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Interviews

5 décembre 2011

Sita El Beida : les raisons de la colère

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Devant la Cathédrale Sacré-Cœur de Casablanca (boulevard Rachidi), des hommes vêtus d’un gilet vert, et rouge, en colère, tiennent un sit-in depuis deux semaines. Les éboueurs de Sita El Beida demandent à être titularisés. Interview avec El Aadimi Mohamed, porte-parole des manifestants et membre de la CDT.

Les employés de la Sita ont débuté le 16 novembre leur sit-in devant la cathédrale Sacré-Cœur de Casablanca.   Photo Yassine TOUMI

Les employés de la Sita ont débuté le 16 novembre leur sit-in devant la cathédrale Sacré-Cœur de Casablanca. Photo Yassine TOUMI

Pourquoi êtes-vous en sit-in depuis plus d’une semaine ?
Nous sommes 120 employés et nous estimons que les responsables de Sita El Beida violent la loi marocaine. Ils nous ne accordent ni nos droits les plus élémentaires, ni notre SMIC, ni notre prime d’ancienneté, ni notre titularisation et par-dessus tout, ils nous surexploitent en usant et abusant des heures supplémentaires et nous ne donnent pas notre liberté syndicale, ils ont mis à pied dix de nos collègues pour avoir adhéré à un syndicat. Ils nous ont menacé : soit nous arrêtons nos actions syndicales, soit c’est le représailles.

« Nous demandons à ce que Sita El Beida réintègre nos collègues licenciés. Les mettre à pied parce qu’ils sont syndicalisés revient à faire obstruction à la liberté syndicale ».

Quelles sont vos revendications ?
Nous demandons à ce que Sita El Beida réintègre nos collègues licenciés. Les mettre à pied parce qu’ils sont syndicalisés revient à faire obstruction à la liberté syndicale. Ces derniers ont 6 à 9 enfants chacun. Cela fait 15 jours et 15 nuits que nous sommes ici, sous la pluie, et personne n’est venue nous demander pourquoi nous manifestons. Nous avons fait la grève de la faim pendant 3 jours avec 5 cas d’évanouissement. Cette situation dure depuis le 16 novembre à aujourd’hui. L’entreprise n’est pas disposée à nous titulariser car tout simplement parce que nous avons eu le malheur d’accepter de travailler en sous-traitance avec Sita El Beida, via Tektra, Edeco et Manpower…depuis déjà 7 ans. Or, dans le Code du travail, il est stipulé que le premier contrat de sous-traitance est valable uniquement pour une durée de six mois. Une fois ce dernier reconduit, nous sommes forcément titulaires. Nous avons signé 16, voire 20 contrats mais rien n’a été fait. Et une fois le contrat de gestion déléguée de Sita El Beida expiré, qui va assumer la responsabilité de quelque 1000 familles ici ? Sita ? Tektra ? Le conseil de la ville ?

Combien êtes-vous payés ?
1 692 DH. Bien sûr que nous sommes sous-payés ! Ce n’est même pas le SMIC ! Pour la petite anecdote, le dernier Aïd El Kébir, nous avons reçu un virement de 692 DH ? Ou sont passés les 1000 DH. Sita El Beida a prétendu nous aider en nous retirons 1000 DH  pour nous acheter les moutons de l’aïd… En 2010, l’Etat a augmenté le SMIC de 200 DH. Nous l’avons reçu le premier mois, ensuite Sita nous a coupé la manne. Nous avons tous les documents qui justifient cela ! Ces gens-là doivent être absolument et urgemment jugés. C’est un danger pour le futur et la réputation du pays. Que c’est honteux !

« Nous sommes pour l’investissement de la société française de Sita mais nous sommes contre la colonisation et l’exploitation. »

A part ces problèmes-là, quels sont les problèmes que vous rencontrez à Sita El Beida, notamment avec ses responsables ?
La pression de la direction et des responsables. Nous sommes marginalisés. Nous travaillons des heures supplémentaires non payées. Dans nos bulletins de paie, nous remarqons un prélèvement de la CNSS et un autre de la Caisse de retraite. Mais en réalité, ils ne payent rien de tout cela ! Quand on va à la CNSS par exemple, on nous annonce qu’on n’est pas déclarés depuis belle lurette.

Les responsables de Sita El Beida ont vu que vous êtes en sit-in depuis 14 jours. Qu’ont-ils fait pour vous consoler ?
Ils acceptent le dialogue si nous quittons le syndicat. On veut consulter le cahier des charges de cette entreprise. Nous sommes pour l’investissement de la société française de Sita mais nous sommes contre la colonisation et l’exploitation. Finalement, Il n’y a pas de loi pour nous protéger !◆




 
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