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« Sensibiliser les jeunes aux droits humains »

Bouznika accueille, durant toute cette semaine, le 13e campus national de l’Association de défense des droits de l’Homme Amnesty Maroc. Interview de Salah Abdellaoui, directeur exécutif de l’instance.

Salah Abdellaoui : « On souhaite inciter les jeunes à utiliser internet pour promouvoir les valeurs prônées par les droits humains ».

Amnesty Maroc organise, du 4 au 10 septembre à Bouznika, son 13ème campus national. En quoi consiste cette rencontre entre jeunes ?
Notre campus est une sorte de forum, avec un programme spécial destiné aux jeunes. Programme qui a accès aussi bien sur la formation, les projections vidéos, que sur les interactions entre les participants. C’est une opportunité d’intégrer les jeunes dans la diffusion des droits humains. Tout est axé sur ces valeurs.

Mis à part les ateliers, quelles activités leur seront proposées ?
Cette semaine sera un bon moyen de sensibilisation et d’éducation en droits humains. Un moyen d’intégrer les jeunes dans la protection de ces droits. Mis à part le côté informatif, qui se fera notamment par le biais de projections sur les conventions internationales, des actions seront menées sur le terrain. Les participants auront également l’occasion d’exprimer leur désarroi par rapport au non- respect de certains droits humains. Ateliers de peinture et de théâtre laisseront libre cours à leur imagination et à leur désir d’expression. L’essentiel, c’est qu’ils s’expriment. Violence à l’égard des femmes, torture, ou encore droits des migrants seront autant de sujets abordés.

Salah Allaoui

Sur quelles bases ont été choisis les participants (une cinquantaine), en provenance aussi bien de la région MENA que d’Europe ?
Ce sont pour la plupart des activistes d’Amnesty International, notamment d’Algérie ou de  Tunisie. D’autres jeunes sont membres d’associations partenaires d’Amnesty dans d’autres pays, où l’association ne possède pas d’antenne, comme pour le Bahreïn par exemple, mais défendent les mêmes valeurs que nous.

Pensez- vous qu’internet peut être un bon moyen de diffusion des droits humains par les jeunes ?
Depuis plus de trois ans déjà, la section marocaine s’intéresse chaque année à l’usage d’internet dans l’information sur les droits humains. On souhaite d’ailleurs inciter les jeunes à utiliser internet pour promouvoir les valeurs prônées par les droits humains, en menant des actions de solidarité sur la toile, ou encore en publiant des pétitions visant à relâcher certains prisonniers.

Le virtuel permet donc une plus grande liberté que le réel ?
Depuis quelques années, on découvre des discussions, des échanges sur les réseaux sociaux comme Twitter ou Facebook, sur des sujets jusqu’alors tabous. De nombreux jeunes critiquent ouvertement la peine de mort sur la toile par exemple.  Ainsi, si avant c’était  tabou d’en parler, maintenant on fait des actions visibles sur le terrain. En plus, internet est un avantage parce qu’il transcende les frontières. Pas besoin de visa ou de passeport, on peut se parler à distance, et durant un temps illimité.

Justement, les jeunes qui participent actuellement au campus resteront-ils en contact plus tard ?
Absolument, notre volonté est d’ailleurs de créer un réseau entre ces jeunes. Ils sont originaires de plusieurs régions mais sont engagés dans la même lutte. Il serait intéressant de mettre sur pied un réseau de blogueurs activistes, qui pourraient continuer à échanger même après le campus.

Au Maroc, trouvez- vous que les jeunes sont assez sensibilisés aux questions relatives aux droits humains ?
Nos jeunes sont de plus en plus sensibilisés à ces questions. Plusieurs pétitions publiées par Amnesty Maroc ont d’ailleurs été signées par des milliers de jeunes. Leur intérêt est grandissant, et ils constituent un réel soutien pour nous. On se dit qu’ils n’auraient pas signé un texte ou une revendication avec laquelle ils ne sont pas d’accord. Donc ils ont leur mot à dire là-dessus !

Que fait Amnesty Maroc pour les sensibiliser ?
On a notamment mis en place des clubs des droits humains au sein d’établissements scolaires. Il en existe plus de 70 dans plusieurs lycées du pays. Des exposés y sont organisés pour les sensibiliser, et pour leur faire connaître les droits humains. On a également travaillé avec les académies régionales, en contribuant à des dizaines de formations adressées aussi bien aux enseignants qu’aux cadres administratifs. Un projet pilote a également été introduit il y a deux ans au sein du lycée Moulay Youssef de Marrakech. Il s’agit du projet « L’école, amie des droits humains ». C’est un travail de longue haleine, pour créer un espace modèle, où chacun a son mot à dire, enseignants comme élèves.  L’important est que l’élève prenne des décisions, monte des projets au sein de son école. Et l’idée est que par la suite cet élève pourra transmettre ces valeurs des droits humains au sein de sa famille.

L’école serait donc l’avenir de l’Homme, et de ses droits ?
Tout commence par l’école et par les jeunes. Ils sont l’avenir et le moyen par lequel on pourra changer les mentalités. Les lois ne suffisent pas. Les valeurs des droits humains doivent s’acquérir. Ce ne sont pas des cours magistraux qui vont nous apprendre ce que c’est, ce sont des actions quotidiennes qui pourront nous permettre de bâtir une société plus juste, respectueuse des droits humains.◆

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