Sécurité alimentaire : l’agriculture à la traîne
Du 7 au 9 mars courant, la ville de Rabat accueille une rencontre de grande envergure sur la sécurité alimentaire, organisée par l’OCP. Experts de tous bords, du Nord comme du Sud, insistent notamment sur la nécessité de redorer le blason de l’agriculture, secteur encore trop en retrait par rapport aux défis qui se présentent à lui.

« La sécurité alimentaire doit devenir un engagement politique général, impulsé par de grands investissements et un accès généralisé à l’alimentation », avertit l’agronome indien Monkombu S. Swaminathan (en médaillon).
L’une des pierres angulaires du forum global sur la sécurité alimentaire, qui se tient du 7 au 9 mars à Rabat sous l’égide de l’OCP, a consisté en un retour aux fondamentaux. Experts internationaux, venus de pays du Nord et du Sud (dont 2/3 du Sud), sont actuellement en train d’éplucher le thème de la sécurité alimentaire sous toutes ses coutures. « La terre est notre mère nourricière », semblent-ils tous rappeler en filigrane. Aujourd’hui, et au regard de la production agricole mondiale, les sept milliards d’individus qui peuplent cette planète devraient avoir de quoi se nourrir. Pourtant, « mourir de faim » n’est pas uniquement une expression lancée quelques minutes avant de passer à table. Elle est une réalité dans plusieurs régions du monde, en particulier en Afrique. Que faire alors ? « La population de l’Afrique va doubler en l’espace de 25 ans. Il faut trouver un moyen de doubler la capacité alimentaire mondiale, car aujourd’hui, 500 millions de tonnes de nourriture manquent », lance Moussa Seck, président du Consortium panafricain de l’agrobusiness et de l’agro-industrie. Comment y parvenir ? Dès les premières discussions, une nécessité a été mise en avant. Il faut redonner à l’agriculture la place qui lui prévaut. Pour Monkombu S. Swaminathan, agronome indien spécialiste de la question, « la sécurité alimentaire doit devenir un engagement politique général, impulsé par de grands investissements, un accès à l’alimentation grâce à des prix abordables, sans oublier l’hygiène, l’assainissement, et un accès généralisé à l’eau potable ». Or on observe qu’à l’heure actuelle, les gouvernements privilégient souvent, au niveau du budget, des départements comme la défense, les finances, ou les affaires étrangères. Entre 1980 et 2005, dans un monde tourné vers l’industrie et les services, l’agriculture a chuté de 10 % à 5 % du total des dépenses publiques. Sans parler de la baisse de l’investissement dans la recherche et le développement agricole, qui a chuté de 60 % durant la même période. « L’agriculture doit être placée au centre des préoccupations politiques », martèle Moussa Seck. « D’ailleurs sans cela, l’insécurité alimentaire peut devenir la principale source d’instabilité politique ».
Morcellement des terres et nécessaire reconversion
Dans le cas du Maroc, impulsé à ce niveau par le Plan Maroc Vert, se pose notamment le problème du morcellement des terres. « Souvent inférieures à 5 hectares, ces parcelles de terre ne peuvent donc pas être compétitives », assure Aziz Akhennouch, ministre de l’agriculture et de la pêche maritime. Celui-ci a d’ailleurs insisté sur un nécessaire regroupement de ces terres, et d’une reconversion de certaines cultures pour une meilleure valeur ajoutée de la production agricole marocaine. « Notre appréhension vis-à-vis de la sécurité alimentaire est que chaque pays produise ce qu’il sait produire le mieux. Chaque pays doit garder un socle de production, et échanger le reste sur le marché mondial ». Quelle que soit l’option choisie, le défi qui se pose n’est pas uniquement de disposer de nourriture suffisante, mais que celle-ci soit distribuée au bon endroit, au bon prix, et de manière durable. Sans cela, la sécurité alimentaire ne peut être assurée. ◆
Steve Jobs à la rescousse
Lors de ces trois journées placées sous le signe de la lutte contre l’insécurité alimentaire, l’interaction entre participants et intervenants a connu une nouvelle impulsion grâce aux nouvelles technologies. Une nouvelle formule a en effet permis, par le biais de 90 tablettes numériques distribuées dans la salle, de poser instantanément des questions, mais également de faire des propositions innovantes permettant de faire avancer le débat. Les réflexions ont ainsi pu émerger de la salle, avant d’être reprises par le modérateur, lorsque celles-ci étaient pertinentes. Les invités étaient par la suite encouragés à rebondir sur les réactions du public, tout aussi à jour sur la thématique débattue que les grands spécialistes présents sur l’estrade.

