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Pour une meilleure gouvernance de l’eau africaine

Le 16e Congrès africain de l’eau, organisé à Marrakech par l’Association marocaine de l’eau potable et de l’assainissement et l’Association africaine de l’eau, reflète, encore une fois, les relations étroites qui lient le Maroc au continent noir.

Fouad Diouiri, ministre de l’Energie, des mines, de l’eau et de l’environnement, à l’occasion de la cérémonie d’ouverture du 16e congrès de l’Association Africaine de l’Eau (AAE) à Marrakech.

Fouad Diouiri, ministre de l’Energie, des mines, de l’eau et de l’environnement, à l’occasion de la cérémonie d’ouverture du 16e congrès de l’Association Africaine de l’Eau (AAE) à Marrakech.

Retour aux sources. Le 16e Congrès africain, qui se tient du 20 au 23 février 2012 à Marrakech, représente, en tant que plateforme d’échanges et de rencontres entre confrères africains venus des quatre coins du continent, « une occasion privilégiée pour les professionnels nationaux d’entrer en relation et de nouer des partenariats et surtout de s’ouvrir sur leur environnement proche», nous informe Ali Fassi-Fihri, président de l’Association marocaine de l’eau potable et de l’assainissement (AMEPA), organisateur de l’événement, conjointement avec l’Association africaine de l’eau.

Une internationalisation à l’africaine

Une internationalisation à l’africaine requiert cependant, en plus du savoir faire, une assise financière solide. Sans oublier que l’aventure en soi nécessite des efforts de longue haleine car au berceau du monde, il n’y a pas de place pour l’argent facile. Et comme nous l’a confié Ali Fassi Fihri, les opérateurs économiques nationaux devraient profiter de ce privilège dont jouit le Maroc. D’autant plus que la concurrence se fait de plus en plus rude sur l’un des rares marchés mondiaux encore vierges. « Notre déploiement à l’échelle africaine n’est en fait qu’un pas pour défricher le terrain aux professionnels », souligne le président de l’AMEPA. Notre stratégie d’internationalisation n’intervient en fait qu’après avoir acquis une certaine maturité concurrentielle, cristallisée par « un taux  d’accès à l’eau potable de l’ordre de 80 % et à l’assainissement de 60 % » , comme l’a présenté Fouad Douiri, ministre de l’Énergie, des mines, de l’eau et de l’environnement, à l’occasion de la cérémonie d’ouverture du congrès. Des chiffres qui contrastent pourtant avec ceux avancés par Fassi Fihri qui a noté, par exemple, que près de 98 % de la population est alimentée en eau potable. Mais sans verser dans les dédales de cette cacophonie de chiffres, il est utile de souligner que le Maroc a encore besoin d’aides et de soutien des organismes internationaux en matière d’eau et d’assainissement.

Gouvernance

La stratégie du pays pour accompagner les changements économiques, sociaux et démographiques en cours s’est vue contrainte d’emprunter la voie d’une nouvelle vision de gouvernance et de gestion des défis. La fusion en cours entre l’ONEP et l’ONE, qui a certes « surpris quelques uns et en a enchanté d’autres»,  n’est que l’expression d’un enjeu de taille: « l’énergie et l’eau deviennent étroitement liées», explique Ali Fassi Fihri. En tout état de cause, ce qui importe pour le consommateur marocain c’est de voir sa facture d’eau et d’électricité allégée. Les prix sont jugés exorbitants et sans aucune corrélation avec le pouvoir d’achat. Améliorer le système de gouvernance de l’eau s’impose donc aujourd’hui plus que jamais. C’est d’ailleurs l’une des mesures phares de la feuille de route du département de Douiri. Dans le même ordre d’idées, Loic Fauchon,président du Conseil mondial de l’eau, insiste sur le fait qu’il n’est plus question de mettre en place des stratégies sans concertation avec les populations. Et là, il met le doigt sur un dossier complexe, à savoir la gestion déléguée qui a prouvé ses limites, comme l’attestent les expériences de Redal et d’Amendis, pour ne citer que ces deux exemples. Fassi Fihri est on ne peut plus clair à ce propos : « Nous sommes pour une reforme de ce chantier ». Fauchon ajoute en outre que le droit à l’eau est un droit fondamental et devrait être partie intégrante des constitutions des pays. Il devance même  le droit à la santé ou à l’éducation.

Le temps du gaspillage est révolu

Certes les tarifs de l’eau, cette ressource rare et de plus en plus polluée, sont encore trop chers, cependant, il faut se mettre à l’évidence que le temps de l’insouciance et du gaspillage est révolu, avertit Fauchon. Et cette prise de conscience environnementale, matérialisée par une exploitation rationnelle et durable des systèmes d’eau et d’assainissement, constitue d’ailleurs un des trois axes de réflexion majeurs de ce congrès scientifique et technique d’envergure, placé sous le thème « mécanismes et initiatives novateurs de coopération pour le développement durable du secteur de l’eau et de l’assainissement en Afrique ». L’autre axe capital, et pas des moindres, est celui du financement. La généralisation de l’accès à l’eau en Afrique bute essentiellement sur ce point là. Penser donc à de nouveaux modes de financement novateurs reste une solution d’un apport vital, à l’exemple de la taxe sur les billets d’avions en Europe qui a généré plus de 1 milliard d’euros. D’autant plus que le flux d’urbanisation en Afrique, le plus rapide au monde, gagne chaque jour du terrain. ◆

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