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Société

20 janvier 2012

Maître Doghmi,un relieur-doreur qui fait de la résistance

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Relieur-doreur est un métier dont la cote de popularité ne cesse de baisser. Noureddine Doghmi,qui exerce toujours dans une ruelle de Rabat, fait de la résistance. Le Soir échos est entré dans l’atelierde ce survivant d’un métier en voie de disparition.

NoureddineDoghmi1

Noureddine Doghmi, dans son atelier à Rabat.

La rue Soussa est une rue paisible du quartier Hassan de Rabat. Située à deux pas de l’Institut français et de la Place Joulane, elle est rythmée par le passage régulier du tramway à sa hauteur. Unique animation sonore qui vient rompre un silence imperturbable.C’est au milieu de cette ruelle que l’on trouve une boutique pas comme les autres. Il s’agit de l’atelier d’un relieur- doreur, comme l’indique l’inscription sur la vitrine poussiéreuse. A première vue, on pourrait penser que l’atelier a fermé ses portes depuis des lustres. Jusqu’à ce qu’un petit homme souriant pointe finalement le bout de son nez.Noureddine Doghmi est le maître des lieux. Artisan de son état, « Maître » est d’ailleurs son titre. Un artisan qui ne cache pas sa déception de voir son métier disparaître. « Je n’ai pas transmis mon savoir-faire à mes fils, parce que je sais bien qu’il finira par disparaître », nous avoue-t-il en haussant les épaules, dépité.

De père en fils

C’est son père, le défunt Mohamed, qui lui a tout appris. Celui-ci a ouvert son premier atelier sur la rue des Consuls en 1925. Puis, c’est en 1962, quatre ans après le déménagement de l’atelier dans le quartier Hassan, que Noureddine est entré dans l’arène artisanale. L’héritage de son père, il ne l’oublie pas. Sur l’un des murs de l’atelier, on aperçoit d’ailleurs une photo de son paternel, qui jouxte un diplôme d’honneur reçu par Mohamed Doghmi en 1946, lors de la Foire d’exposition de Rabat. L’atelier semble trop grand pour le peu de travail qui y est réalisé. Les étagères soulèvent des vestiges d’un an révolu. Des bouts de cuirs tiennent compagnie à des livres déshabillés et à une poubelle enveloppée de cuir. « C’était une autre époque où l’on travaillait beaucoup, avec treize apprentis. Depuis cinq ou six ans, la clientèle est en chute libre, et les apprentis sont allés à la retraite ou sont décédés », se désole-t-il en baissant le son de son unique compagnon, son poste radio. Parmi les clients disparus figurent Bank Al Maghrib, les ambassades, la protection civile, ainsi que plusieurs administrations publiques. La faute à qui ? Après quelques secondes de réflexion, il lâche le nom du coupable potentiel. « Internet nous a certainement conduits à notre perte. Le papier et les livres perdent la place prépondérante qu’ils détenaient ». état- civil, bulletins officiels, documents internes. Il y a encore quelques années, les documents à relier jonchaient les étagères et les tables de cet atelier.

Dans sa bulle

« Aujourd’hui, je ne reçois que quelques particuliers, souvent des étrangers vivant au Maroc, qui possèdent une bibliothèque », détaille Noureddine Doghmi. Au moment de la discussion, un client entre, attiré par l’un des livres exposé en vitrine. C’est un habitué. « Je fais relier mes livres pour mieux les conserver. Je suis un mordu de lecture et il n’y a rien de mieux qu’un bon livre, écrit par un auteur que j’apprécie, tout cela mis en valeur par une reliure soignée », nous lance un des rares clients de Maître Doghmi.Une fois la commande prise, celui-ci se met immédiatement au travail. Il entre dans sa bulle. Même la radio coupe son souffle. Il s’applique et prend son temps avant de découper un rouleau d’or fin. La touche finale est apportée par un composteur, chauffé au préalable, qui vient marquer les initiales souhaitées par le client. Relieur-doreur est un métier de solitaire, et le caractère de Maître Doghmi s’y prête bien. « J’aime venir ici, du lundi au samedi pour travailler sur mes quelques commandes. Aujourd’hui, je prends ce métier comme une activité qui m’évite de passer la journée au café comme les hommes de mon âge », nous confie le relieur, avant de se replonger dans son ouvrage. C’est le sourire aux lèvres, malgré tout, qu’il nous confirme que son savoir-faire mourra avec lui. Le progrès, s’il est dévastateur, apportera tout de même de nouvelles créations et de nouveaux métiers, qui ne seront pas pour autant dépourvus de noblesse. ◆




 
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