Le premier des partis pirates a été créé en 1996 en Suède. 5 ans plus tard, une dizaine de Marocains s’apprêtent à en créer un dans le royaume. Interview avec un des initiateurs du projet, le Belgo-marocain Maouran El Moussaoui.
Belgo-marocain, Marouan El Moussaoui s’est déjà exercé au test des urnes. Ci-dessus, une de ses affiches de campagne en Belgique.
Un parti pirate au Maroc, pensez-vous que c’est possible ?
Le Parti Pirate est apparu dans près de soixante pays à travers le monde, sur tous les continents, de la Suède (où il a été inventé, ndlr) au Chili, en passant par la Turquie et la Chine. A chaque fois, l’initiative fut prise par des citoyens lambda, désireux de faire bouger la politique. Pourquoi ne serait-ce pas possible au Maroc ?
Que peut apporter un parti comme celui-ci au paysage politique marocain ?
Le Parti Pirate du Maroc n’a pas l’ambition d’être une énième offre politique. Au contraire, il se constitue sur base d’une demande politique de la part des citoyens marocains. Une demande de nouvelles idées, de nouveaux visages et de nouvelles façons de faire. C’est une démarche « grassroots » ou « bottom-up ». Tout ce que le Parti Pirate veut offrir, c’est la possibilité au plus grand nombre de participer pleinement et directement à la vie publique. Cela passe par une structure – le parti – qui permette à chacun de participer au débat public.
Autre élément qui différencie le Parti Pirate dans le paysage partisan marocain, le fait que la jeunesse est considérée comme un atout, comme une chance, comme « le baromètre du changement social », et pas comme une catégorie à part de la société. La jeunesse marocaine est l’avenir du pays et elle est la multitude : c’est à elle que le Parti s’adresse en priorité.
Troisième élément, le Parti Pirate met en avant des idées et un projet de société. Ces idées  – promouvoir l’éducation de la population et la transparence de l’action publique et défendre les droits des citoyens – forment un projet de société que nous proposons aux Marocains.
Dernier élément, notre mode de fonctionnement. Nous faisons la promotion de la transparence dans les affaires publiques et de la participation effective du plus grand nombre aux décisions collectives.
Comment lisez-vous la victoire du PJD aux dernières élections ?
De mon point de vue personnel, c’est-à -dire qu’il n’engage que moi, la victoire du PJD montre que l’électeur marocain a choisi la formation politique qui a, le plus clairement, exposé son projet de société. Que l’on soit favorable ou non à ce projet, il a le mérite d’exister. Ce que je veux dire, c’est que, contrairement à ce que croient les états-majors des partis, l’électeur n’est pas un « veau » à qui on peut raconter n’importe quoi, et dont on peut acheter le vote, non, l’électeur est en demande d’un chemin politique, d’une vision du monde, d’un projet de société. En cela, la faible audience des partis vides de sens et d’idées est une bonne nouvelle.
« La jeunesse marocaine est l’avenir du pays et elle est la multitude : c’est à elle que le Parti s’adresse en priorité ».
Quelles sont vos principales revendications et quelles sont vos propositions quand aux problèmes que connaît le Maroc ? Créer un parti pirate dans un pays dont la population demeure largement analphabète technologiquement, ne croyez-vous pas que le message pourrait avoir du mal à passer ?
Les Parti Pirate à travers le monde partagent tous trois principes, trois revendications fondamentales : la réforme des législations concernant le droit d’auteur, l’abolition des brevets sur les logiciels et les êtres vivants et le renforcement de la protection de la vie privée des citoyens
Ces principes constituent la trame d’une Weltanschauung, une certaine conception du monde porteuse d’un projet de société qui va bien au-delà de la défense des seuls internautes. Tous les partis politique, ont un cheval des bataille : le socialisme, le libéralisme, le nationalisme, etc. Les chevaux de bataille des Pirates sont l’investissement dans l’éducation, l’innovation, la recherche, les technologies de l’information et de la communication, les questions liées à la propriété intellectuelle et à la libre circulation des idées, à l’influence de l’industrie du divertissement et ou à celle de la pharmacie, à la protection des données des individus et à la transparence de l’action publique. En un mot comme en cent : le savoir. Voilà notre priorité. Les Pirates pensent que démocratie et savoir sont intimement liés, que mettre en place une démocratie implique de promouvoir une société du savoir et de la connaissance.
Il n’est pas nécessaire de rappeler l’état de délabrement de l’éducation et du savoir au Maroc : des 22 pays arabes, c’est celui qui a le plus fort taux d’analphabétisme et un indicateur de développement humain catastrophique. L’éducation est donc un devoir.
La transparence est un autre devoir. Les Pirates font la promotion de l’« open governance ».Cette dernière est une doctrine et un mode de gouvernement qui consiste à faire en sorte que les affaires publiques soient ouvertes, à tous les niveaux, au contrôle et à la participation des citoyens pour améliorer et renforcer la légitimité de l’action politique. Ce qui implique de revoir de fond en comble le fonctionnement des institutions politiques et des administrations.
Ces deux devoirs, éducation et transparence, ouvrent la porte à un droit, qui est LE droit. Les Pirates sont légalistes : ils savent que la loi est le « code source » de la société. Raison pour laquelle ils la mettent au-dessus de toute autre considération et s’engagent pour la modifier.
Voilà , en quelques mots, pourquoi et comment les thématiques du Parti Pirate, si elles ne couvrent pas tout le champ politique, sont, au Maroc plus qu’ailleurs, essentielles pour le développement du pays. Et pourquoi nous pensons que nos idées et nos propositions sur l’éducation, la transparence de l’action publique et l’état de droit rencontreront un large écho dans la population.
Quand comptez-vous déposer votre demande de création de parti ? Combien êtes-vous et comment comptez-vous développer votre réseau ?
Le Parti Pirate du Maroc n’existe effectivement pas encore aux yeux de la loi. A l’heure actuelle, il s’agit d’un groupe d’une dizaine de jeunes gens déjà impliqués dans d’autres activités associatives et professionnelles. Avec les récentes modifications législatives (code électoral, loi sur les partis politiques, lois de décentralisation, découpage électoral,…), mais aussi parce que nous voulons prendre le temps de la rencontre, de la discussion, de la réflexion et de la pédagogie, nous n’avons pas encore déposé de demande officielle auprès du ministère de l’Intérieur. Ce sera fait lorsque, collectivement, nous serons prêts.◆





Article intéressant, petite coquille toutefois:
« Le premier des partis pirates a été créé en 1996 en Suède. 5 ans plus tard… »
C’est en effet en 2006 que le parti pirate Suédois a été créé.