Imprimer

Société

11 octobre 2011

Quelle protection pour les dénonciateurs ?

Ecrit par

Adopté par la Chambre des conseillers, le texte de loi portant sur la protection des témoins et dénonciateurs des actes de corruption ne suscite cependant pas l’unanimité au sein de la société civile. Pour Transparency Maroc, les mesures prévues demeurent insuffisantes.

Le nouveau texte comprend une batterie de mesures visant à assurer la protection juridique des victimes ou dénonciateurs de la corruption ainsi que leurs familles et proches.

Le nouveau texte comprend une batterie de mesures visant à assurer la protection juridique des victimes ou dénonciateurs de la corruption ainsi que leurs familles et proches.

Le projet de loi portant sur la protection juridique des victimes, témoins, experts et des dénonciateurs de la corruption franchit le cap de la Chambre des conseillers. La semaine dernière, les conseillers ont adopté à l’unanimité ce texte, qui comprend une batterie de mesures visant à assurer la protection juridique des victimes ou dénonciateurs de la corruption ainsi que leurs familles et proches. Ce projet de loi n 37-10 modifiant et complétant la loi n 22-10 du code pénal suscite le mécontentement des ONG de la société civile dont Transparency Maroc. Azeddine Akesbi, membre du bureau de Transparency Maroc, fustige ce nouveau dispositif juridique.
Il proteste d’emblée contre sa mise à l’écart dans l’élaboration de ce texte de loi avant de critiquer les mesures prévues. « Ce projet de loi a été préparé et adopté à la va-vite sans concertation avec les spécialistes. On a l’impression qu’on a fait cette loi rien que pour dire qu’on est conforme aux  textes  internationaux», dénonce ce militant associatif, avant de poursuivre : « Ce texte dissuade les gens à dénoncer la corruption car il ne prévoit pas de mesures pour assurer leur protection. A titre d’exemple, une personne qui a pris connaissance de corruption dans son administration notamment dans le cas des marchés publics. Si cette personne dénonce eh bien elle risque de perdre son emploi ou de voir sa carrière professionnelle freinée ». Pour Azeddine Akesbi, le projet de loi comporte plusieurs lacunes. «Les corrompus opèrent en réseau. Et ils ne sont pas tous connus. Les dénonciateurs de délits de corruption courent le risque de représailles », poursuit-il. Même son de cloche chez l’avocate Michelle Zirari, membre de Transparency Maroc.

Anonymat

Cette spécialiste en droit pénal trouve que les mesures prévues dans le projet de loi sont insuffisantes. « Ce texte de loi est conçu pour protéger les victimes, les témoins, les experts et les dénonciateurs en ce qui concerne les crimes de corruption, de détournement, de trafic d’influence, de dilapidation des deniers publics et autres délits. Le projet de loi garantit certes aux témoins, qui ont vu ou entendu ou assisté à un acte de corruption, l’anonymat. Leur identité n’est pas divulguée. Les témoins bénéficient en plus de l’anonymat en procédure judiciaire d’une protection policière. Cependant, pour les dénonciateurs qui ne sont pas forcément témoins directs d’un acte de corruption, le projet de loi demeure insuffisant », critique cette professeur universitaire. Et de poursuivre: « Un fonctionnaire dans le cadre de ses fonctions peut prendre connaissance d’un acte de corruption. S’il le dénonce, les conséquences sur sa carrière seront graves : harcèlement moral, mutation… ».

« En situation de crise sanitaire, le sensationnel n’a pas sa place ! Il est indispensable de transmettre un message juste et utile, sinon les retombées peuvent être néfastes sur la population ».
Abdelghani Drhimeur, chef de la division de la communication au ministère de la Santé.

