Le président Ali Abdallah Saleh s’est envolé hier pour les Etats-Unis,après voir prononcé la veille un discours d’adieu. Pour le chercheur Franck Mermier, le dirigeant yéménite compte pourtant bien continuer à jouer un rôle.
Dimanche, lors d’une allocution télévisée, Ali Abdallah Saleh a présenté ses excuses à ses compatriotes.
« Je demande pardon à mes compatriotes, hommes et femmes, pour tout manquement pendant mes 33 ans de pouvoir », s’est excusé dimanche Ali Abdallah Saleh, lors d’une allocution télévisée. Le temps d’être soigné aux Etats-Unis, le président yéménite quitte le pays. « Je vais me rendre aux Etats-Unis pour des soins et je retournerai à Sanaa en tant que président du Congrès populaire général (CPG) », le parti présidentiel, a-t-il expliqué. Son départ intervient après le vote samedi par le Parlement d’une loi lui accordant l’immunité et entérinant la candidature unique de Abd Rabbo Mansour Hadi à la présidentielle. Ces deux mesures s’inscrivent dans le cadre de l’accord de transition conclu en novembre à Riyad, après des mois de contestation du régime.
Un discours peu convaincant
Mais le discours d’adieu du président yéménite n’a pas convaincu les milliers de jeunes qui campent depuis près d’un an pour réclamer son départ. « Nous craignons qu’il ne s’agisse d’une nouvelle manœuvre de Saleh », a affirmé à l’AFP Walid Ammari, l’un des meneurs du mouvement des « Jeunes de la révolution ». « Nous allons poursuivre notre sit-in, et nous ne célébrerons pas son départ. C’est la date du 21 février qui sera décisive pour l’histoire du Yémen », a-t-il ajouté. Date de l’élection présidentielle, le 21 février signera le départ officiel du pouvoir d’Ali Abdallah Saleh, qui demeure jusque- là « président à titre honorifique ». ◆
Entretien avec
Franck Mermier, chercheur au CNRS, spécialiste du Yémen
Dans son discours d’adieu, le président Saleh a demandé pardon pour ses erreurs. Qu’est-ce qui a motivé ce mea culpa du chef de l’Etat ?
Ce sont certainement des excuses intéressées. La mise en scène de son pardon constitue un message interne et externe. C’est une façon d’essayer de calmer la colère populaire contre l’immunité votée par le Parlement, et puis aussi un moyen de concilier avec l’allié américain. Il a besoin de ne pas être totalement marginalisé par l’armée américaine. Il souhaite continuer à jouer un rôle, donc il essaye de diminuer l’effet de son immunité, qui est désastreuse pour son image.
Justement, cette immunité de Saleh pourrait-elle être remise en question, comme le demandent les manifestants ?
C’est très difficile de savoir. Les partis présents dans le gouvernement d’entente nationale ont garanti l’immunité du président Saleh. Les manifestations sont un moyen pour l’opposition de la rue de faire pression sur ce gouvernement, composé à moitié de membres de l’ancien régime. Ils ne veulent pas que la révolution soit confisquée et ils souhaitent que les ténors de l’opposition, tels que le cheikh Sadek al-Ahmar, chef de la tribu Hached, et le général Ali Mohsen al-Ahmar, continuent d’écouter les revendications de la rue. C’est aussi une manière de rendre hommage aux centaines de morts.Comment s’annonce l’élection présidentielle du 21 février, avec un seul candidat ?
C’est en fait une transition qui se prolonge. L’unique candidat, Abd Rabbo Mansour Hadi est un candidat de consensus. L’objectif est de permettre à la scène politique yéménite de se préparer pour les prochaines élections dans deux ans. Aujourd’hui, le Yémen a besoin de stabilité gouvernementale, afin d’aplanir les conflits qui agitent le pays et qui sont très graves sur le plan sécuritaire. Les foyers de tensions sont nombreux, avec la guerre des tribus au Nord, l’agitation séparatiste au Sud et les attaques d’Al Qaida à Zinjibar et Radah. C’est la situation sécuritaire qui rend cette période de transition obligatoire.Quels sont les liens entre le futur président, Abd Rabbo Mansour Hadi, et Ali Abdallah Saleh Saleh ?
Les liens entre les deux hommes sont très étroits. Abd Rabbo Mansour Hadi est vice-président depuis les années 90. Il a jusqu’ici vécu dans l’ombre du président, sans avoir de réels pouvoirs. Il peut être suspecté d’avoir des liens forts avec le parti du président Saleh, mais il apparaît comme consensuel car il ne fait pas d’ombre aux autres ténors politiques. De plus, étant originaire du Sud, sa nomination est un symbole fort, pour calmer les ardeurs séparatistes. Durant la transition, il va être une sorte d’arbitre, entre ce qui reste du clan Saleh et l’opposition. Le test sera de voir dans les prochains mois s’il obtient réellement les attributs de cette présidence. Les deux attributs majeurs sont la bourse et le sabre. Disposera-t-il du budget de l’Etat, dont les 2/3 proviennent du pétrole et du gaz ? Et aura-t-il le commandement des forces armées, très divisées actuellement ? Ce seront les deux tests principaux de son pouvoir.





