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Nancy Huston, grande ligne

L’auteure à succès, Nancy Huston publie un nouveau livre, Reflets dans un œil d’homme où elle révèle avec ironie les contradictions de la société occidentale niant la différence des sexes en l’exacerbant aux industries de la beauté.

Nancy-Huston

« La finalité de la littérature est d’amener les lecteurs face à des situations
qui les concernent », confie Nancy Huston.

Chaleureuse, affable, lumineuse, Nancy Huston, vous accueille dans son univers d’écriture, logé au cœur de Paris. Les nombreux livres qui s’alignent sur les étagères, la lumière diffuse de cet fin d’après-midi, le bureau de l’auteure où vous l’imaginez, entrer en écriture, confère à cet entretien, une dimension authentique. Comme si vous touchiez du doigt, une part de l’environnement du démiurge blotti, au creux de son art… Il suffit de se souvenir de « Lignes de faille » (2006, Prix Fémina), ou quelques années auparavant, de « Tombeau de Romain Gary » (1995), pour retrouver la veine teintée d’ironie, la langue propre à cette écrivaine franco-canadienne d’expression française et anglaise pour renouer avec sa famille de personnages. « Je publie depuis très longtemps, la première fois, j’avais 22 ans. Bien avant, je savais que je voulais être romancière. Depuis ma prime enfance, j’ai toujours été attirée par la lecture ». Il faut remonter le fil de la vie, pour s’en convaincre sans mal: « Une chose décisive s’est produite, le départ de ma mère, avec qui je suis restée en contact de façon épistolaire. Ses lettres ont nourri un rapport à l’absence, à la littérature qui ne m’a plus quittée », souligne avec calme, Nancy Huston, poursuivant « je suis ensuite devenue francophone, à l’âge de 20 ans, ça m’a libérée. J’ai écrit un essai en français. Souvent, mes romans sont publiés en français et en anglais ». Deux vies, deux langues, autour d’ouvrages qui enrichissent la démarche de l’auteure car « le fait de recourir à une écriture bilingue, m’offre un texte plus maîtrisé. J’ai d’abord écrit « Ligne de faille » en anglais, puis la version française en a révélé une œuvre plus aboutie », précise Nancy Huston.

Nancy-HustonÀ fleur de livre

Certains thèmes récurrents traversent son œuvre: l’exil, le manque. « Ce sont des rencontres avec des personnages, des histoires qui commencent à se fixer dans ma tête. J’ai toujours l’impression qu’il s’agit d’une nouvelle exploration », ajoute l’auteure. À qui écrit-elle? « Tout écrivain a un lectorat idéal: un mélange entre soi-même et les personnes bienveillantes à notre égard, qui font montre de finesse et de subtilité. Je n’écris pas pour moi, c’est quelque peu une abstraction, on a besoin d’autrui. Ensuite, il est louable de savoir que les gens ont bien accueilli votre livre. La finalité de la littérature est d’amener les lecteurs face à des situations qui les concernent », confie-t-elle.

Course au jeunisme

Doté d’une acuité rare, féministe des premières heures, Nancy Huston, publie aujourd’hui, Reflets dans un œil d’homme, (Actes Sud). « Nous incarnons bien moins que nous ne le pensons, dans notre arrogance naturelle et candide, la femme libre ou libérée. Nous montrons du doigt les femmes qui se couvrent les cheveux, nous on préfère les bander ». Cet extrait donne le ton de cet essai, où l’auteure explore les tensions contradictoires introduites dans la sexualité en Occident par la photographie et le féminisme.  « Avec la naissance de la photographie et du cinéma, s’est opéré un dédoublement de la personne, qui va croissant. La course au jeunisme, à la beauté à tout prix, à la chirurgie esthétique s’en est fait sentir. J’ai travaillé pour des revues féminines, qui se vendaient déjà à des millions d’exemplaires dans les années 70. Des femmes actives, intelligentes, dépensent une fortune en produits cosmétiques. Cela révèle quelque chose de troublant: plus les femmes sont libres, plus elle sont asservies au diktat de la beauté », conclu Nancy Huston. Un livre résonnant avec l’actualité, qui dit les lignes de faille d’une société qui malmène finalement ces femmes.◆

BIO-EXPRESS
Née à Calgary au Canada, l’auteure vit actuellement dans la capitale française, où elle a suivi ses études et signé de nombreux romans et essais chez Actes Sud et Leméac, toujours salués par la critique. témoins, Instruments des ténèbres (1996), L’Empreinte de l’ange (1998, Grand Prix des Lectrices de Elle), Professeurs de désespoir (2004), et Infrarouge (2010).

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