L’Institut d’oncologie de Rabat poursuit la lutte !
Au cours des ans, l’Institut national d’oncologie a accueilli des milliers de patients atteints du mal du siècle, le cancer. Une maladie qui peu à peu est prise en considération par les autorités publiques et les laboratoires pharmaceutiques. Entretien avec le Dr Mohamed Jawad Belahcen, directeur de l’Institut national d’oncologie (INO) de Rabat.

Inauguré en 1985, l’Institut national d’oncologie (INO) de Rabat fut à l’époque le premier Institut du genre, au Maroc et en Afrique. En médaillon,
Qu’est-ce qui a changé dans la prise en charge du cancer au Maroc ?
Au départ, le cancer n’était pas une priorité nationale, du fait de la lourdeur de prise en charge et du coût des traitements. Le changement se produisit en 2008, avec l’avènement de l’Association Lalla Salma de lutte contre le cancer (ALSC). Aujourd’hui à l’INO, il y a une mobilisation sociale et une ingénierie intelligente des projets. Or, lorsqu’il y a mobilisation sociale, la société civile intervient plus dans la prise en charge. Tout ceci a contraint les organismes, et surtout les firmes pharmaceutiques, à diminuer les prix.
Les mesures prises à l’échelle nationale sont-elles suffisantes pour contrer le cancer ?
Seul un plan national existe actuellement. Celui-ci définit aussi bien les objectifs que les moyens sur tout le Maroc, de 2010 à 2020. C’est un pas important dans la planification et le suivi ! Dans le passé, il n’existait pas de registres épidémiologiques qui établissaient le nombre de cas atteints de cancer. Nous n’arrivions même pas à identifier le nombre de cas attendus par an. Grâce aux études épidémiologiques qui ont été faites, on peut savoir que 30.000 cas vont apparaître en moyenne par an. On peut même connaître leur localisation, ainsi que la nature des cancers les plus fréquents. On sait que l’oncologie gynéco-mammaire est la plus développée. Ce type de cancers s’élève à 15.000 cas par an au Maroc.
Conscient de cet état de fait, qu’a donc réalisé l’INO de Rabat ?
On a pensé avant tout au traitement, parce que cela ne sert à rien de faire un diagnostic sans prévoir un traitement. L’ALSC a donc normalisé le plateau technique, afin de savoir de quoi doit disposer chaque établissement, et combien d’accélérateurs (machines utilisées en radiothérapie) doivent-ils avoir en fonction du nombre d’habitants. Les normes prévoient un accélérateur pour un million d’habitants. A l’INO de Rabat, nous disposons de trois accélérateurs, qui coûtent malheureusement très cher. (1.2 milliard par accélérateur). L’INO de Rabat a réussi à acquérir cela. Un scanner simulateur, toujours pour la radiothérapie, a également été acquis. Le coût global de ce projet s’est élevé à 32 millions de dirhams.
Quelles ont été les retombées de ces investissements ?
Lorsque le malade entre dans le système, il n’est généralement traité, dans le cas de la radiothérapie, que huit mois plus tard. Aujourd’hui, nous avons pu réduire ce laps de temps à une semaine seulement. En Angleterre par exemple, ce délai est de 3 à 4 mois.
Qu’en est-il du traitement par la chimiothérapie ? Avez-vous remarqué une évolution de ce côté-là également ?
La clé de la chimiothérapie, se sont les médicaments ! Pour subvenir aux besoins, on avait besoin de 15 milliards par an. Mais lorsque l’ALSC a commencé à se rapprocher de certains laboratoires, elle a développé un programme (ACCESS), qui permet l’accès aux médicaments par les malades démunis. Le laboratoire met à leur disposition les médicaments innovants. Depuis 2010, ils sont gratuits pour cette population. Ceci a changé notre pratique, et nous a poussés à acquérir d’autres médicaments.
Aujourd’hui, où en est le projet ?
Ce projet a permis, en 2012, d’avoir une disponibilité à 100% pour les cancers des poumons selon les protocoles que l’on préconise. Pareil pour les cancers gynéco-mammaires. C’est à dire que la femme, quelle que soit sa catégorie, peut demander à obtenir les médicaments à 100%. C’est gratuit pour les RAMEDistes. Et si c’est payant, le prix reste très abordable. Enfin, si la patiente est mutualiste, elle est prise en charge.
Tous les Marocains ont-ils accès à ces avantages ?
Avant, des patients de tout le Maroc y avaient droit. Maintenant, le patient doit faire partie du champ d’attraction de l’hôpital. Mais on n’accepte pas les malades sur simple demande, parce que cela coûte cher. Le chiffre moyen par patient est de 500.000 dirhams. Une commission se réunit tous les vendredis pour statuer sur tel ou tel cas. Comme une banque qui donne un prêt. Sauf que nous donnons la vie, et que nous n’attendons rien en retour. L’accord est donné sur la base de trois principes : que tous les documents sociaux attestent de l’indigence du patient, que celui si ne soit ni assuré ni mutualisé, et que son cas soit adapté au protocole que l’on promeut. Ajouté à cela, une salle de préparation de chimiothérapie sera inaugurée incessamment. C’est une « salle blanche », que l’on souhaite certifier ISO en 2013. ◆

