Marrakech honore les arts populaires
Des troupes ancestrales qui chantent et dansent, des enfants qui se font conteurs, voire musiciens, les liens entre ancienne et jeune école musicale au Maroc ont été une évidence au 47e Festival national Des arts populaires du 20 au 24 juin face à un public toujours plus friand de culture traditionnelle.

Tous les soirs au palais Badii, les nombreuses et chatoyantes troupes investissent la scène pour présenter leurs a rts ancestraux à un public ravi de découvrir ou de redécouvrir le patrimoine des différentes régions du royaume.
Transmettre, réenchanter, sauvegarder. Les verbes sont en pleine efflorescence, repris par tous les tons par les grandes voix de la pensée des vingt-quatre troupes qui incarnent aujourd’hui, l’âme du Festival national des arts populaires et bien au-delà, du Maroc. Durant cinq jours, les célébrations auxquelles se sont adonnées hommes et femmes, issues de toutes les régions du pays, est le témoignage d’une richesse culturelle, forte d’un patrimoine jamais démenti et gage d’une rare densité humaine. « C’est important pour nous d’être présents, chaque année lors de ce festival à Marrakech, car c’est notre fête, nous sommes célébrés ici, tous les ans. Il s’agit du moment de l’année le plus sacré à nos yeux. Nous sommes très liés les uns aux autres. Il est arrivé, qu’une troupe ne soit pas venue par le passé, nous avons insisté pour qu’elle soit présente et qu’elle ne soit surtout pas remplacée par une autre. Nous nous inspirons les unes et les autres, nos paroles disent le quotidien et même ces retrouvailles à Marrakech nous sommes aussi partis présenter notre spectacle en Russie », explique Zoubida, 47 ans, originaire d’une troupe de la région de Ouarzazate. Magnifiquement, vêtue de son costume traditionnel et joliment fardée, le geste plein de grâce, elle se produit depuis le début des festivités sur la sublime scène du palais Badii, aux côtés des vingt-trois femmes et
vingt-trois hommes de Ahouach Tissint. « J’ai commencé à suivre la troupe, à l’âge de treize ans, aujourd’hui, une autre jeune femme qui a dix-huit ans, nous a rejoints. Nos soeurs, nos cousines, nos amies reprennent le flambeau, c’est indispensable pour perdurer la tradition de nos quatre troupes. J’ai commencé dans la première, qui était alors l’originelle, à présent, il y a malheureusement moins de troupes », souligne-t-elle. Il est bientôt 22 heures dans les « coulisses », du palais Badii, les nombreuses et chatoyantes troupes ont massivement investies l’espace hors de la scène et ce qui se passe hors champs est tout aussi intéressant. La troupes originaires de Oujda, tranche dans la nuit avec le costume jaune de ces hommes, sabres à la main, dont le pas de danse est facilement comparable, au moon walk de Michael Jackson ! Ils sont d’une dextérité et d’un sens du rythme hors pair. Habillés d’un bleu roi, les troupes du sud marocain, dont la guedra, offrent chaque soir un hypnotique cérémonial entièrement, dédié au chant, à la danse et à l’amour. Plus loin, Brahim, jovial et particulièrement affable est un homme de quarante ans, venu avec la troupe de Houara. « J’ai commencé avec mon père, nous sommes vingt-cinq sur scène et nous pouvons être parfois jusqu’à quarante ! Avant les années 1990, nos troupes étaient bien plus nombreuses. J’aime vivre ce festival, j’aime voir le public heureux, et retrouver mes amis des autres troupes, je suis en vacances, ici », s’amuse Brahim, l’œil pétillant de vie et le sourire en bannière. « Nous sommes une grande famille, les membres de nos différentes troupes se marient, ça renforce davantage les liens, nous nous rendons visite dans toutes les régions, nous voyageons ensemble, nous sommes allés en Europe mais aujourd’hui, notre patrimoine est en péril, car nos jeunes ne s’y intéressent plus. Nous avons besoin d’écoles pour transmettre cet art et ces traditions », explique-t-il. Rencontrés le lendemain, Karim El Achak, président de la Fondation des Festivals de Marrakech et Mohamed Nait M’Barek, directeur du Festival national des arts populaires, sont confiants dans l’édition de cette 47e édition, dont ils ont pensé de nouveaux contours. « Il s’agit pour nous d’un laboratoire, nous avons véritablement travaillé à l’embellie de cet événement. Témoin, le Village du Festival, qui a permis aux troupes et à une formation comme Mazagan d’échanger et de se rencontrer. Mazagan s’inspire directement du son de ces troupes. La découverte proposée aux scolaires et aux enfants abandonnés via des ateliers de chant, de musique, de conte est aussi destinée à une transmission de notre patrimoine, qu’il appartient de sauvegarder », précise Karim El Achak. Quant à Mohamed Nait M’Barek, il revient sur la réalité économique du festival, « 6 millions de dirhams, quand un festival digne du nom en nécessite 12 millions ». Hommages, émulation créative, éveil et expression des arts populaires, cette édition est le signe d’un cercle vertueux en vue de son 50 anniversaire à l’aube 2015. ◆


Je trouve que les arts populaires ont tjs ce caractère folklorique