rythme, voix gorgées de fièvre, quintet méditerranéen, groove libertaire avec Rachid Taha, hommage aux graces algériennes, Renayates, le menu de la programmation de cette prochaine saison s’annonce riche et varié. Un cru musical, à l’image du Grand Maghreb.
L’Union sacrée :
Chemsi avec le groupe Hijaz
A l’aube de Hijaz, il y a le oud du Tunisien Moufadhel Adhoum et le piano du Gréco-Belge Niko Deman qui se rencontrent en 2004 pour fonder ce groupe au croisement de la mélodie arabe et du jazz. Le dialogue entre le oud de Moufadhel et le piano de Niko est superbement soutenu par le jeu souple du percussionniste marocain Azzedine Jazouli et du percussionniste belge Chryster Aerts, rejoints par la basse solide de Vincent Noiret. Sur les traces de deux luthistes d’Orient séduits par la note bleue, le Libanais Rabih Abou-Khalil et le Tunisien Anouar Brahem. Par sa mère grecque, Niko Deman est nourri par le rebétiko, la musique des mauvais garçons née à la fin du xixe siècle sur les trottoirs d’Athènes, proche des airs orientaux. L’ensemble joue un rythme transcendant les traditions du Maroc jusqu’à l’Inde, voluptueux et frénétique. Le quintette est aussi épaulé par un musicien de marque, Vardan Hovanissian : harmonies lumineuses, chaleureuses, incarnent l’album Chemsi, « Mon soleil » en arabe. ◆


