Nom : Mohamed Lahna, Âge : 28 ans. Signe particulier : né sans fémur à la jambe droite. Bienvenue dans l’univers héroïque d’un de nos potentiels médaillés aux Jeux paralympiques d’été. S énèque avait écrit que «ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles». Cette [...]
Nom : Mohamed Lahna, Âge : 28 ans. Signe particulier : né sans fémur à la jambe droite. Bienvenue dans l’univers héroïque d’un de nos potentiels médaillés aux Jeux paralympiques d’été.
énèque avait écrit que «ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles». Cette citation du célèbre philosophe romain, colle parfaitement à la personnalité stoïque de Mohamed Lahna. Pourtant, rien ne laissait supposer cette rare qualité lorsque nous l’avons rencontré en marge de la soirée organisée en son honneur à la Résidence de l’ambassade de France à Rabat. Qui se douterait un instant que derrière ce sourire timide et ce regard fuyant se cache un sportif hors du commun qui a pu volontairement triompher de son handicap ? Il fallait le voir à ce propos angoisser à l’idée de prononcer son discours devant un parterre hétérogène de journalistes, cadres associatifs, diplomates et ministres. La marque des grands, sans aucun doute. A noter, d’ailleurs, le vibrant hommage que lui a rendu Bruno Joubert, ambassadeur de France au Maroc, qui a profité de son allocution pour parler des autres handicapés marocains, estimés à «deux millions», en présence de Nouzha Skalli, ministre du Développement social, de la famille et de la solidarité, tout sourire.
Une volonté de fer
Graphiste à Casablanca dans la vie de tous les jours, Lahna a débuté le triathlon en 2008. «Depuis, j’ai participé à plusieurs compétitions de type sprint, olympique ou encore ironman», raconte-t-il. Dit aussi simplement, cela peu sembler tout à fait banal. Mais les experts en triathlon se seront facilement rendu compte que c’est une véritable prouesse qu’a accomplie le premier handisportif africain ayant terminé un ironman l’année dernière à Zurich. Soit 3,8 km de natation, 180 km de vélo et 42,1 km de course à pied, en moins de 13 heures (!), tout en laissant derrière lui bien d’autres concurrents valides. Autant dire que ce jeune homme, à la mobilité pourtant réduite, doit être montré comme un exemple de volonté.
Lors de son intervention, Mohamed Lahna a tenu à remercier toutes les personnes qui l’ont aidé à devenir ce qu’il est aujourd’hui. «Toutes ces réalisations, je les dois au soutien de ma famille, de mes amis mais aussi des sponsors». La référence à ses parents, qui l’ont toujours soutenu contre vents et marées, a été un grand moment d’émotion, ainsi que les remerciements à Jean-Luc Clémençon, du Centre français des anciens combattants, qui lui a confectionné sa première vraie prothèse, et aux autres personnes, qui se seront facilement reconnues, pour avoir été décisives dans son parcours sportif.
«Quel punch !» C’est en ces termes que s’est exclamée une personnalité française présente lors de la projection du petit film relatant le dernier exploit en date du héros de la soirée, à savoir la traversée du détroit de Gibraltar à la nage, soit environ 15 km, en 4 heures 26 minutes. Une performance qu’il a été le premier paratriathlète africain, donc premier Marocain, à réussir.
«Une force de la nature», s’est écrié quelqu’un dans l’assistance, vraisemblablement tombé sous le charme de notre Iron Man national. Mais qui, en visionnant l’exploit, ne le serait pas ? Difficile de ne pas paraître condescendant, alors que ce n’est absolument pas le cas, puisqu’il mérite tous les propos dithyrambiques tenus à son égard.
Nouveaux partenaires
Il est clair, comme il le dit lui-même, que Mohamed Lahna est «déterminé à aller plus loin. Ses objectifs pour 2011 ? «Je serais fier de représenter mon pays et d’être sur le podium des prochains championnats du monde de paratriathlon», projette-t-il. Rappelons qu’en septembre dernier, à Budapest, il n’était arrivé «que» quatrième en catégorie Tri2, à 4 secondes de la 3e place. Il compte aussi franchir un nouveau palier en traversant la Manche à la nage, autrement dit, «l’Everest de la natation».
A long terme, Lahna prévoit aussi de «réaliser un bon résultat aux Jeux paralympiques 2016 prévus au Brésil». Actuellement, il est à la recherche de nouveaux partenaires pour l’accompagner dans ses nouveaux défis. Il ne manque d’ailleurs pas d’étayer, à l’intention de ces derniers : «Les fonds recueillis serviront à couvrir les frais d’entraînement, des équipements et de la logistique».
wissam el bouzdaini (stagiaire)





