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Maroc-UE : l’épreuve de vérité

L’instauration de la zone de libre-échange industrielle entre le Maroc et l’Union européenne invite aujourd’hui et plus que jamais le Maroc à opérer un véritable « traitement de choc » pour s’aligner sur les nouvelles exigences européennes.

Maroc-UE

56 % de nos importations en provenance de l’UE à la veille de l’entrée en vigueur de l’accord étaient soumises à une tarification variant entre 40-50 % et de 55 à 367 %.

Les risques liés à la mise en œuvre de la zone de libre- échange industrielle entre le Maroc et l’Union européenne sont bel et bien réels. Le constat relève de la lapalissade, comme préfère l’appeler le Centre marocain de conjoncture dans sa dernière publication, dédiée à l’instauration de l’ALE Maroc-UE. Cette évidence interpelle doublement. D’abord les rapports de force ne sont pas à la faveur de notre tissu entrepreneurial qui risque gros face à une concurrence farouche. Des conséquences préjudiciables laissant se profiler à l’horizon proche des faillites en série surtout pour les entreprises mal préparées à cette ouverture au grand large. Les secteurs taxés du doigt sont les industries alimentaires et métalliques.  Le défi est donc de taille. Se mettre à niveau requiert préalablement un « traitement de choc » afin de s’aligner sur les nouvelles exigences européennes. L’harmonisation du cadre réglementaire et le respect des normes sanitaires et phytosanitaires en disent long sur cette stratégie d’intégration ayant emprunter un rythme mal séquencé, comme le laissent entendre les conjoncturistes

Freins

« Le Maroc est donc appelé à mettre en place une politique économique plus adaptée aux exigences de ce nouvel environnement, plus fortement sollicité par la concurrence extérieure. Politique budgétaire, politique monétaire et politique de change seront plus qu’auparavant appelées à plus d’innovation pour héberger le démantèlement douanier », prône le CMC. En un mot, cet accord d’association qui touche plusieurs pans économiques, sociaux et politiques devrait transiter inéluctablement par un assainissement préalable et conséquent de l’économie nationale.  Sauf que sur le terrain les choses ne sont pas aussi simples. Les conjoncturistes énumèrent un certain nombre de freins à l’exemple de la contrebande et de la contrefaçon. Jusque- là, le Maroc s’est montré incapable d’éradiquer de tels phénomènes. Sans parler de l’informel qui plombe la vie active du tissu entrepreneurial constitué majoritairement de PME (plus de 96 %). Pire encore, la pression de la concurrence étrangère pourrait entraîner l’effet inverse, c’est-à-dire alimenter l’exode des PME vers l’informel. Cet exode « pourrait connaître une recrudescence qui risque d’être un gros facteur générateur de déstabilisation, de vulnérabilité des chaînes de production et de suppression des économies d’échelle », peut-on lire.

Avancées notables

La seconde évidence immédiatement perceptible est la grande dépendance de notre pays des programmes de soutien et d’accompagnement européens. Sur ce chapitre, les économistes chercheurs se posent la question sur cet accord, permettra-t-il pour autant de dépasser la logique « sous-entendue » d’assistance pour réaliser les conditions d’un partenariat, davantage fondé sur des droits et des obligations réciproques ? La réponse à cette question dépend en grande partie de la prédisposition du Maroc à converger graduellement vers l’acquis communautaire. Cette convergence exige, qu’on le veuille ou non, des délais séquencés et des objectifs bien clairs. La « déconvenue » politique sur l’accord de pêche interpelle et à maintes égards. D’autant plus que, sur un autre dossier parallèle, des avancées notables ont été bien  enregistrées, en l’occurrence l’accord agricole. Ces « signes apparemment discordants » laissent le CMC perplexe à tel degré que celui-là même se pose la question sur les raisons auxquelles tient ce double discours. C’est ce qui explique d’ailleurs ses recommandations pour « l’adoption d’un accord de libre-échange approfondi et global ». Dans le sens qu’un autre volet plus important cette-fois ci à savoir la libéralisation des services pointe le nez. « L’importance des enjeux de part et d’autre déteignent sur le processus de négociations et les approches adoptées à ce sujet », note-t-on. Autant dire que ce partenariat Maroc-UE ne manquerait pas de générer une perte de recettes douanières « subséquente ». Sans oublier la question « lancinante de la cohérence des règles d’origine au regard de la grande variété des accords conclus par le Maroc ». ◆

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