Nostalgie
Miloudi s’est absenté quelques jours et à son retour, il a trouvé sa boîte aux lettres pleine à craquer. Plongeant la main dans la poche pour en retirer la clé qui allait libérer toutes ces missives comprimées sens dessus-dessous, il ne put s’empêcher de penser que dans le tas, il y avait des nouvelles de [...]
Miloudi s’est absenté quelques jours et à son retour, il a trouvé sa boîte aux lettres pleine à craquer. Plongeant la main dans la poche pour en retirer la clé qui allait libérer toutes ces missives comprimées sens dessus-dessous, il ne put s’empêcher de penser que dans le tas, il y avait des nouvelles de quelque ami bienveillant qui malgré la distance et le temps tenait à entretenir le lien que la vie tisse entre des gens sans objectif utilitaire, ou le récit de quelque aventure accompagné de moult détails qui lui permettraient de vivre par procuration les sensations de leur auteur. Le bras tendu par la lourde valise et la pile de courrier coincée au niveau de la poignée, il entreprit, une fois dans l’ascenseur, de passer en revue chaque enveloppe en faisant instinctivement deux tas. Celui des factures et autres courriers officiels et celui des relations humaines normales. Au fur et à mesure que le tas s’organisait, la déception de notre Miloudi s’accroissait. La première catégorie l’emportait complètement. Pas une carte postale, pas une lettre amie. Rien que des lettres anonymes, demandant toutes une régularisation de telle ou telle situation, informant que le compte était débité quand elles n’annonçaient tout simplement pas qu’il était débiteur. Une vie de tracasseries administratives récapitulée en quelques plis standardisés, aseptisés, comme s’ils émanaient d’un système purement mécanique où l’émotion et la chaleur n’avaient pas cours. Pris d’une nostalgie épistolaire, notre lecteur sur sa faim faisait défiler mentalement les lettres de ses amis qui dataient d’une autre époque et qui représentaient un trésor inestimable pour lui, d’autant que la plupart des auteurs n’étaient plus de ce monde.Une fois arrivé au bon étage, Miloudi décida de ne pas se laisser submerger par le poids de ces souvenirs et jeta nonchalamment les enveloppes sur la console sans même se donner la peine de les ouvrir. Comme d’habitude. ◆