Ce qui suscite le plus la colère de Transparency est la sanction prévue par le projet de loi contre les dénonciateurs de corruption en cas de manque de preuve pour établir la véracité de ses allégations. « Le dénonciateur peut se retrouver en prison pour trois ans. C’est insensé ! », s’indigne Azeddine Akesbi. Et ce n’est pas Michelle Zirari qui le contredira. « Le dénonciateur sera accusé de faux témoignage et sera condamné à une peine criminelle ». Par ailleurs, des interrogations restent posées sur l’application concrète des mesures prévues dans ce texte de loi, en particulier la protection de l’intégrité physique et des biens des personnes. Celle-ci pourrait se trouver compromise vu les moyens et les ressources humaines alloués aux différents services de sécurité qui demeurent très limités.◆




 
Articles en relation
 

 
infirmieres

Affaire des infirmières : le tollé des syndicats

La grève nationale décrétée par les syndicats (UNTM, UGTM, CDT et FDT), jeudi 17 mai, a paralysé l’activité dans le secteur de la santé. Ces centrales syndicales exigent la libération des infirmières accusées de cor...
 
 
facebook

Web : la fuite des données personnelles

La protection des données personnelles des Maghrébins a été au cœur des discussions d’une rencontre organisée du 9 au 11 mai à Rabat par la Commission économique pour l’Afrique (CEA). Le Maroc, malgré la présence ...
 
 
Aziz-Rebbah

Transparency réagit à la liste Rebbah

Transparency Maroc vient de publier un communiqué, où elle demande que la première liste des agréments publiée par le département de Rebbah, soit étendue au transport en commun intra-urbain et à tous les secteurs.
 

 
corruption

La corruption des rêves

Dans les romans dystopiques, décrivant des sociétés dictatoriales cauchemardesques, le pauvre anti-héros, cerné par les contrôles omniprésents, se réfugie souvent dans ses rêves, ultime territoire préservé de l’emp...
 
 
Contacté par Le Soir échos, le ministre du Tourisme, Lahcen Haddad, a nié toute implication dans cette affaire.

Le MP au cœur d’un scandale électoral

Un assistant du ministre MP Lahcen Haddad a été condamné pour corruption électorale. Le parti prépare sa réaction. Une réunion entre le secrétaire général, par intérim, du MP et le chef du gouvernement est prévue da...
 
 
assemble-generale

Nouvelle stratégie pour Transparency

Transparency Maroc vient de tenir sa 16e assemblée générale ordinaire. L’occasion de présenter son rapport moral et financier, sa stratégie 2011-2015, et d’élire son nouveau SG.
 

 
Abdeslam Aboudrar : « Aujourd’hui, l’enjeu est de pouvoir former des magistrats capables de mener à bien cette mission, d’accélérer le rythme et de promouvoir la qualité de traitement des dossiers liés aux crimes financiers ».

« Le budget de l’ICPC reste très maigre »

L’Instance centrale de prévention de la corruption prépare sa mue. Nouveau statut, nouvelle offensive pour renforcer son action contre la corruption. Cependant, les moyens financiers alloués à l’instance sont jugés, pa...
 
 
Fouad Ali El Himma, Mustapha Sahel, Yassir Znagui et Taïb Fassi Fihri (de gauche à droite), rejoignent le cercle très fermé des conseillers du roi.

Le grand mercato des conseillers

Le conseiller du roi est une fonction à la une de l’actualité nationale, au même titre que les informations sur la formation du cabinet Benkirane. Deux événements qui ont marqué la fin 2011 et le début de cette année.
 
 
Si la fameuse loi 31-08 est finalement sortie des tiroirs du secrétariat général du gouvernement, après plus d’une décennie d’hibernation, certains de ses décrets d’application, contexte politique particulier oblige, tardent encore à voir la jour.

La loi 31-08 sur de bons rails

Le client sera-t-il enfin roi ? A en croire les dernières tentatives du ministère du Commerce et de l’Industrie pour accélérer l’application de la loi 31-08, la réponse serait positive. Détails sur l’état d’avanc...
 

 
CFC

Une nouvelle loi pour CFC

Soucieux de garantir la réussite de ce projet d’envergure, le législateur a introduit de nouvelles modifications de la loi régissant Casa Finance City. Elargissement des définitions des entreprises recevables pour avoir l...
 
 
l’absence de définition claire et précise dans le texte de loi qui régit la relation de travail n’est pas spécifique au Maroc. C’est le cas également en France.

