Maroc, pays d’accueil des réfugiés
A l’occasion de la Journée mondiale du réfugié célébrée lundi dernier, le HCR, le CNDH et la délégation interministérielle aux droits de l’Homme ont rappelé la nécessité pour le Maroc de préparer le terrain législatif à l’accueil des réfugiés.
«Ils sont plus de 800 et je ne vois qu’eux deux ». Ces paroles –modifiées- de Brel pourraient être appliquées aux réfugiés vivant dans notre pays et à la réaction de certains Marocains face à leur installation. 800 réfugiés au Maroc, c’est le chiffre révélé par Leïla Nassif Jane, représentante du Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) au Maroc, lors de la célébration, lundi dernier à Rabat, de la Journée mondiale du réfugié. « L’Europe n’est plus une terre d’accueil comme avant, puisque 80% des réfugiés dans le monde sont hébergés dans des pays en voie de développement », précise Leïla Nassif Jane. Souvent bloqués par le rideau de fer européen, ils se retrouvent coincés dans les pays en paix du Nord de l’Afrique, sorte de terre d’accueil de substitution. D’autres viennent volontairement au Maroc, quittant un Moyen-Orient dont l’instabilité politique pousse à l’exode.
Hospitalité épinglée
Contrairement aux idées reçues, les 800 réfugiés, auxquels s’ajoutent près de 400 demandeurs d’asile, ne sont pas tous originaires d’Afrique subsaharienne. Les trois nationalités que l’on retrouve en tête sont les Ivoiriens, les Congolais, et les Irakiens. Si des fleurs sont souvent jetées officiellement à l’hospitalité séculaire des Marocains, les faits effacent une réalité enjolivée.
C’est en tout cas l’avis de Rachid Badouli, directeur stratégie et développement de la Fondation Orient-Occident, établissement d’accueil de migrants, qui travaille en étroite collaboration avec le HCR. Celui-ci confie au Soir échos que, à titre d’exemple, « les habitants du quartier de Yacoub El Mansour de Rabat, où est située la Fondation ont mal vécu l’arrivée de migrants subsahariens ». Le racisme était très présent, même s’il commence peu à peu à se dissiper.
L’une des explications se cache peut être derrière le rappel historique réalisé par Mohammed Sebbar, secrétaire général du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH). « Ce n’est que dans les années 1990 que le Maroc est devenu un pays d’accueil, à l’instar d’autres pays du Sud, et en particulier pour les migrants en provenance d’Afrique subsaharienne et du Moyen-Orient». En somme, il faudrait du temps pour s’habituer à la présence d’étrangers dans sa ville ou son quartier. La mondialisation galopante et le mouvement des populations qui s’y associe, conduiront inévitablement les habitants (et les gouvernements) de ces nouveaux pays d’accueil à ouvrir les yeux. Ces étrangers vont rester et, peut être, pour longtemps. Comme l’a rappelé Leïla Nassif Jane, accueillir ces populations en danger dans son pays, « c’est aussi un acte de conscience dans nos sociétés, ceci teste notre humanité et révèle notre fragilité et notre difficulté à vivre ensemble. C’est un défi posé à nos limites et à nos comportements égoïstes ». Tentons de relever le défi !
3 QUESTIONS À …
Mahjoub El Hiba, délégué interministériel aux droits de l’Homme
«Un réfugié doit pouvoir accéder aux droits fondamentaux»
Dans votre exposé, vous avez souligné que le Maroc ne disposait pas d’un cadre institutionnel spécifiquement dédié aux demandeurs d’asile. Quel est donc l’arsenal législatif dont dispose actuellement le pays ?
Le Maroc est doté de la loi datant de 2003 relative à l’entrée et au séjour des étrangers dans le pays. Cette loi a déjà prévu des dispositions en rapport avec le refoulement, mais aussi la possibilité de demander la révision des arrêtés concernant l’expulsion d’étrangers du Maroc. Par ricochet, cela pourrait s’appliquer également aux réfugiés, bien que ce soit une loi qui concerne les migrants, toutes catégories confondues.En somme, ratifier les conventions internationales ne suffit pas, il faut que la législation nationale suive ?
Le Maroc a ratifié la convention de Genève de 1957 et ce que les différents départements ministériels sont en train de faire depuis déjà trois années va dans ce sens. Les institutions nationales, et notamment l’ex-CCDH et l’actuel CNDH, ainsi que la délégation interministérielle, souhaitent convenir d’un cadre législatif approprié à la protection des réfugiés. Le plus important est la procédure nationale du traitement des demandes d’asile et la définition des réfugiés qui répondent aux dispositions de la convention internationale. Cette question de l’octroi du statut de réfugié relève de la politique de l’Etat.Que comptez-vous mettre en œuvre dans ce sens ?
Nous sommes en train de développer une visibilité en ce qui concerne l’octroi du statut, mais également les mesures d’accompagnement des réfugiés. Une fois que le demandeur d’asile obtient le statut de réfugié, il ne faut pas le lâcher dans la nature. Il faut lui permettre d’accéder à d’autres droits fondamentaux tels que le droit au travail ou le droit au logement.



