La libre circulation des personnes dans l’espace maghrébin a plusieurs atouts. Mais des contraintes, politiques, notamment, freinent cette mobilité.
La mobilité des Maghrébins connaît encore de nombreux obstacles comme la fermeture des frontières entre le Maroc et l’Algérie ou encore le nouveau pouvoir en Libye qui impose un visa d’entrée aux ressortissants marocains, algériens et égyptiens…
Quel est l’intérêt pour les pays du Maghreb à faciliter la mobilité des travailleurs ? La question fait l’objet d’une étude lancée par la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) intitulée « La mobilité des travailleurs dans l’espace maghrébin ». Selon cette enquête menée par l’expert en migration Mohammed Khachani, et dont les résultats seront publiés prochainement, les pays maghrébins ont beaucoup à gagner de cette mobilité. D’abord, l’édification d’un espace économique intégré. « La libre circulation des travailleurs dans l’espace maghrébin est un important levier de croissance économique pour la région. Le gain à gagner est énorme. Chaque pays connaîtra une croissance de deux points de son PIB (Produit Intérieur Brut). Sans oublier que la région constituera un marché de 90 millions d’habitants. Ceci permettra de réaliser des économies d’échelle et donc de baisser les coûts de production », indique Mohammed Khachani, expert en migration et coordinateur du groupe de recherche et d’études sur les migrations à la Faculté de droit Agdal à Rabat. Et de poursuivre : « Faciliter la mobilité des personnes contribuera à l’émergence d’entreprises puissantes et permettra de créer des emplois dans la région du Maghreb. »
Outre la création de nouvelles opportunités d’emploi, la mobilité des personnes, poursuit cet expert, a d’autres avantages. « L’intégration maghrébine confortera la position des pays du Maghreb dans leurs négociations avec l’Union Européenne ou les États-Unis. Le pouvoir de négociation sera plus fort qu’il l’est actuellement », renchérit-il. Aujourd’hui, chaque pays négocie d’une manière individuelle son partenariat avec l’UE. Très difficile d’imposer ses propres conditions.
La preuve par l’Histoire
Malgré les nombreuses conventions bilatérales d’établissement et de circulation des personnes signées entre les pays du Maghreb, la mobilité des Maghrébins connaît encore plusieurs obstacles notamment politiques : fermeture des frontières entre le Maroc et l’Algérie, le nouveau pouvoir en Libye qui impose un visa d’entrée aux ressortissants marocains, algériens et égyptiens…. des mesures qui visent à encadrer davantage l’entrée, le séjour et la sortie des étrangers. « Les contraintes politiques ont même conduit à des drames. L’on se rappelle l’expulsion dans des conditions inhumaines des Marocains d’Algérie en 1975 », relate Mohammed Khachani.
Promouvoir la mobilité des personnes dans l’espace maghrébin est l’objectif de cette étude qui comprend une série de recommandations aux États membres. Pour mémoire, un séminaire a été organisé en septembre dernier à Rabat sur le sujet par la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA). Un parterre d’experts en migration, ressources humaines, marché de travail et de l’intégration régionale ainsi que des universitaires et des acteurs de la société civile a pris part à cette rencontre à l’issue de laquelle des recommandations ont été formulées. Celles-ci feront l’objet de débat avant leur adoption lors de la prochaine session du Comité intergouvernemental d’experts du Bureau de la CEA pour l’Afrique du Nord qui se tiendra en février 2012.
CEA :Carte d’identité
Créée en 1958, la Commission économique des Natiosn Unies pour l’Afrique est l’une des cinq commissions régionales du Conseil économique et social (ECOSOC) de l’ONU. Cet organe onusien a pour objectif d’encourager la coopération économique et sociale entre ses États membres (53 membres) et l’intégration régionale. Cette Commission comporte six divisions organiques chargées de l’exécution des programmes à savoir les divisions « Politique et gestion du développement », « Politique économique et sociale », « Genre et développement », « Information pour le développement », « Développement durable » et « Commerce et intégration régionale ».




