Barack Obama a annoncé mercredi soir le début du retrait des troupes américaines d’Afghanistan. 33 000 soldats quitteront le sol afghan d’ici la fin de l’été 2012, dont 10 000 d’ici la fin de l’année. Une « bonne mesure » saluée par le président Karzaï, mais qui reste « symbolique » et « insatisfaisante » aux yeux des talibans.
Le coup d’envoi du retrait des troupes américaines d’Afghanistan a été donné mercredi soir par Barack Obama. Sur les 100 000 soldats présents, 10 000 partiront d’ici la fin de l’année, et 23 000 supplémentaires d’ici la fin de l’été 2012, a annoncé le chef de la Maison- Blanche. Après ces deux premières vagues de départ, le retrait des 68 000 soldats restant se poursuivra progressivement.
Pour justifier cette décision, le président américain a évoqué les revers infligés à Al-Qaïda, dix ans après l’invasion du pays, symbolisés par la mort du leader Ben Laden le 2 mai dernier au Pakistan. Al-Qaïda s’est vu ainsi porter « un coup majeur », se retrouvant aujourd’hui « soumis à une énorme pression », a estimé le président.
Sur les 100 000 soldats présents, 10 000 partiront d’ici la fin de l’année, et 23 000 supplémentaires d’ici la fin de l’été 2012.
56% des Américains en faveur du retrait
A un an de la présidentielle, cette mesure de retrait était très attendue. Les sondages montrent que la population américaine est majoritairement favorable au retour des soldats au pays. Ainsi, 56% des Américains sont favorables à un retrait « aussitôt que possible », selon un sondage publié mardi. De plus, de nombreux parlementaires et citoyens réclamaient la fin du conflit en raison de son lourd budget annuel de plus de 110 milliards de dollars. « Amérique, il est temps de se concentrer sur la construction nationale à la maison », a lancé Obama, montrant ainsi un recentrage sur les problématiques nationales.
Les réactions
Réagissant dans un communiqué, les talibans ont qualifié l’annonce du président américain de « symbolique », « qui ne satisfera ni la communauté internationale ni le peuple américain, lassés par la guerre ». Ils accusent également les États-Unis d’avoir « donné plusieurs fois de faux espoirs de fin de la guerre à leur nation en annonçant une victoire sans aucun fondement ». Le chef de l’État afghan Hamid Karzaï a quant à lui salué hier l’annonce du président Barack Obama. « Nous considérons que c’est une bonne mesure pour eux comme pour l’Afghanistan, et nous la soutenons », a-t-il ajouté.
«D’immenses défis demeurent. C’est le début, mais pas la fin, de nos efforts pour terminer cette guerre», a toutefois assuré Barack Obama. Il a évoqué la consolidation du partenariat avec le gouvernement afghan, en charge de la transition. Des militaires devraient ainsi rester sur place pour assurer la formation des forces afghanes, qui devront faire face après le retrait aux groupes insurgés toujours actifs dans la région.
Risque de crise institutionnelle
Un tribunal spécial a annulé hier l’élection de plusieurs députés afghans déclarés victorieux après les législatives du 18 septembre dernier, en raison de présomptions de fraudes électorales. Des sources parlementaires indiquent que cette décision pourrait concerner entre 65 et 70 députés. « Les parlementaires qui ont gagné leurs sièges au Parlement grâce à des fraudes électorales et l’infraction doivent être poursuivis », a déclaré Sediqullah Haqiq, responsable du tribunal spécial. Cette décision pourrait provoquer une crise institutionnelle en Afghanistan, déjà plongé dans une crise politique depuis plusieurs mois.
Un jour après le discours d’Obama, Paris a fait savoir qu’elle suivrait le mouvement de retrait. L’Elysée a annoncé hier un « retrait progressif » des renforts envoyés en Afghanistan. « C’est un quart des effectifs américains qui seront retirés d’ici l’été 2012. La France fera le même mouvement », a déclaré le ministre de la Défense Gérard Longuet sur BFM-TV. Le retrait de 25% des forces reviendrait à laisser environ 3 000 hommes sur le terrain, déployés essentiellement dans l’est du pays. A un an de l’élection présidentielle, l’engagement de la France est devenu un thème de campagne. Les troupes françaises continuent de perdre des hommes, rendant le conflit de plus en plus impopulaire. Le retrait définitif des forces de la coalition en Afghanistan est prévu pour l’été 2014.◆




