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L’OMDH s’inquiète pour les migrants incarcérés

L’Organisation marocaine des droits humains vient de rendre publics les résultats d’une enquête sur la situation des migrants subsahariens dans les prisons marocaines. Le Soir échos en dévoilent les principaux points.

M-hammed-Grine

(De g. à d.) M’hammed Grine, membre du bureau national de l’OMDH, Mohammed Neshnash, président de l’OMDH, Said El Bikri, avocat et membre du bureau national de l’OMDH, et Khalil Cherki, également membre du bureau national de l’OMDH, lors de la conférence de presse, tenue jeudi au siège de l’OMDH à Rabat.

Les droits-de-l’hommistes, comme beaucoup des Marocains, sont conscients que les subsahariens sont souvent victimes de marginalisation, mais peu savent ce que ces migrants subissent, lorsqu’ils sont incarcérés dans les prisons marocaines. L’Organisation marocaine des droits humains (OMDH) a justement mené, tout récemment, une enquête financée par l’ambassade de Suisse pour révéler au grand jour leur  » quotidien carcéral « . Ses principaux résultats ont été dévoilés jeudi dernier au siège de l’Organisation à Rabat.

Une situation dramatique

Mise en œuvre au sein de six prisons éparpillées géographiquement sur le territoire national (Kénitra, Salé, Marrakech, Casablanca, Oujda et Tanger), l’enquête résulte de témoignages opérés entre des enquêteurs (avocats et chercheurs) et des migrants subsahariens incarcérés. Des témoignages qui se sont déroulés en tête à tête avec les détenus, sans la présence de représentants de l’autorité pénitentiaire, afin d’éviter toute influence sur leurs réponses. L’observation générale qui ressort du travail de l’OMDH est que la situation des migrants incarcérés est dramatique. Leur passage par la case prison résulte le plus souvent d’un basculement vers la délinquance et d’autres activités illégales encouragées par le « calvaire de leur situation matérielle ». Ce n’est finalement qu’une fois derrière les barreaux qu’un autre calvaire commence. Venant d’autres horizons culturels, ne parlant souvent ni le français ni l’arabe, les migrants subsahariens souffrent quotidiennement de nombreux maux. L’OMDH rapporte, dans ce sens, nombre de témoignages faisant état de « dépassement dans le comportement des agents de la police lors des perquisitions, arrestations et la rédaction des procès verbaux ». La barrière de la langue, qui n’est pas dépassée du fait de l’absence d’interprète lors de ces échanges, ne fait qu’accentuer les risques de ces dépassements.  La vie de tous les jours est pénible pour les migrants subsahariens. Le droit à l’éducation et à la formation continue étant réservé aux mineurs et aux prisonniers ayant écopé d’une longue durée de détention, les activités se font rares. Ils déclarent néanmoins avoir droit à la promenade à raison de deux fois par jour, et à pratiquer du sport, en particulier le football.  Par ailleurs, si la majorité des détenus interrogés par l’équipe mobilisée par l’OMDH déclarent avoir accès aux services de santé et à une visite hebdomadaire d’un médecin, d’autres droits à priori insignifiants, ne leur sont pas conférés.Des manquements qui touchent à la dignité humaine. « Un détenu a d’habitude droit à un savon de 250 grammes par mois, ce qui est déjà dérisoire. Certains migrants nous ont déclaré ne pas recevoir ce savon », déclare Saïd El Bikri, avocat et membre du Bureau national de l’OMDH. Les habits de rechange, brosses à dents, serviettes, ou autre shampoing ne sont également pas fournis, pour la plupart d’entre eux. Lorsqu’ils arrivent par miracle à dénicher des vêtements, c’est le plus souvent grâce à la générosité d’autres détenus en fin de peine, dont certains n’hésitent pas à monnayer l’échange.

Aidez les compatriotes !

Ces migrants, qui ont quitté leur famille pour l’Europe, sont finalement livrés à eux-mêmes lorsqu’ils se retrouvent emprisonnés dans un établissement pénitentiaire marocain. Ils ne reçoivent ni visites, ni nourriture, ni vêtements de l’extérieur. L’OMDH fait appel dans ce sens à la solidarité diplomatique. Le rapport d’enquête révèle en effet que si « les prisons établissent une fiche de contact avec les ambassades, les migrants subsahariens ne sont pas très souvent suivis par leurs ambassades respectives ». Un espoir demeure cependant, en la personne des nouveaux directeurs de prisons et autres cadres, fraîchement affectés au sein de certaines institutions. La plupart des prisonniers déclarent ainsi « recevoir un bon traitement depuis le changement des directeurs …». ◆

Les recommandations de l’OMDH

L’enquête sur la situation des migrants subsahariens, incarcérés dans les prisons marocaines ,sera publiée sous sa version finale dans les semaines à venir. L’OMDH y a ajouté des recommandations pouvant aider les autorités à améliorer le sort de cette catégorie de prisonniers. Khalil Cherki, membre du Bureau national de l’Organisation, évoque notamment la nécessité de « renforcer les compétences linguistiques des agents, surtout en anglais, assurer une assistance judiciaire en mobilisant des avocats et des interprètes qualifiés, accorder des conditions de détention préservant la dignité et le bien être des migrants », ou encore, appeler à la signature de conventions de partenariats avec la société civile. Mieux présente sur le terrain, celle-ci est en effet plus à même de sensibiliser à la fois les détenus et le personnel des établissements pénitentiaires sur leurs droits et obligations.

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