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Quand Marmoucha révèle des dissensions

Immouzer Marmoucha, petite ville enclavée du Moyen Atlas, a abrité samedi une symbolique cérémonie d’inauguration d’une Medersat.com. Trois ministres y ont participé, mais, devrait-on dire : trois partis au pouvoir.

Mohand-Laenser-et-Lahcen-Daoudi-et-Mohamed-El-Ouafa

Mohand Laenser (MP), Lahcen Daoudi (PJD) et Mohamed El Ouafa (PI) ont pris la parole à Marmoucha comme s’ils étaient en campagne.

Aussi loin que l’on regarde le passé, il n’a pas existé dans cette petite ville une comparable petite agitation, venue sortir ses habitants de leur sérénité pour ne pas dire leur digne torpeur. Le plus significatif, cependant, est que, conviés à prononcer une allocution dans le cadre de l’inauguration de la nouvelle école, les trois ministres se sont relayés, non sans sacrifier chacun à sa prose partisane. La petite salle où s’est distribuée la parole est devenue une sorte d’amphithéâtre politique, pour finir en une Université où la politique a eu la primauté. L’école, la scolarité, l’enseignement, le développement, les disparités entre villes et campagne, les choix gouvernementaux ont constitué des thématiques croisées. Tant et si bien que l’objet premier de cette visite – l’inauguration de l’école rurale par la Fondation BMCE Bank- a été quelque peu éclipsé, phagocyté même, la pédagogie cédant le pas à la politique devant les yeux hagards des petits enfants.

Adeptes du «politiquement correct» ?

Qu’ils aient fait mine de cohabiter et de céder au réflexe de consensualisme du « politiquement correct », n’a pas empêché les ministres , chacun à sa manière, d’exprimer sa propre position et, en filigrane, de plaider pour son parti. A fleuret moucheté, c’était un débat entre les trois composantes de la coalition gouvernementale. Lahcen Daoudi, toujours dans la posture de celui qui ne mâche jamais ses mots, à l’occasion impénitent pourfendeur a tout bonnement déclaré que « le Maroc aujourd’hui n’a pas besoin de construire des autoroutes, mais d’abord des petites routes secondaires, ici dans ces régions… » ! Le propos fleure à peine le populisme ambiant, il s’efforce d’exprimer, la gouaillerie aidant , le sentiment ou peut-être le ressentiment de ce qu’on appelle dans ces cercles le peuple.  Le ministre de l’Enseignement supérieur ne s’en est pas tenu à ce couperet. La verve inentamée, maniant de surcroît la langue berbère qui renvoie à ses origines, il s’est lancé dans un réquisitoire contre les choix opérés en matière d’éducation, de formation voire d’infrastructures et de vision politique. Il a simplement oublié la présence de deux de ses compères gouvernementaux. Il a également oublié qu’il est membre – et non des moindres – du gouvernement dont la mission est d’y remédier, si besoin. Force est de constater que, pour autant, il ne semble pas enclin à quitter sa posture  et son costume de militant de l’opposition. Il a surfé sur les thèmes dont le PJD a fait son pain bénit, jouant avec les ressorts national-populistes dans une région pauvre et devant des populations démunies.

Plaidoyer de l’Istiqlal pour la langue de Molière

« Les écoles, les meilleures universités…tout cela existe chez nous, il n’y a pas lieu d’aller ailleurs » ! a-t-il lancé, la conviction chevillée au corps. Quant aux étudiants désireux d’aller poursuivre leurs études à l’étranger, il les a simplement avertis sur le ton le plus solennel : «  Nous perdons chaque année le montant de 2,6 milliards rien que pour les inscriptions à l’étranger » ! Ou encore , péremptoire :  « Cette année, il n’y aura de bourses que pour les étudiants qui sont  dans la nécessité…et qui y ont droit  ». Reste à savoir comment sera élaboré le critère de mérite et comment sera-t-il accordé ?  Le consensus n’a été que réversible à Marmoucha, autant Daoudi s’est arc-bouté sur ses principes et son dogme, sur fond de populisme amuseur, autant le ministre de l’Éducation nationale, figure emblématique de l’Istiqlal, aura surpris en plaidant non seulement pour le maintien mais le renforcement de la langue française dans le scolaire, et mieux encore dans le préscolaire qui constitue , à présent, le Talon d’Achille du système éducatif.  En somme, s’il y avait encore une confusion sur la position traditionnelle du Parti de l’Istiqlal à propos de la langue française dans l’école, elle aura été levée à Immouzzer Marmoucha, fief du ministre de l’Intérieur. Elle aura surtout constitué un clin d’œil aux rumeurs attribuées au gouvernement de Abdelilah Benkirane, notamment à son ministre de la Communication qui propose de décaler les journaux télévisés en français. Ce que les francophones de ce pays ont très mal accueilli, de toute évidence. Quand bien même , les uns et les autres se seraient efforcés de garder le cap d’une cohabitation, il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’un prisme déformant des réalités dans la gestion de tous les autres.  Mohand Laenser et Mohamed El Ouafa appartiennent à deux formations différentes mais qui ont fait partie des gouvernements précédents. Lahcen Daoudi est dans les responsabilités gouvernementales depuis bientôt six mois, ne semble pas en démordre : il cherche dans le passé, et comme pour jeter la pierre à ses collègues, il fait de la comparaison, entre hier et aujourd’hui, une méthode de réflexion et de travail. ◆

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