Les zelligeurs de Fès se rebiffent
Ils étaient des dizaines d’artisans à battre le pavé devant la Chambre d’artisanat de Fès, lundi dernier. Les zelligeurs de la capitale spirituelle exprimaient leur mécontentement par rapport à « la détérioration de leur situation matérielle ». Mardi et mercredi, l’activité tournait toujours au ralenti à l’ancienne médina de Fès.

Lundi dernier, les artisans zelligeurs ont manifesté contre la détérioration de leur situation matérielle.
Les artisans zelligeurs de la capitale spirituelle n’ont pas le cœur à l’ouvrage. Lundi dernier, ils ont complètement gelé leurs activités pour protester contre leur situation matérielle qualifiée de «difficile» en ces temps de crise. Hier, l’activité n’avait toujours pas repris son rythme habituel dans l’ancienne médina à cause de ce malaise social. Si certains médias ont parlé d’un refus de délocalisation au nouveau site de Benjellik, Naji El Fakhari, président de la Chambre d’artisanat de Fès-Boulemane a rejeté en bloc ces «allégations» précisant que les grévistes sont des artisans-graveurs de zellige (naqqacha) et non des potiers-céramistes pour qu’ils soient concernés par cette opération de transfert vers le nouveau village artisanal. «Ces artisans sont venus au siège de la Chambre d’artisanat pour me rencontrer. J’ai demandé à mon assistance de prendre leurs coordonnées pour fixer rendez-vous avec eux. A ma surprise, ils n’ont pas laissé leurs numéros et sont partis directement à la délégation de l’artisanat pour se plaindre d’une supposée absence de dialogue», affirme El Fakhari.
La crise s’amplifie
En raison de la baisse de la demande des produits artisanaux, les professionnels voient leurs revenus fondre comme neige au soleil. Malgré l’effort consenti par les maîtres-artisans pour augmenter le revenu moyen des artisans de 55 à 70 dirhams, ces derniers sont toujours demandeurs d’une couverture sociale qui tarde à voir le jour. Naji El Fakhari se targue pourtant d’avoir « instaurer l’accessibilité au logement social pour cette catégorie de travailleurs de l’artisanat». Ceci étant, le président de la Chambre d’artisanat reconnaît qu’il n’est pas simple de solutionner les problèmes de l’ensemble des acteurs du secteur surtout ceux relatifs à la couverture sociale. « Plusieurs mesures ont été prises pour atténuer les effets de la crise et rompre avec toute pratique pouvant mettre en danger la santé des artisans de l’ancienne médina, ces derniers ont droit à une meilleure qualité de vie» soutient El Fakhari. «Faux» , rétorque un artisan fassi. «Les autorités de la ville de Fès veulent lutter contre les activités polluantes du secteur de l’artisanat mais refusent de financer l’achat d’un matériel respectueux de l’environnement», ajoute notre interlocuteur sous couvert d’anonymat. Du temps de l’ancien secrétaire d’État chargé de l’Artisanat, Anis Birou, des crédits en partenariat avec les banques de la place avaient été accordés. Cette opération n’a pas été reconduite depuis l’avènement du nouveau gouvernement. Quoi qu’il en soit, le soutien de cette activité permettrait de préserver l’emploi et de sauvegarder une activité économique, véritable vivier économique et humain de la ville de Fès. ◆