La faute grave ne fait pas perdre tous les droits

On croit à tort que le salarié ayant commis une faute grave peut être licencié sans indemnités. Pourtant, une procédure à suivre avant le licenciement est bien établie et son non-respect peut faire annuler le licencieme...
 
 
En général, la faute grave du salarié est une faute qui rend impossible le maintien du salarié dans l’entreprise.

Quid de la notion de faute grave ?

Dans quel cas le salarié est jugé avoir commis une faute grave. Si le code du travail n’apporte pas de précisions à ce sujet, c’est à l’employeur, puis au tribunal d’en apprécier la gravité, lorsqu’il y a litig...
 

 
La signature du contrat de mariage se fait souvent le jour de la fête, ce qui se prête difficilement à la négociation des conditions de chacun.

Contrat de mariage, un droit oublié

Une enquête menée par Global Rights révèle que sur les 75 173 contrats de mariage examinés, seuls 822 comportaient des clauses additionnelles, avec seulement 36 présentant un accord annexe sur les relations financières.
 
 
La loi 41-07, mise dans le circuit législatif depuis 2007, est venue amender et compléter le dahir du 12 août 1913 sur l’immatriculation foncière.

Foncier : les détails de la nouvelle loi

La nouvelle loi 14-07 sur l’immatriculation foncière s’avère innovante et dotée d’un esprit de facilitation des réglementations. Elle fera le bonheur des promoteurs dont les projets sont handicapés par la rareté du ...
 
 
Les mécanismes pour le renforcement de la lutte contre la corruption seront abordés lors de cette rencontre.

Grand-messe contre la corruption

La troisième session de la conférence annuelle du Réseau arabe pour le renforcement de l’intégrité et la lutte contre la corruption (ACINET) aura lieu à Fès, du 19 au 21 décembre. Abdesslam Aboudrar se verra confier l...
 

 
Les OPCC sont obligés de détenir 50 % des fonds gérés en titres au niveau des sociétés non cotées quelle que soient leur taille au lieu des PME comme le stipulait l’ancien texte.

Les OPCR deviendront des OPCC

La loi régissant l’activité de capital risque a été contestée depuis son entrée en vigueur en 2006. Les professionnels ayant obtenu gain de cause, un texte modifiant ladite loi et l’élargissant à l’ensemble des ac...
 
 
Les impôts non collectés tourneraient au tour de 20 milliards de DH, soit plus de 4 % du PIB.

Argent mal acquis : un gisement de croissance

Une dernière étude de la Banque Mondiale révèle que les pertes provoquées par la corruption et la fraude fiscale pourraient dépasser les 4 % du PIB. Pour le Maroc, le manque à gagner s’inscrirait dans une fourchette ...
 
 
A travers ce prix, l’ONG salue le courage de M. Kartoumi qui a « brisé le silence qui régnait dans ce genre de milieu ».

Prix de l’intégrité pour Kartoumi

Mourad Kartoumi, l’homme qui a révélé le scandale des « malversations » dans la gestion du marché de gros de Casablanca,a reçu le Prix de l’intégrité 2011. Transparency Maroc décide de se porter partie civile ...
 

 
Malgré de nombreuses affaires de corruption révélées au grand jour ces dernières années, les poursuites judiciaires restent timides.

Corruption : toujours à la traîne…

Le Maroc figure parmiles pays les plus corrompus du monde arabe. Son score de 3,4 sur 10 le positionne à la 80e place (indicede perception de la corruption 2011). Pour Transparency Maroc, la lutte contre ce fléau exige la fin...
 
 
Le commerce équitable permet aux travailleurs de bénéficier d’un revenu plus juste et régulier.

Un commerce à visage humain

Le commerce équitable devra bientôt s’introduire au Maroc. Un nouveau projet de loi instaurant cette pratique a été transmis au secrétariat général du gouvernement. A terme, les petits producteurs pourront notamment ac...
 



One Comment


  1. [...] Corruption, dénonciateurs, loi, protection, témoins, texte loi, Transparency Maroc Source: Quelle protection pour les dénonciateurs ? Articles similaires:Hôpitaux : corruption à tous les étagesCorruption : tout reste à [...]



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>